mercredi 23 mai 2007

Jordanie (2) Y a pas que Pétra et Wadi Ramm !

Chers tous,
Notre voyage en Jordanie continue… La dernière fois, j’ai traité les trois premiers jours de notre périple et il est vrai que le Wadi Ramm (on m’a demandé de corriger ma transcription fautive Rum qui est celle de l’anglais) et Petra regorgent de beautés, mais la fin de notre raid n’a pas été moins riche.
Samedi, nous nous sommes réveillés à Madaba. Nous sommes partis vers 7h00 en direction du Mont Nébo situé à 8km de là. La tradition a lié ce lieu à la mort de Moïse (cf. Dt 34) lorsque Dieu a fait voir au patriarche l’immensité de la Terre Promise. Depuis Madaba, on ne monte pas vraiment mais le Mont forme un promontoire qui s’avance pour dominer la dépression du Jourdain et la Mer Morte. On se situe à cet endroit face à Jéricho. Et honnêtement, quand on est sur place, le texte biblique est à peine exagéré : c’est époustouflant !!! On voyait Jérusalem, Hébron, l’Hérodium, Naplouse. Comme nous sommes arrivés tôt le matin, le soleil éclairait tout cela sans la mauvaise brume qui monte dans la journée. Dans la vallée, on discernait sans peine Jéricho, Qumran…Au sommet, les Byzantins ont construit dès le début du 4° siècle un monastère, que la pèlerine Égérie visite en 381. Les franciscains ont racheté et fouillé le terrain dans les années 30. Au dessus des ruines de l’église (les mosaïques sont magnifiques !) ils ont installé un toit en tôle ondulée. Dans les ruines du monastère, une grande croix / serpent moderne évoque le serpent de bronze de Nb 21.
Après la visite, nous avons célébré la messe. J’ai eu la grâce de présider. Merci à Élisabeth pour la photo ! Ensuite, passage rapide au petit musée pour voir la réplique de la stèle de Mésha, roi de Moab au 9° siècle av. J.-C. Cette stèle m’avait valu un carton mémorable à l’examen d’histoire de l’Ancien Testament l’année dernière. J’en étais venu à regretter que les ouvriers qui la mirent à jour n’aient pas réussi à la réduire définitivement en morceaux avant le relevé de l’inscription. Enfin, toujours est-il que cette stèle est importante parce que le roi Mésha a inscrit sa victoire sur les Israélites sur la stèle afin que personne ne l’oubliât. L’original est au Louvre et, au petit musée, il n’y avait qu’un dessin de la stèle…
Puis retour à Madaba pour voir la carte-mosaïque de l’église Saint-Georges. La mosaïque a été découverte au moment de l’installation des chrétiens sur ce lieu abandonné depuis des siècles dans les années 1880. Les chrétiens pouvaient construire d’église seulement sur les lieux où des églises avaient déjà été construites. Les orthodoxes ont trouvé la mosaïque sur le sol d’une des églises mais ont tout de même construit leur église dessus sans se soucier de conserver l’œuvre. Les vestiges actuels ont été sauvé parce qu’ils n’avaient pas assez d’argent pour tout enlever. Entre temps, la nouvelle de la découverte de cette mosaïque s’est ébruitée et les franciscains et les dominicains ont réussi à sauver ce qui était promis à la destruction. Cependant, alors que des témoins attestent qu’à sa découverte la mosaïque était presque complète, il n’en reste que quelques fragments, qui se révèlent très éloquents.
La carte a été faite dans les années 560 par les artistes de la région réputés pour leur savoir-faire. C’est une carte assez précise de la Terre Sainte, de la Syrie à l’Égypte. Les lieux sont nommés et un petit dessin accompagne souvent : dessin de la ville, croquis évoquant un épisode biblique, animaux sauvages. Humour du mosaïste qui montre les poissons dans le Jourdain : l’un d’entre eux descend vers la Mer Morte, mais le second vient à sa rencontre pour fuir la salinité de la “Mer du Sel” !!!

Jérusalem est représentée assez précisément et les archéologues s’échinent à identifier chacun des bâtiments représentés. En tout cas, les rues bordées de colonnes existent encore de nos jours !

