mercredi 28 février 2007

L'ouest et le sud du Mont du Temple


Chers tous,
Je me dépêche de vous écrire sur ces trois derniers jours car demain nous partons pour deux jours de voyage dans le Néguev, le désert au sud d'Israël. Au programme, plusieurs sites archéologiques d'un peu toutes les époques.
Lundi, cours d'araméen et l'après-midi j'ai préparé le cours du lendemain sur la passion selon saint Matthieu. Ça représentait un bon boulot parc qu'il fallait analyser tout le texte, faire des remarques sur ce le professeur a dit.
Mardi, matinée sur la Passion selon saint Matthieu et un peu d'araméen targumique cette fois. L'après-midi, nous avons eu notre traditionnelle balade archéologique du mardi. La semaine dernière, nous avons vu la partie nord du Mont du Temple avec tout le système d'alimentation en eau. Cette fois-ci, nous avons vu les côtés ouest et sud. Il s'agissait de voir ce qui reste du Temple de l'époque de Jésus. Le premier temple de Jérusalem a été construit par Salomon vers 965 av. J.-C. et détruit par Nabuchodonosor (essayez d'écrire ça du premier coup sans vous tromper...) en 586. Au retour des Juifs de l'exil à Babylone, le temple est reconstruit. Il y a quelques péripéties ensuite jusqu'à l'époque d'Hérode le Grand. Pour asseoir son autorité, il agrandit le temple, bref il l'a quasiment reconstruit. C'est ce temple que Jésus a connu et qui fut finalement détruit par les Romains en 70 après J.-C.
Nous avons commencé par les arches de Wilson. Ce sont les vestiges d'une rampe qui montait de la ville jusqu'au niveau de l'esplanade. Aujourd'hui, le sol s'est rehaussé et les arches sont assez basses. On peut les voir encore aujourd'hui à gauche du Mur des Lamentations. C'est là qu'est situé le portail magnétique de contrôle antiterroriste. On peut voir l'Arche de Wilson sur le dessin du Temple (désolé, l'image est minable mais vous pouvez voir beaucoup mieux en cliquant sur le lien "Temple de Jérusalem" dans la colonne à droite : là c'est beaucoup mieux et il y a même des petits films). Nous avons fait un bref arrêt sur l'esplanade du Mur occidental (ou des Lamentations) pour voir les trois sortes de pierres, en bas celle de l'époque hérodienne (les 7 premières couches), celles des Omeyyades du 7° siècle qui ont construit les mosquées (les 4 couches de pierres carrées) et la restauration après le tremblement de terre de 1033 (les petites pierres tout en haut). Puis nous avons continué vers le sud.
Là, nous avons pénétré sur le site du Parc archéologique de l'Ophel, la petite hauteur au sud du Mont du Temple (là aussi, voyez le site Internet dans la colonne de droite). La partie sous le mur ouest est assez impressionnante, dans le prolongement du Mur des Lamentations. Les fouilles réalisées ont mis à jour les vestiges des installations du Temple d'Hérode (et donc de Jésus). On voit encore le départ de l'Arche de Robinson (attendez, on n'en a pas fini de voir des QuelquechoseSON : Y'a encore Davidson). Il y a cent ans, le sol cachait la ligne de pierres carrés en saillie à l'endroit où sort l'Arche. L'Arche de Robinson est au milieu du dessin (les escaliers font un coude). On a dégagé un important complexe de bains rituels pour se purifier avant d'aller au Temple. Au pied du mur, on a laissé les pierres cyclopéennes qui sont tombées en 70 lorsque le Temple a été détruit. Leur taille est impressionnante ! En tombant, ils ont défoncé la rue, on peut le voir sur la photo. La rue est celle qu'a connue Jésus. Le quadruple portique à gauche, ce sont les boutiques des changeurs et des marchands, ceux que Jésus a chassé ! C'est logé au pied de l'Arche de Robinson, sous les escaliers.
