dimanche 27 mars 2016

Dic nobis Maria, quid vidisti in via ?

Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? (Séquence de Pâques)



Chers amis,

« À quoi servirait-il de naître sans le bonheur d’être sauvé ? »

C’est cette joie du salut qui a résonné dans nos nuits pascales et qui est chantée aujourd’hui. La vie sur la terre aurait-elle un sens sans cette rupture de la Résurrection ?

Vous savez qu’en Orient, on se salue aujourd’hui avec ces mots :

– Le Christ est ressuscité ! Alléluia !   – Il est vraiment ressuscité ! Alléluia !

Mais ici, si vous le dites en français, vous ne serez vraisemblablement pas compris.

Voici donc l’hébreu : ! באמת קום !המשיח קום 
                               HaMashiaḥ qûm ! Beémet qûm !


Le grec : Χριστός ανέστη! Αληθῶς ανέστη!

              Christos anestè ! Alèthôs anestè !


L’arabe : المسيح قام حقا قام

              alMasi qam! Hakkan qam!


Le latin : Surrexit Christus ! Surrexit vere !

Sinon, hier l’après-midi fut calme. J’ai fait la sieste…

Les frères sont allés dans diverses veillées pascales. En fait, la maison est pleine ces jours-ci : trois frères de Bethléem sont venus. Américains, ils assistent aux offices intercommunautaires franco-anglais organisés par les Assomptionnistes (la Cène du Seigneur), le Chemin Neuf et les Sœurs de Sion (Ecce Homo pour le Vendredi Saint et la messe du matin de Pâques) et les Pères Blancs de Sainte-Anne (pour la Vigile pascale) alors que ceux de Jérusalem vont plutôt à la paroisse.

Du coup, j’ai mangé seul et dormi un peu avant de me rendre à la Basilique de l’Anastasis peu avant minuit pour l’office de nuit. Comme chaque nuit du samedi au dimanche, les Franciscains font mémoire de la résurrection du Seigneur avec l’office des lectures suivie des vigiles et de la procession autour du Tombeau. Comme je l’ai vécu il y a quelques semaines pour le quatrième dimanche de Carême.
En cette nuit l’office a lieu devant la tombe et de nombreux fidèles se sont joints aux franciscains. Il y a même des orthodoxes (on reconnaît les femmes au premier coup d’œil : elles portent un foulard qui les fait ressembler à des babouchkas russes !) mais c’est pas grave : nous honorons tous le Christ et sa Résurrection.
Le Christ notre espérance est ressuscité !
C’est le custode qui préside. Pour des raisons compliquées, dues à l’histoire et aux relations parfois difficiles dans le passé entre le custode et le patriarche, quand le patriarche préside, le custode est absent et vice-versa. Du coup, on a souvent des célébrations en doublon : le lavement des pieds de jeudi matin au Saint-Sépulcre par le patriarche est célébré à nouveau au Cénacle dans l’après-midi par le custode ; l’office de la Passion avec le patriarche est suivi par le chemin de croix guidé par le custode ; la vigile pascale est doublée par cet office nocturne.
La première lecture de l’office est, sans surpris, 1Co 15,1-11 : le témoignage de la résurrection par saint Paul. « Je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont endormis dans la mort –, ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres. Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis. »
La deuxième lecture est un extrait d’une catéchèse baptismale prononcée par Cyrille de Jérusalem au ive siècle.
Puis la procession s’ébranle au chant du Benedictus, l’antienne est répétée de nombreuses fois, l’orgue glisse des interludes… À l’étage, un arménien filme la procession avec son téléphone. On a l’impression qu’il cherche le réseau… Surprenant, car la rotonde de l’Anastasis est le seul coin de la Basilique où on capte. Les policiers israéliens ont une chandelle dans la main. Ensuite, l’évangile de la Résurrection est proclamé et nous sommes bénis par l’évangéliaire : c’est bien à nous de proclamer par nos actes et nos paroles cette Bonne Nouvelle.
Nous sortons de la Basilique alors que les Orthodoxes se précipitent sous la rotonde pour leur office.
Je cours me coucher… Grasse matinée et lever à 7h30 ! Youpi !

Je pars à la messe à la paroisse : je dois réviser mon المسيح قام حقا قام.
Dans la sacristie, je trouve sur un des buffets les trois récipients des saintes huiles de la messe chrismale de jeudi matin. Je m'approche de celui contenant le saint chrême : quelle déception, il ne sent que la bonne huile d'olive... Aucun parfum ne s'exhale. Je comprends mieux le phénomène de l'autre jour. Et moi qui avait fait mousser à Henri la bonne odeur du saint chrême... Nous avions même trouvé la recette dans la Bible : Ex 30,23-25.
Messe joyeuse, tout de même, à la paroisse. Le prêtre a fait répéter aux gens la salutation pascale, j'ai donc pu soigner ma prononciation. J'ai même rigolé, car il parlait et il a lancé la salutation et j'ai répondu "حقا قام" assez fort, presque par réflexe, alors que la foule avait seulement murmuré... Il m'a désigné en disant (au moins ce que j'en ai compris) : "Voilà comment il faut dire; lui il ne parle pas arabe mais il sait répondre comme il faut. Allez ! المسيح قام" Et la réponse de l'assemblée fut forte et ferme.
A la sortie, je rencontre une amie qui fréquentait la bibliothèque de l'École il y a 9 ans. Elle m'invite à prendre le café chez elle.
Je déjeune avec les Frères : la joie partagée est sensible même s'il faut passer la barrière des langues : 3 Colombiens, 2 Espagnols, 1 Basque, 2 Palestiniens, 2 Américains, 2 Australiens et 1 Néo-Zélandais... Et moi, le Frenchie de base. Suzanne la cuisinière a été opérée la semaine dernière et elle est revenue aujourd'hui : elle tenait à être là pour que le repas soit réussi. Bien qu'orthodoxe, elle nous a souhaité de joyeuses Pâques. C'était touchant de la voir si heureuse de faire plaisir.
Demain, les festivités continuent... Je pars à Emmaüs. Mais lequel? Vous verrez bien.

Avez-vous remarqué, c’est le 100ème article du blog ?

Étienne+

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