Puis le bus nous a menés jusqu’au bord du Jourdain. Nous avons visité le site baptismal retrouvé en 1995 sur la rive jordanienne du Jourdain. C’est le fameux “Béthanie au-delà du Jourdain” dont parle saint Jean en 1, 28 et 10, 40. Archéologiquement et exégétiquement, il n’est pas sûr que ce site soit celui où Jésus a été baptisé par Jean, mais il est assuré que c’est là que les premiers chrétiens faisaient mémoire de l’événement. C’est aussi là où le prophète Élie a passé du temps au désert (1Rois 17) est monté au ciel sur un char de feu (2Rois 2). Donc on voit bien le lien que la tradition a fait entre Élie et Jean-Baptiste.
Comme le site est sur la rive du Jourdain, fleuve qui marque la frontière entre la Jordanie et le territoire palestinien encore occupé par Israël, il faut traverser une zone militaire déminée. On a vu les vestiges des églises construites là dans les premiers siècles et dont nous connaissions l’existence par Eusèbe de Césarée, le Pèlerin de Bordeaux (333), l’Anonyme de Plaisance (570). Puis on a prié sur le bord du Jourdain. La chaleur était étouffante et le soleil enragé. Sur la photo, c'est moi !
Le site a été donné par le roi de Jordanie aux chrétiens. Les orthodoxes ont construit une chapelle aux dômes dorés (financée par Poutine) et un monastère est en cours de construction. Les catholiques sont prêts à construire leur église mais il manque une communauté religieuse pour animer le site : le climat n’est pas nécessairement des plus cléments. Malgré tout, le lieu est très émouvant et évocateur.
Encore deux heures de bus avant d’arriver à Jérash, la Gérasa de la fameuse Décapole (cf. Mc 5, 1). C’est une cité immense, la “Ville aux 1000 colonnes”. Il doit bien y en avoir plus de 1000 mais l’impression à l’arrivée est saisissante : depuis la “Place ovale” considérée comme le forum de la ville part le Cardo Maximus qui mesure plus de 800 mètres et est bordé de colonnes. La plupart ont été relevées mais certaines tiennent debout depuis 2000 ans.
Plusieurs portes monumentales rythment le site. Gabriel Humbert, frère de Jean-Baptiste qui est prof à l’École Biblique, nous a fait visiter les lieux où il vit depuis près de 30 ans. Il nous a montré les vestiges du temple hellénistique de Zeus démonté et remplacé par un autre typiquement romain (restauré par le Louvre). Passionnant, car s’il n’est pas archéologue, il a tout lu sur Jérash et sa facilité de parole fait le reste.
Au moment où nous nous engagions sur le Cardo, quelques enfants arabes s’approchent pour nous vendre des cartes postales et d’autres babioles. Évidemment, ils connaissent Gabriel qui les accueille en disant : « Sales gosses ! » et les enfants de répondre en levant la main comme pour saluer : « Mouche à merde ! ». Difficile de ne pas rire…
Jérash est immense et tenter de résumer est voué à l’échec. Mais nous avons vu des temples, un nymphée, des escaliers monumentaux, des églises byzantines, le temple d’Artémis avec sa colonne tremblante (on glisse la main sous la base de la colonne et on sent le balancement lent de la colonne), deux théâtres, un hippodrome qui semble n’avoir jamais été achevé (maintenant on y fait du Ben-Hur) et surtout la première scie circulaire hydraulique connue (la seconde date du 12° siècle en Allemagne du Nord). On a passé près de trois heures avec Gabriel et on ne s’est pas ennuyé un instant.
On a rejoint notre hôtel. J’oubliais notre passager clandestin de la journée… Un type de la police secrète nous a suivi. C’est le second pouvoir dans le pays après celui du roi et avant le gouvernement. Le pays est assez “fliqué” mais on ne sent pas de tension particulière comme à Jérusalem.
A l’hôtel, on profité de la piscine mais dans ces pays musulmans, on est très prudes et les piscines sont cachées derrière de hauts murs. Du coup, elles ne sont jamais chauffées par le soleil et restent plus que fraîches. Mais la nuit fut bonne et on a fait la grasse matinée.
Pour ce dernier jour, nous sommes allés à Umm-Qays, la Gadara de la Décapole (cf. Mt 8, 28). Le site est bâti sur un promontoire qui domine le lac de Tibériade et le défilé du Yarmouk qui marque la frontière entre la Jordanie et le plateau du Golan syrien annexé par Israël. La ville a été peu fouillée, pâtissant de la proximité avec la splendide Jérash où tout le monde veut fouiller. On a tout le matériel habituel : rues, temples, églises byzantines, théâtres, nymphée… Au fond du site, près d’une ancienne église, nous avons célébré la messe. À ce moment, le temps a tourné. Le khamsin s’est levé, ainsi que la chaleur. Sur les photos, vous voyez le même endroit (l'église à terrasse) avant et après... Repas au resto du site. Puis bus jusqu’à la frontière israélo-jordanienne de Beth-Shéan. Il a fallu patienter pour que tout le groupe passe. Mais à 18h00, nous étions à la maison. Le soir, nous avons voulu réviser nos classiques et voir Indiana Jones et la dernière croisade. Mais j’ai été terrassé par la vengeance de Toutankhamon. Je suis vite allé me coucher. Je pense que c’est la bouteille d’eau que j’ai acheté à la va-vite à la sortie de Umm-Qays.
J’ai passé un lundi un peu vaseux. Mais un régime à base de petit pois, riz et yaourt m’a remis sur pied.
Nous sommes revenus enchantés de ces cinq jours inoubliables ! Souvenirs, images, rires, temps de prières, on s’est régalés. À refaire !
A bientôt,
Étienne+