On a vu ensuite un morceau du pinacle du Temple. Il s'agit d'une pierre taillée dans une craie très blanche, placée au coin sud ouest de l'esplanade du Temple. A cet endroit, un lévite se tenait pour sonner du shofar (trompette faite dans une très longue corne de bouc). Nous sommes donc à cet endroit à l'angle du Temple, on s'aperçoit que les pierres du Temple d'Hérode n'ont pas de mortier et qu'elles sont parfaitement ajustées. De plus, elles ne sont pas exactement les unes au dessus des autres mais chacune est légèrement décalée en arrière par rapport à celle qui est en dessous. Ensuite, nous avons parcouru le mur sud. Les vestiges sont beaucoup plus confus que la première partie. Dans l'ordre, un bâtiment administratif de l'époque omeyyade (7° siècle) ; des maisons byzantines (il en faut bien pour que tout soit complet) ; une tour médiévale construite par les Croisés (on ne sait pas trop quand...) ; la muraille de Soliman le magnifique (1540) ; le linteau de l'église de la Nea réutilisé dans la muraille ottomane (daté de 543 et mesurant 7 mètres de long) ; des bains rituels, des vestiges du premier temple (7° ou 8° siècle) ; une piscine... On voit tout de même l'escalier monumental qui conduisait au Temple, il fallait pour cela s'engouffrer dans la Double Porte, emprunter un long escalier dans un tunnel et arriver sur l'esplanade. La vision du Temple devait être fascinante ! On prenait un escalier semblable pour sortir par la Triple Porte dont on voit encore les traces qui datent en fait d'une époque plus tardive. Seul le montant de la porte gauche est authentique. Ensuite on est revenu et on a visité le Centre Davidson (le voilà le troisième SON). Un petit film, quelques trucs, une maquette... Pas grand chose. Sinon le site archéologique est vraiment intéressant. Si cette présentation vous a plu, vous pouvez continuer en construisant le modèle réduit du Temple d'Hérode (à partir de 10 ans, recommandé par Rabbi Shlomo ben Yehuda : réel!).
On est rentrés en traversant le quartier juif et le souk. Dans le jardin de l'école, il y avait des travaux de tuyauterie, les ouvriers ont creusé et ont trouvé un mur vraisemblablement romain ! Le soir, il y avait répétition de chants pour les offices des jours saints. Surtout du Gouzes mais pas seulement.
Aujourd'hui, j'ai préparé ce matin le voyage des deux prochains jours. J'ai bossé particulièrement le sanctuaire israélite d'Arad : structure, datation, destruction...
Dans l'après-midi, avec un groupe d'étudiants, nous sommes allés visiter les tombeaux des rois. Ce lieu appartient à la République française, via le Consulat. Il s'agit d'une immense carrière rectangulaire. Du côté sud, on voit les restes d'une façade sculptée (un peu dans le genre Pétra). Et dedans, s'ouvre un tombeau avec la fameuse pierre roulée. Nous avons pu rentrer dedans puisque nous avions prévu des lampes de poche. Une fois dedans, il y a tout un complexe de salles avec des tombes, des salles, des endroits pour placer les ossuaires. En fait, tout cela a été fait pour la tombe de la reine Hélène d'Adiabène, qui vivait un peu après Jésus et qui s'était convertie au judaïsme. Voyez le lien dans la colonne de droite. J'ai un peu pesté parce que je n'avais pas mon appareil photo.
Voilà, je vous quitte, il est tard et demain la journée commence tôt !
Je vous embrasse,
Étienne+

lundi 26 février 2007

Murailles pélé et quartier juif

Chers tous,
Vendredi, journée studieuse... J'ai travaillé mon "elaborato" de séminaire : une comparaison narrative de la confession de foi de Pierre chez Marc et Matthieu. C'est intéressant mais vivement que ça soit fini. J'ai aussi un peu avancé mon araméen.