mardi 22 mai 2007

Jordanie : Wadi Ramm et Petra

Cher tous,

Ce voyage en Jordanie a été une merveille. Cinq jours, c’est à la fois court et très dense… Nous sommes allés de beautés en beautés.Départ mercredi matin, après un lever aux aurores… Le bus nous a conduits jusqu’au poste frontière d’Aqaba. Finalement, ça fait bien quatre heures de route. Nous nous sommes arrêtés sur les bords de la Mer Morte, à Ein Boqeq, puis près de Timna (les fameuses mines du roi Salomon, exploitées depuis 6 000 ans).
Aqaba se situe au fond du golfe auquel elle a donné son nom, du côté jordanien. Il ne reste pas grand-chose de la petite cité conquise par Lawrence. Le site est en plein boum économique. On voit de grandes avenues bordées de palmiers qui attendent d’être garnies de bâtiments. Pour attirer les investisseurs, le gouvernement a fait d’Aqaba une zone franche.
Le passage de la frontière s’est assez bien passé. Nous sommes montés dans un nouveau bus, jordanien cette fois-ci. Une bonne heure de route à travers un wadi.
Ensuite, nous sommes montés à bord de véhicules 4x4 pour une excursion dans le
Wadi Ramm. On s’est bien amusés. Il est vrai qu’on devait ressembler à de braves touristes mais c’était fantastique !!! Les rochers de grès rouge et noir, le sable roux et rugueux. Plus le temps avançait, plus la lumière était belle. Nous avons fait quelques haltes en chemin pour voir des inscriptions et des gravures nabatéennes, un endroit où nous avons ramassé des éclats de turquoise, un puits que la tradition dit avoir été utilisé par Lawrence. On s’est aussi un peu amusés dans les dunes. Nous avons donc vu le Wadi Ramm proprement dit et le rocher appelé les Sept Piliers de la Sagesse (le rocher a reçu son nom du bouquin et non pas l’inverse !). Dans le Wadi Ramm, j’ai repéré, du premier coup d’œil, le lieu où a été tourné Lawrence d’Arabie. Il s’agit de la séquence du camp d’Auda Abu Tayi (interprété par Anthony Quinn). En plus, il faisait une douce chaleur (moins de 30° C), le vent soulevait ça et là le sable en colonnes de nuée.
Au retour, après quatre heures de rodéo, nous sommes rentrés au village. Sur la route, le véhicule fonçait, j’étais debout à l’arrière avec quelques autres et à un moment, je me suis retourné et ce fut le drame : mes lunettes de soleil ont glissé de mon nez et se sont envolées, décrivant une belle parabole avant de toucher le sol en se brisant en mille morceaux… Guilhem me les avait données il y a au moins douze ans. Camps scouts, routes NDV (déjà la Terre Sainte), camp d’aumônerie, JMJ… Elles auront bien servi !
Nous avons fini par arriver au bivouac pour la première nuit. Installation, célébration de la messe dans le désert avec un petit autel en pierres sèches, repas préparé par le bédouin qui nous accueillait (Quatorze enfants avec une seule femme !). Le ciel était d’une pureté extraordinaire : nous avons passé un bon moment à regarder les étoiles. La nuit sous tente s’est bien passée.
Le matin, lever aux aurores, petit déjeuner rapide : thé, café, pain, œuf dur… Puis nous avons pris le bus vers Pétra. Une heure et demie de route… Nous nous sommes arrêtés sur un promontoire pour admirer de loin le site. On voyait très bien le Sîq, le défilé qui donne accès à la ville.
Une fois arrivés à Pétra, je me suis précipité chez le premier marchand de babioles venu pour acheter des lunettes. J’ai donc acheté des “vraies” Rayban pour presque rien. Il y a pas mal d’échoppes qui sont estampillées “Indiana Jones”.
Pour accéder au site, il faut marcher deux bons kilomètres (on peut aussi louer une calèche ou un ânon), d’abord entre des rochers dont certains sont taillés et sculptés en tombes. Puis on arrive à une digue qui empêche l’eau de pénétrer dans le défilé. Le wadi est détourné vers un autre wadi grâce à un tunnel qui la fait passer de l’autre côté. En 1964, la digue n’avait pas été restaurée, et un groupe de pèlerins français a été anéanti par l’arrivée soudaine d’eau dans le défilé.
Nous avons suivi le défilé qui mesure un bon kilomètre. Il est vraiment étroit. De loin en loin, les hautes parois sont sculptées : niches, représentations d’une caravane. En certains endroits, la roche est veinée de rouge, gris, bleu… Au bout, le rocher semble s’ouvrir pour laisser surgir la splendeur de la façade du Trésor, le Khazneh. À 9h15, la façade est toute illuminée.
Vraiment cela dépasse tout ce qu’on peut imaginer et décrire. Le monument en impose puisqu’il mesure 40 mètres de haut. Il est entièrement taillé dans le roc, sans rien de bâti. Fascinant !



Si vous avez vu (vous n’avez pu manquer de le faire) Indiana Jones et la dernière croisade, on retrouve quelque chose de ça. Dans Coke en Stock, Tintin est moins impressionné. Je me suis rappelé aussi un Agatha Christie qui se passe à Petra, mais j'ai oublié le titre.






Le Khazneh est un tombeau mais la salle est un cube vide sans plus aucune trace de décoration, ce qui tranche avec le faste de l’extérieur.
Le Khazneh est une splendeur mais finalement, ce n’est que la mise en bouche d’un site immense : 3km sur 5. La ville était occupée par les Nabatéens, des nomades qui à partir du quatrième siècle av. J.-C. ont commercé entre Gaza et l’Asie : encens, soie, épices… Pétra était leur capitale, cachée dans les montagnes mais comme ils vivaient sous la tente, les seuls bâtiments en dur qu’ils ont laissé sont les tombeaux. Cela confère au site un aspect d’immense nécropole, presque un “cimetière des éléphants”. Les Nabatéens ont été soumis par Trajan en 106. Pétra est ensuite devenue un évêché byzantin et progressivement abandonnée mais jamais complètement puisque des bédouins l’occupaient encore dans les années 1960, avant que le site ne soit aménagé pour le “tourisme de masse”. Le site a été révélé à l’Occident par un Suisse et popularisé dans l’iconographie par l’anglais David Roberts en 1839.

Nous avons tourné à gauche ensuite pour monter vers le haut lieu. Une demi-heure de grimpette (fraîcheur de l’air, vent frais, un régal). Il s’agit d’un lieu de sacrifice et de culte, avec une table des offrandes, un autel des sacrifices et un bassin pour le sang. Le panorama est vertigineux. En fait, on compte plusieurs de ces lieux à Pétra, mais celui-là est le plus beau. Du coup, nous nous sommes mis un peu en contrebas pour célébrer la messe de l’Ascension. La deuxième lecture de la fête prenait alors un relief particulier.
Nous sommes descendus de l’autre côté. Quelques tombes splendides. Visite du “temple de la fille de Pharaon” (à l’époque beaucoup de noms ont été donnés en référence à l’Égypte) fouillé et restauré par l’université de Nanterre.
Enfin, halte bienvenue au resto du site. Après le repas, un temps de sieste puis visite du petit musée : quelques mosaïques, des céramiques nabatéennes, quelques sculptures. Nous sommes ensuite montés au “Monastère” Ad-Deir. Encore une belle bavante, mais le jeu en vaut la chandelle. Le Monastère a pris ce nom puisqu’il semble avoir servi d’église à une époque. C’est le plus grand des tombeaux de Pétra (50x45m). L’après-midi, la façade est éclairée en face. Le drame… c’est que mon appareil photo ne s’est pas mis en économie d’énergie pendant le repas de midi (normalement c’est automatique), il était vide et je n’ai pas pu prendre de photo. Il y avait un type qui est monté tout en haut, au sommet de l’urne. Il a l’air coutumier du fait puisque je l’ai vu sur Internet.
On a continué un peu pour admirer le panorama sur la dépression de la Arabah entre le sud de la Mer Morte et Aqaba. Encore vertigineux. Redescente vers le resto. Puis de là, nous sommes allés vers le Tombeau du Turcoman, il est un peu excentré mais il a été fouillé et décrit par l’École Biblique en 1897. Là, nous avons fait une photo de groupe. Admirez la splendeur des couleurs qui se marie à la régularité de la taille de la pierre...
Puis, nous sommes vite retournés à l’entrée du site. Retour au bus et installation à l’hôtel. Repas excellent et nuit reconstituante.
Le lendemain matin, nous sommes retournés à Pétra pour la matinée. L’arrivée sur le site est toujours aussi fascinante même si la surprise joue moins. De plus, la façade n’était pas encore touchée par le soleil. Il était tôt, pas grand monde sur le site, j’ai fait quelques bons portraits.
Nous avons vu à ce moment les tombeaux palais. C’est à faire plutôt l’après-midi pour jouir de la lumière et des couleurs mais c’est tout de même splendide. Puis, nous avons vu l’église byzantine avec ses mosaïques splendides et l’évêché, avec sa jolie chapelle décorée de quatre colonnes de granit bleu.
Passage rapide au grand temple fouillé par une université américaine. Ensuite, nous avons à regret quitté Petra. Les yeux pleins de lumière, de couleurs, des formes baroques et improbables que le vent a donné aux bâtiments.
Pique-nique à l’entrée du site et départ du bus vers le nord, et Madaba, par la route des Rois. Le paysage est captivant, un plateau et de grandes vallées à traverser. À Madaba, nous sommes arrivés à six heures moins dix, juste à temps pour visiter l’église Saint-Georges avec sa fameuse carte-mosaïque du 6° siècle. Mais en fait, on ne pouvait rien voir puisque l’église était apprêtée pour un mariage…
Nous nous sommes installés à l’hôtel et avons profité de la piscine avant de célébrer la messe dans la salle-à-manger (le patron est chrétien). En fait, Madaba est une ville qui a été fondée pour accueillir des chrétiens, il y a plusieurs églises construites sur les églises byzantines. Depuis quelques années, les musulmans sont majoritaires puisque nous ne sommes qu’à 30km d’Aman, la capitale et proches de l’aéroport. C’est donc une banlieue sympa. Évidemment, une mosquée immense est en construction…
La nuit a été bien reposante.

mardi 15 mai 2007

Césarée et les Mosquées

Chers tous,
Vendredi, je suis allé confesser au Saint-Sépulcre. C'est le Père Stéphane qui m'a proposé ce ministère. Je n'ai pas eu grand monde mais quelques "gros poissons". En sortant, il faisait frais par rapport aux jours précédents et le ciel était tout jaune, une ambiance irréelle.
La journée de samedi a été fantastique ! Nous sommes allés en excursion à Césarée maritime et à Tel Dor.
Césarée était à l'époque de Jésus la capitale administrative de la province de Judée. Comme toute ville romaine, il y avait un théâtre, des palais... Le théâtre a bien évidemment été restauré et est utilisé pour des festivals, il pouvait accueillir 4000 personnes. A côté sont exposés un bon nombre de chapiteaux romains, certains ont été réutilisés au cours des âges : petite meule domestique, fûts de colonne transformé en mangeoire. Dans le théâtre, on a retrouvé réemployée une pierre qui porte inscrit le nom de Ponce Pilate. Ce que l'on voit à Césarée est une copie, mais j'ai entouré en rouge PILATVS.
Près du théâtre, on a retrouvé le Palais hérodien. Le Palais a été construit par Hérode le Grand et occupé ensuite par ses descendants. Le palais est bâti sur un rocher qui pénètre dans la mer, il reste peu de choses mais ça devait être assez joli. En tout cas aujourd'hui, malgré les restaurations un peu violentes, le site garde une beauté certaine. L'Apôtre Paul a passé deux ans en captivité à Césarée et il fut présenté au roi Agrippa II (Ac 25, 23ss) ; il est possible que ce soit dans ce palais que l'entretien ait eu lieu. Un hippodrome jouxtait le palais (pratique : on assistait aux courses depuis sa chambre !). Contrairement à ce qu'on voit souvent (exemple Ben-Hur) la loge impériale se trouvait à un bout de l'hippodrome afin que le président des jeux soit aux première loges dans le tournant (c'est là que les choses devenaient violentes et intéressantes). A l'époque byzantine, l'hippodrome a été désaffecté et des maisons ont été construites sur le site. Des bains, de splendides mosaïques. Les archéologues sont déçus de n'avoir pas retrouvé la bibliothèque de Césarée. Pendant la période byzantine, Césarée était un centre intellectuel important : le grand exégète Origène y a vécu après avoir été expulsé d'Alexandrie. Eusèbe, évêque de Césarée au 4° siècle, a écrit l'Histoire Ecclésiastique, considérée comme assez fiable : c'est là qu'on a les témoignages sur les martyrs de Lyon. Mais pour l'instant on n'a rien trouvé... A l'extrémité, on visite un bâtiment administratif, peut-être un percepteur d'impôts. Sur le sol, une mosaïque cite saint Paul (Rm 13, 3) : "Veux-tu n'avoir pas à craindre l'autorité ? Fais le bien et tu recevras des éloges"