Hier, samedi, le matin, je suis allé au Saint-Sépulcre. En fait, j'ai pris le rythme : à condition de se coucher tôt le soir, je peux me lever à 5h00 pour être au Saint-Sépulcre à 5h30, prier une heure, dire l'office des lectures. Vers 6h45, je rentre à l’École et à 7h00, je suis dans le réfectoire pour le petit-déjeuner. A 7h30, il y a les Laudes et à 8h00, la journée "commence". Cela laisse une belle matinée jusqu'à la messe de midi... A midi et demi, le repas est servi. C'est un self-service. A 14h00, la sieste est bien finie. Je peux soit prendre le temps de prier, soit aller travailler. Jusqu'à 19h30, heure des vêpres. Après les Vêpres, dîner. Cela laisse une grosse heure et demie pour diverses choses avant de se coucher.
J'ai étudié le matin. Je crois que c'est ce midi-là que nous avons vu passer Régis Debray : sans moustache, il trimballe tout de même sa silhouette de maoïste repenti (je ne sais pas s'il est repenti mais ça sonne bien). L'après-midi, j'avais rendez-vous avec les autres étudiants du Biblique pour faire une ballade sur les murailles de la Vieille Ville. Terence et moi logeons à l’École Biblique, au couvent des Dominicains. Alors que trois autres habitent à la maison de l'Institut Biblique (les jésuites). Les remparts actuels sont assez récents et ont été construits par Soliman le Magnifique en 1540. J'étais un peu déçu car, lorsque nous avons combiné notre activité, il faisait un temps splendide. Et samedi après-midi,il y avait le "Khamsin", le vent de sable. Regardez sur les photos, on dirait une brume jaune. On ne croirait pas mais en fait, c'est très crevant, les gens sont hyper énervés. Bref, c'est un drôle de temps...
Malgré tout, nous avons maintenu notre après-midi amicale. Nous sommes partis de la porte de Jaffa. Comme c'était samedi, shabbat, il y avait des Juifs partout : en noir, avec des toques, il y en avait un avec une sorte de robe de chambre rayée... Autant les Juifs ne travaillent pas, autant les Arabes s'en donnent à cœur joie ! Les rues sont bondées... Notre tour s'est bien passé. On a vu la ville d'en haut. On a vu plein de terrains de jeux pour les enfants ; en effet, la moitié de la population de la Vieille Ville a moins de 18 ans (Voyez le Dôme du Rocher au fond, il est à 450 mètres environ). Quand on a terminé, nous étions à la Porte des Lions, à côté de l'église Sainte-Anne. Il était trop tard pour faire la deuxième moitié des murs (A la Porte de Jaffa, il y a deux accès : un vers le nord et un vers le sud. Ailleurs, on ne peut que descendre et si on veut faire la deuxième partie, il faut retourner à la Porte de Jaffa). Du coup, nous sommes allés prendre un bon goûter à la maison de l'Institut Biblique. Elle est située juste derrière le Consulat de France et à côté du King David Hotel (que les sionistes avaient fait sauter en 1946).
Aujourd'hui, la journée a été bien occupée alors que je n'avais rien prévu... En revenant du petit-déjeuner, juste avant d'aller aux Laudes, je croise Benoît qui me propose d'aller avec lui et Guillaume à la messe à Sainte-Anne. "Emballé, c'est pesé", j'y vais. Nous avons fait une sorte de pèlerinage. Messe à Sainte-Anne dans la crypte où l'on fait mémoire de la naissance de Marie, puis café et gâteau dans un café du centre ville. Vous savez, ces gâteaux orientaux gras et sucrés. On a passé un petit moment à regarder les albums photos du café : des photos de Jérusalem à la fin du XIX° siècle. C'est impressionnant de voir à quel point les lieux ont changé. Puis nous sommes passés au Saint-Sépulcre, c'était l'heure de la procession des grecs orthodoxes : chants, encens, ornements chamarrés, bannières... Ils ont fait tout le tour de la Basilique puis on a écouté la proclamation de l'évangile. En sortant, on a fait un court passage à l'église luthérienne qui est à côté du Saint-Sépulcre (elle n'est ouverte que le matin), c'était l'heure du culte en allemand : beaucoup plus cérébral que les Grecs. En se promenant sur le Cardo, la rue romaine qui traverse la Vieille Ville, j'ai fortuitement rencontré Dan qui nous avait guidé en 1995, avec NDV. Je l'ai salué.