Nous avons continué en passant devant un mithraeum, sanctuaire de Mithra, puis dans la citadelle croisée bâtie sur le port hérodien. L'anse actuelle du port ne donne qu'un petit idée de ce qu'elle était à l'époque d'Hérode. La jetée fait aujourd'hui 50 mètres, elle en faisait alors plus de 300 ! C'est de ce port que Paul est parti vers Rome pour y être jugé par l'empereur. C'est assez émouvant de se retrouver sur les lieux. Puis nous sommes passés sur le Forum, qui est une terrasse artificielle sur laquelle s'élevait un temple à Auguste, puis une église byzantine octogonale. Puis sortie du site par la porte des croisés.
Deux minutes de bus avant d'arriver à l'hippodrome byzantin : 230 mètres de long, presque le Circus Maximus. Le site n'a pas été fouillé mais on se rend compte du gigantisme de l'édifice quand on voit l'obélisque qui trône au milieu. Il a fallu traverser un champ de mauvaises herbes pour accéder au site.
Encore un peu plus loin, on a vu la maison aux oiseaux. Des gens qui voulaient constuire une villa ont découvert en 1955 que d'autres personnes avaient eu la même idée presque 2000 ans plus tôt... Une splendide mosaïque décorée d'oiseaux orne l'atrium : paons, pélicans, flamants roses et même, vous le voyez, un joli faisan.
Puis pique-nique sur la plage de Césarée près du fameux aqueduc. Baignade dans la mer qui était joliment agitée.
Nous avons continué notre route vers Tel Dor. Ce site se trouve à une trentaine de kilomètres au nord de Césarée. Le site serait intéressant s'il était mis en valeur avec des panneaux, des schémas, des explications... Mais le kibboutz voisin a refusé à Israël qu'un parc national soit installé là. Et en Israël, un kibboutz a tous les droits. Le site a donc été habité depuis très longtemps.
Nous avons visité le petit musée installé dans une ancienne verrerie : depuis l'antiquité jusqu'aux croisés en passant par les byzantins, on a vu plein de choses. C'est aussi à cet endroit que Napoléon après l'échec du siège de Saint-Jean-d'Acre a attendu en vain la flotte de secours, en 1799. L'activité principale du lieu était la culture de murex, joli coquillage utilisé pour produire la pourpre. Puis on est allé voir l'église byzantine : c'était un lieu de pèlerinage à l'époque. Une colonne de marbre a été retrouvée, elle contenait un fragment du Golgotha, un autre du Saint-Sépulcre et un dernier du Sinaï. Le Pèlerin de Bordeaux, qui a accompli son pèlerinage en 333, évoque son étape dans la ville. Nous attendions de jolies ruines bien lisibles et organisées, avec des mosaïques. Mais il y avait des chardons jusqu'à hauteur d'homme.
Puis, sur le rocher qui domine la mer, quelques ruines plus anciennes... Il était dommage ensuite de ne pas honorer le fait qu'une partie des fouilles du site s'est faite sous la mer... Donc nous nous sommes encore baignés. En plus la plage est considérée comme une des plus belles d'Israël. Puis retour à Jérusalem, où nous avons été accueillis par une pluie diluvienne, inhabituelle pour la saison.
Le soir, projection de Rabbi Jacob, monument de la culture franco-loubavitch. Terence le voyait pour la première fois. C'est impressionnant de se dire que ce film est sorti le 18 octobre 1973, en pleine guerre du Kippour ! Il y a même eu à l'époque le détournement d'un avion par la femme de l'attaché de presse du film qui voulait faire interdire le film !!!
Finalement, pour mes 30 ans, j'ai eu une journée fantastique !!!
Dimanche matin, visite de l'esplanade des Mosquées. L'accès au site est relativement libre mais les mosquées sont fermées... Là, nous avons pu pénétrer à l'intérieur. L'esplanade est donc celle du Temple de Jérusalem. En 638, lorsque les musulmans s'emparent de Jérusalem, le site est vide sauf peut-être une chapelle dans le coin sud-est, lieu du pinacle où Jésus a été tenté par le démon.
En 688, on édifie les mosquées. En fait, on s'aperçoit qu'elles reprennent la structure du Saint-Sépulcre : une "basilique", un jardin, un dôme au-dessus d'un rocher creux. Le Père Jerry Murphy O'Connor de l'Ecole Biblique défend l'hypothèse selon laquelle ce seraient des architectes byzantins qui auraient édifié et décoré les monuments pour le compte des musulmans. De fait, le Dôme du Rocher a la même structure que la coupole de l'Anastasis, l'église de la maison de Pierre à Capharnaüm, l'église du Mont Garizim, l'église de Césarée, l'église de la Qadisma (sur la route entre Jérusalem et Bethléem, le lieu où Marie aurait perdu les eaux !)... Coïncidence troublante évidemment niée par le guide musulman. Il est vrai qu'on comprend difficilement comment des nomades auraient pu maîtriser les techniques de construction. Les chapiteaux des mosquées sont à l'évidence chrétiens.
Nous avons donc vu d'abord Al-Aqsa, littéralement "la lointaine", c'est-à-dire le lieu lointain où Mahomet fut transporté durant son fameux "Voyage nocturne". Mais l'identification du lieu ne date que de la fin du 10° siècle... C'est une immense basilique à sept nefs, même si les croisés en ont abattus deux de chaque côté. Car la mosquée a servi de couvent pour les "Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon", les fameux Templiers. A l'intérieur, les colonnes sont récentes puisqu'elles ont été offertes par Mussolini. Dans un coin, les restes de la chapelle templière.
Puis nous nous sommes dirigés vers le Dôme du Rocher. L'intérieur est splendide, richement décoré. Ils sont en train de restaurer. Un ouvrier redorait un panneau avec attention.
Au centre du Dôme, derrière une barrière en bois, le fameux Rocher. La tradition juive y voit le lieu où Abraham a tenté de sacrifier Isaac. Plus tard, le Temple a été édifié à cet endroit mais les spécialistes ne s'accordent pas sur le lieu effectif du sanctuaire : le rocher marque-t-il le Saint des Saints, lieu de la Shekinah, présence de Dieu au milieu de son peuple ou bien le site de l'autel des sacrifices ? Sous le rocher, un creux. Quand nous sommes descendus, le guide a engueulé le gamin qui y dormait. Ce creux est le "Puits des Âmes" (référence à quel film ?). Les musulmans croient que les âmes défuntes y gisent en l'attente du jugement.
Puis après avoir terminé la visite, nous avons essayé d'approcher la "Porte Dorée" édifiée par les Byzantins pour commémorer l'entrée de Jésus à Jérusalem, mais il y n'avait pas de porte à cet endroit à l'époque de Jésus. Cette porte est jalousement gardée par les musulmans et ils craignent que les chrétiens ne s'en saisissent alors ils les empêchent d'approcher (alors que le guide nous avait dit qu'on pouvait !)
Ensuite, nous avons longé la galerie ouest (celle qui domine le Mur des Lamentations) joliment décorée par les mamelouks. Nous avons pu rentrer dans un bâtiment où se trouve un centre de restauration de manuscrits musulmans, le responsable est un italien. Il nous a aussi montré des tombes. Le manuscrit sur la photo date du début du 13° siècle, il a 800 ans ! Ensuite, nous sommes sortis par le Suq-Al-Qattanin, le marché des cotoniers.
L'après-midi, j'ai travaillé puis je suis allé à un concert à Sainte-Anne, une chorale juive interprétait des "Hymnes pour le Temps Pascal" (Josquin des Prés, Allegri, di Lasso...) Splendide !!! C'était assez étrange d'entendre des Juifs (en kippah !) chanter Christus natus est et Ave Immaculata Castitas ! Je reconnais que pour le temps pascal, on fait mieux mais ils chantaient vraiment bien. Le Miserere d'Allegri était *** !
Et le soir, nous avons récidivé : La grande vadrouille.
Hier, araméen et travail sur le Cantique des Cantiques (je décortique les versets 8, 5-7) en comparant les interprétations littérales et allégoriques.
Voilà, je me dépêche de poster cela avant de partir demain pour la Jordanie. Cinq jours sympas : Pétra, Wadi Ram, Madaba, Jérash et Gadara...
Aujourd'hui, l'ambiance est assez chaude en ville... C'est le quarantième anniversaire de la "libération", "réunification", "prise", "annexion" de Jérusalem... Suivant votre point de vue, vous dites une des expressions. Les Juifs sont un peu partout et les flics circulent pour maintenir l'ordre.


Je vous salue,
Etienne+

mercredi 9 mai 2007

Tunnels

Chers tous,
La semaine a été calme. Mardi, nous n'avons pas eu de visite dans Jérusalem mais le Père Jerry a fait une conférence sur l'architecture mamelouke à Jérusalem. Les mamelouks ont dominé Jérusalem de 1240 à 1517, entre les Croisés et les Turcs. A part Hérode, ce sont eux qui ont le plus bâti à Jérusalem. Les bâtiments serrent l'esplanade des Mosquées au nord et à l'ouest. Il s'agit surtout de bâtiments religieux : écoles coraniques, auberges pour les pèlerins, tombes de maîtres spirituels... Maintenant, je n'ai qu'une envie : aller voir sur place ! J'ai profité du calme pour me plonger à fond dans la lettre aux Hébreux : lectures, étude du plan, recherche d'idées, d'angle d'attaque... Après la participation à la Pâque samaritaine, ça faisait du bien de se poser.
Vendredi soir, Arnaud Bouchez, un jeune prêtre de Bordeaux nous a présenté son expérience d'aumônier militaire en Afghanistan, où il a fait trois séjours entre 2002 et 2006. Sympa et plein de belles images...
Dimanche, les choses se sont précipitées. Le matin, nous avions rendez-vous sur l'esplanade du Mur des Lamentations avec un petit groupe pour visiter le tunnel hasmonéen. Il s'agit des fouilles réalisées à partir de 1967 par les Israéliens dans le prolongement nord du Mur des Lamentations. En fait les bâtiments mamelouks dont on nous a parlé mardi ont fait monter le niveau du sol jusqu'à celui de l'esplanade des Mosquées et ils reposent sur l'empilement des bâtiments précédents. Avant de pénétrer dans le site, j'ai pris en photo les juifs qui faisaient la farandole devant le Mur.