On a continué pour aller au Cénacle. En fait, on voulait aller y prier parce que les diacres du séminaire français étaient ce week-end en récollection pour écrire leur lettre de demande d'ordination sacerdotale. On a pu prier un petit moment, puis on a fait un tour à la Dormition qui est tout à côté. Après un chapelet, j'ai quitté mes deux compères pour rentrer à l’École manger.
Pendant le repas, Terence m'a proposé d'aller à Bethléem. Mais on n'a pas dû s'entendre parce qu'à 14h00, il n'y avait personne. Du coup, je suis allé seul explorer le quartier juif de la Vieille Ville. Malgré tout, le quartier est assez récent puisque reconstruit après la prise de la Ville en 1967 par les Israéliens (il faut dire que les arabes n'avaient pas laissé grand chose debout après 1948). J'ai visité deux musées archéologiques: le Quartier hérodien et la maison brûlée. Ce sont deux ensembles de bâtiments datant du premier siècle de notre ère et détruits par les Romains en 70. Le quartier, dominant le Temple, était habité par l'aristocratie sacerdotale. Cela se reconnaît au fait qu'il y a des bains rituels partout : le système est compliqué parce qu'il faut une certaine quantité d'eau pour que la purification soit valide, mais une fois qu'on s'est purifié, l'eau n'est plus pure. Mais comme on ne dispose pas d'énormément d'eau, on fait un petit bassin d'eau pure afin de rajouter de l'eau pure dans l'eau rendue impure par la purification. Du coup, ça multiplie les bassins. Il y a aussi le fait que la vaisselle utilisée est surtout faite en pierre : matière qui n'est pas susceptible d'être impure. Ce qui m'a intéressé, c'est la présence de vaisselle en céramique, la seule chose que l'écriteau dit c'est qu'elle est importée. Mais cela m'a rappelé les céramiques sigillées de la Graufesenque à Millau. Le site du quartier hérodien est assez impressionnant, il couvre près de 2700 mètres carrés. Il y a des mosaïques, des restes de stuc sur les murs ; on a même retrouvé des fragments de décorations géométriques (selon la loi juive, on ne doit pas représenter des choses créées) du plafond. Puis à cent mètres de là, j'ai visité la "Maison brûlée". Lorsqu'on l'a retrouvée dans les années 1970, on a retrouvé les traces d'un incendie, une lance romaine et même un bras de jeune femme. Là aussi, de la vaisselle... On réalise en voyant ces vestiges que la première préoccupation des gens était de survivre, d'avoir quelque chose à manger... Le reste, c'était bon pour les philosophes. Il y avait un petit film qui évoque les événements qui auraient pu se passer. Autant le site est intéressant, autant le film faisait un peu "récupération politique de l'archéologie". Honnêtement, les Israéliens sont champions dans le domaine. Les Français, nous avons fait ça au XIX° siècle : Alésia et compagnie. Dans le quartier juif, il y a des peintures, gravures, lithographies qui représentent le fameux panorama de Jérusalem depuis le Mont des Oliviers. Petit détail cependant... A la places des mosquées, il y a le Temple de Jérusalem. Plutôt étrange !