Pour cette visite, nous étions guidés par Dan (son nom de famille est imprononçable) qui a été chargé des fouilles à partir de 1982 (avant, il n'y avait personne de responsable...). Nous avons finalement passé 3h30 à visiter le site. Passionnant.
D'abord, nous avons traversé une série de salles de diverses époques pour atteindre le Mur de l'esplanade. On voit très bien les vestiges du pont qui permettait d'accéder au Temple sans avoir à descendre au fond de la vallée. Quand on atteint le mur, on se trouve au niveau du sol de l'esplanade du Mur des Lamentations mais à 15 mètres au dessus du rocher naturel. Salles croisées, salles hérodiennes... On se perd facilement. A un moment, on arrive dans une grande salle. On voit une maquette animée qui permet de voir l'évolution du site au cours des âges. Impressionnant et vraiment évocateur. Ensuite, la visite consiste à suivre le tunnel creusé le long du mur. On voit un des plus gros blocs de pierre de l'antiquité : 15 x 5 x 3,5m !!! 600 tonnes !!! Sur la photo, vous voyez le guide qui explique les problèmes des transferts de charges aidé par Nathanael. C'est dommage que vous ne puissiez le voir de face car il avait des moustaches fabuleuses, à rendre jaloux Astérix. Au second plan, la fameuse pierre. On passe devant la "Porte de Warren" une des quatre portes occidentales d'accès au Temple. Le lieu est aménagé en synagogue et, à cause de cela, il faut porter une kippah tout le long de la visite. On passe ensuite à travers quelques citernes : jusqu'en 1972, il était obligé de construire les maisons avec des citernes. En 1972, une épidémie de choléra a changé du tout au tout la législation... Le tunnel reste toujours au même niveau mais comme le sol naturel monte, nous finissons par l'atteindre, on voit les restes d'une rue romaine (que Jésus a vraisemblablement connue). Ensuite, le rocher a été creusé pour servir de carrière mais les ouvriers d'Hérode ont sculpté le rocher afin de lui donner l'aspect d'un mur hérodien typique. Même les spécialistes ont du mal à distinguer le vrai du faux... On traverse ensuite un aqueduc et on finit par arriver dans une citerne souterraine, et on éprouve alors un étrange sentiment de déjà vu... Il s'agit en fait de l'extrémité sud de la citerne du Strouthion que nous avons visité le 20 février... La citerne est coupée en deux par un mur récent. Puis un petit tunnel creusé dans la pierre nous permet de sortir dans la Via Dolorosa. Quel voyage !!!
L'après-midi, je suis allé à la procession de l'après-midi au Saint-Sépulcre. La procession est quotidienne et fait le tour de la Basilique, on s'arrête un peu dans toutes les chapelles : la prison, le couronnement d'épines, le Calvaire, etc. Mais cette fois-là, tout le monde s'est arrêté dans la chapelle de l'Invention de la Croix pour célébrer les premières vêpres de la solennité. (Le fête de la Sainte Croix du 14 septembre commémore en fait le retour de la relique de la croix à Jérusalem en 629 après qu'elle eut été volée par les Perses en 614). Latin, grégorien... A la fin de la procession, j'ai salué le secrétaire du Custode (le franciscain responsable des Lieux saints de Terre Sainte) qui est français : il m'a embauché pour confesser ! Youpi !
En plus de ça, il m'a montré leur couvent (la base ne date que du 4° siècle...) la galerie qui donne sur l'Anastasis. Après la prise de Jérusalem par les Arabes, ils ont fermé la Basilique sans la détruire. Du coup, les chrétiens se sont installés dans le bâtiment et devaient payer l'entrée (et la sortie) au garde arabe. La galerie servait jusqu'à récemment de dortoir pour les franciscains. Le seul accès du couvent franciscain est la Basilique elle-même : tout ce qui rentre dans le couvent passe devant la Tombe du Christ : tables, chaises, ordinateurs, provisions, papier toilette... J'ai pesté parce que je n'avais pas pris mon appareil photo. De passage à la sacristie, clash œcuménique : des prêtres en soutane demandaient à célébrer la messe mais il faisaient partie de la Fraternité St-Pie-X, lefébvriste.
J'ai vite filé puisque je devais célébrer la messe avec ceux qui avaient fait la visite de la matinée. Le soir, Matteo nous a offert une glace dans la rue Ben Yehouda, nous sommes arrivés 12 secondes avant l'apparition du nouveau président de la république ; avec le décalage horaire, cela avait lieu à 9h00. J'ai écouté la perdante puis le gagnant et je suis allé me coucher puisque j'avais rendez-vous avec quelques étudiants à 23h30 pour aller assister aux Vigiles de la solennité de la Croix au Saint-Sépulcre. Nous sommes arrivés bien en avance et du coup, j'ai pu prier un petit moment dans la Tombe, ce que je n'avais pas fait depuis avant Pâques. Je me suis même retrouvé coincé à l'intérieur puisque le type rechargeait les lampes à huile. Lesieur est le sponsor officiel du Saint-Sépulcre. Les Vigiles étaient très belles ; la deuxième lecture était tirée de l'histoire ecclésiastique de Rufin d'Aquilée et raconte la découverte de la Croix et son identification grâce à la résurrection d'une femme morte. On parle aussi des clous de la Passion avec lesquels sainte Hélène a fait faire un mors pour son fils. Les Carpentrassiens auront reconnu le Saint-Mors de Carpentras.
Vite allé me coucher dès la fin de la célébration.
Lundi matin, normal : cours d'araméen. Puis j'ai dormi un peu. L'après-midi, cours sur le Cantique des Cantiques. Puis messe avec notre équipe d'étudiants de Rome : le 7 mai est l'anniversaire de la fondation de l'Institut Biblique et nous avons voulu nous unir à la prière de ceux de Rome en célébrant ensemble la messe.
Mardi, messe chez les Bénédictines du Mont des Oliviers avec Terence. Le petit dèj a été assez long puisque la prieure n'a pas la langue dans sa poche.
L'après-midi, visite sympa : la cité de David. Cela se situe au sud du Mont du Temple, hors de la Vieille Ville actuelle. (Sur le plan à droite, c'est en bas à droite) Les vestiges sont assez anciens, 8° siècle avant Jésus-Christ. En ce moment, on cherche fébrilement l'emplacement du Palais de David. Hier, on a annoncé la découverte du tombeau du roi Hérode à la forteresse de l'Hérodion ! De toute façon, Israël a la densité d'archéologues la plus élevée au monde (avant même l’Égypte). Je disais donc que les vestiges sont anciens mais pas très bien présentés. En revanche, les Israéliens en sont très fiers puisque cela est sensé remonter à l'époque du roi David... L'aspect politique de l'archéologie est assez marqué, par ici... Ensuite, nous sommes descendus jusqu'à l'entrée du système d'eau de la Cité de David. On a poireauté un moment avant de pénétrer dans le système hydraulique car il y avait un groupe d'enfants, avec les animateurs armés...
Tout en bas, dans la vallée du Cédron, il y a la Source de Gihon, le nom signifie "jaillissant". C'est une source permanente à débit périodique. La Source était la seule à l'intérieur des remparts de la ville, d'où l'importance qu'elle revêtait. Il y avait une sorte de tunnel vertical que les Jébusites avaient creusé en suivant une faille pour puiser de l'eau. Comme ce tunnel a été fouillé par le capitaine anglais Charles Warren, il porte son nom Warren's shaft, le puits de Warren. (C'est le même qui a donné son nom à la Porte devant laquelle nous sommes passés dimanche dernier : ces militaires n'avaient vraiment rien d'autre à faire) Certains pensent que David s'est emparé de la Cité aux environs de l'an 1000 avant J.-C. en passant par là.
Nous sommes descendus dans l'ancien tunnel qui permettait d'accéder à la source. A un moment, on accède à une grande salle couverte d'une chape de béton. On voit le sol naturel et une porte monumentale, la porte de l'eau. On continue. Et on finit par arriver à l'entrée de la Source. Nous étions passés devant deux semaines auparavant pendant notre visite de la Vallée du Cédron. Là, nous étions de l'autre côté de la grille d'entrée. Ensuite, nous avons vu la source. Comme le lieu n'est pas très pratique d'accès, il y a eu plusieurs solutions au cours des siècles. Les Israélites ont aménagé un canal qui longeait la pente de la cité pour amener l'eau à la pointe sud de la Cité, la célèbre fontaine de Siloé. Peu avant l'an 700, devant l'avancée de Sénakérib, les habitants d'Israël ont du s'assurer du contrôle de l'eau. Le roi Ézéchias a ordonné de creuser un tunnel entre la source et la fontaine de Siloé. Le tunnel mesure 533 mètres de long, la largeur est celle d'un homme, la hauteur varie d'1,3 mètre à 5 mètres. Et on peut le parcourir, à condition d'être équipé : sandales pour marcher dans l'eau, lampe de poche... C'est vraiment impressionnant ! L'eau est fraîche, ce qui est appréciable puisque depuis 3 jours, nous avons des températures estivales : 35°C !!! Le tunnel est loin d'être rectiligne, il serpente en s'aidant des couches géologiques. Par endroit, on voit bien la taille de la pierre.