Ensuite, j'ai flâné dans le quartier juif. Des enfants partout. J'ai parlé avec un vigile. Lorsque je lui ai dit que j'étais français, il m'a dit "Alain Delon, Gérard Depardieu, Gérard Philippe..." Certainement un cinéphile. De là haut, on a une belle vue sur la rampe d'accès à l'esplanade des mosquées, et les fameuses fouilles qui ont provoqué les troubles des semaines passées. J'ai réussi à prendre en photo un juif pieux de face (assez difficile) : en fait, j'ai pris la pose comme si je faisais des réglages et je l'ai entendu venir, à peine était-il au coin de la rue, j'ai déclenché et je suis resté à faire mes réglages. Il s'est aussi mis à pleuvoir (conséquence normale du khamsin de la veille, m'a-t-on dit). Du coup, certains de ces juifs pieux protègent leurs chapeaux avec un sac en plastique spécial. Retour à la maison en passant par le Saint-Sépulcre, à ce moment-là, c'étaient les Arméniens qui célébraient à la tombe. J'étais content de moi parce que j'ai repéré que c'étaient eux à l'oreille, en entendant leurs chants..
Vite couché...
A bientôt,
Étienne+

jeudi 22 février 2007

Targum, piscines et toujours du byzantin

Chers tous,
Jeudi soir, et la semaine a déjà été bien remplie... Lundi, le lever a été un peu difficile. Woody Allen, c'est drôle mais comme nous avions commencé tard, nous avons fini non moins tard. Deux heures d'araméen avec le Père Puech. Il est très sympa, a toujours quelque chose à raconter à table. Il faut dire que c'est l'un des plus grands spécialistes d'araméen et surtout des manuscrits de la Mer Morte. En araméen biblique, nous traduisons Daniel chapitre 6, la fameuse histoire de Daniel dans la fosse aux lions". L'heure suivante, en araméen targumique, nous traduisons le Targum Néofiti de la Genèse (chapitre 2 et 3). Petite note sur le Targum : il s'agit d'une traduction-commentaire de la Bible hébraïque en araméen, datant peut-être des premiers siècles de notre ère (2° au 8°). Je dis "peut-être" car les spécialistes s'étripent pour dater ces textes.
Le Targum Néofiti est conservé à la Bibliothèque du Vatican, il y est entré en 1896 avec un lot de manuscrits provenant de la Domus Catechumenorum (Casa dei Neofiti en italien), c'est-à-dire la maison où résidaient les Juifs romains qui désiraient recevoir le baptême. Comme le manuscrit a été mal catalogué, on ne s'est aperçu que dans les années 50 que c'était un texte inconnu jusqu'alors.
Mardi, premier cours sur la Passion selon Saint Matthieu. Le prof est un jeune dominicain de Toulouse qui participe au nouveau projet de l'Ecole Biblique, "La Bible en ses traditions". C'est un peu pour renouveler le travail fait avec la Bible de Jérusalem, qui, dans les années 50 quand elle a été publiée, représentait une petite révolution : c'était la première traduction en langue moderne de la Bible avec des notes et introductions qui faisaient place aux données de l'exégèse moderne. Là, il s'agit de montrer ce que la Bible a engendré en terme de théologie, d'art, de liturgie, tout en gardant les notes sur le contexte historique, la rhétorique, la philologie... Bref, le projet représente un travail colossal qui va occuper l'Ecole et les spécialistes pendant plusieurs dizaines d'années. Nous allons avoir donc un cours qui voudrait étudier la Passion selon saint Matthieu, selon cette méthode. Cela a l'air passionnant ; je vous tiendrai au courant des résultats de nos travaux.
L'après-midi, nous avions notre traditionnelle promenade archélogique. J'ai vu dans le réfectoire de l'Ecole le programme des cours de l'année académique 1907-1908 : déjà, il y avait la "balade archéologique" le mardi soir. C'est donc une tradition de l'Ecole. Cette fois-ci, nous avons exploré la partie situé dans la Vieille Ville au nord du Mont du Temple. Nous avons commencé par le domaine des Pères Blancs, la jolie église Sainte-Anne. L'église date de l'époque des croisés ; après la reconquête par Saladin, elle fut transformée en école coranique, ce que rappelle une inscription en caractères coufiques sur le tympan de l'église. En 1856, le sultan a donné le domaine à la France qui l'a confié aux Pères Blancs du cardinal Lavigerie. Le sanctuaire a été bien restauré, l'acoustique est excellente.