Près de la sortie, on a retrouvé à la fin du XIXe siècle, une inscription en ancien hébreu (elle se trouve aujourd'hui à Istanbul, puisque c'était alors l'empire ottoman). Je ne résiste pas au plaisir de la retranscrire puisqu'elle raconte le creusement du tunnel :

Voici le tunnel. Et ainsi fut fait le tunnel. Tandis que les ouvriers étaient encore en train de piocher, chaque homme en face de son compagnon, et tandis qu'il restait encore trois coudées à percer, on entendit la voix d'un homme appelant son compagnon, car il y avait une saillie dans le rocher sur la droite et sur la gauche. Et quand on eut achevé de percer le tunnel, les foreurs attaquèrent le roc, chaque homme en face de son compagnon, pic contre pic et l'eau jaillit de la source vers le réservoir sur 1200 coudées et la hauteur du rocher au-dessus de la tête des foreurs étaient de 100 coudées.On passe donc une bonne demi-heure dans le tunnel. L'expérience dépasse l'imaginable.
Ensuite, nous sommes sortis dans le bassin de la piscine de Siloé, enfin, ce que l'on croyait être la piscine de Siloé... Un bassin de 10 mètres de long, mal fichu... En fait, il y a deux ans, les archéologues ont suivi le canal d'évacuation de l'eau du bassin et ont trouvé beaucoup mieux : une piscine avec un bassin immense (3 000 m² environ), qui correspond mieux à ce qu'on pouvait imaginer d'une piscine destinée aux purifications. De plus, l'accès pour l'aveugle guéri par Jésus est plus facile avec des escaliers. De là, nous sommes remontés jusqu'à l'entrée du site puis revenu à la maison.
Dimanche matin prochain, il y aura une visite dans les mosquées du rocher et Al-Aqsâ. Et dans une semaine, nous partons pour la Jordanie.
Ensuite, l'année académique sera vite finie. Mais j'ai obtenu la permission de fréquenter la Bibliothèque en juin alors qu'elle sera normalement fermée aux externes.
Étienne+