A deux pas de là, il y a un amas de vestiges anciens assez peu lisibles au premier abord. Plusieurs époques se superposent. Il y a d'abord deux immenses bassins de 13 mètres de profondeur. A l'origine, ils mesuraient une quarantaine de mètres de large mais aujourd'hui on ne voit qu'une toute petite partie. Les deux bassins sont séparés par un mur de 6 mètres de large. Les deux bassins sont deux immenses réserves d'eau destinée à être utilisée au Temple tout proche. Les sacrifices nécessitaient des animaux purs et propres, ce que montrent les petits bassins (au premier plan de la photo). Il fallait aussi de l'eau pour nettoyer le Temple (imaginez le nombre d'animaux sacrifiés et la quantité de sang versé...). Sir 50,1-4 fait certainement référence à ces piscines. A l'époque romaine, il y avait un culte à Asclépios, le dieu grec de la médecine. Ce lieu est un lieu évangélique : en Jn, 5 Jésus y guérit un paralytique, la porte de la ville voisine est bien la porte probatique (des brebis : probata en grec) et le vallon au fond duquel sont creusés les bassins s'appelle bien Bethesda (vallon en hébreu).
A l'époque byzantine (encore elle ! décidément, on doit toujours passer par là !), on a bâti une église à cheval sur la digue. Pour soutenir la nef de l'église, on a élevé des arches (la flèche rouge). Le choeur de l'église se trouve construit sur les bassins antiques de lavage des animaux, on voit quelques colonnes (les trois points bleus). Au sol, quelques vestiges de mosaïques permettent de dater l'édifice d'avant 427, année au cours de laquelle l'empereur Théodose interdit que l'on représentât la croix au sol afin de ne pas la fouler aux pieds. L'église était dédiée à Sainte-Marie, rappelant la tradition qui fait naître Marie à Jérusalem, dans la maison d'Anne et Joachim, à proximité du Temple.
Ensuite, tout cela fut détruit... A l'époque croisée, on a édifié l'église Sainte-Anne dont je vous ai parlé et un petit moustier, bâti sur la digue des bassins maintenant comblés. C'est le mur avec la fenêtre que l'on voit à droite de la photo.
En sortant du domaine des Pères Blancs, nous avons suivi la Via Dolorosa. Sur le sol, quelques dalles romaines remontées de trois mètres et le mur est celui de la forteresse Antonia, forteresse romaine adossée au Temple. C'est l'occasion de constater l'orthographe parfois fantaisiste dans ce pays...
Au couvent de la flagellation, nous voyons quelques petits vestiges, notamment des jeux romains sur le sol de l'église (datant de l'empereur Hadrien, 135 ap. J.-C.), des chapitaux byzantins de la basilique du Saint-Sépulcre.
Un peu plus loin, nous voyons l'Arc de l'Ecce Homo, c'est là que la tradition place la parole de Pilate (Jn 19,5 : à vrai dire, les exégètes se disputent pour savoir si c'est Pilate ou Jésus qui parle). En fait, cet arche est la partie visible de la porte triomphale de la ville construite sous Hadrien, cent ans après la crucifixion. En fait, le chemin de croix traditionnel ne semble pas être le bon ; c'est une raison pratique liée à la liturgie qui a imposé ce parcours : on passait à l'époque la nuit à Gethsémani et on rejoignait ensuite le Saint-Sépulcre le vendredi matin en faisant mémoire du procès de Jésus et de ses souffrances. Les spécialistes préfèrent situer la condamnation de Jésus à la citadelle, près de la Porte de Jaffa. Près de l'Arc de l'Ecce Homo, donc, nous visitons le couvent des Dames de Sion. Là, nous voyons le fameux lithostrotos, le Dallage (Jn 19,13). Là, on voit des jeux gravés dans le sol, une sorte de morpion ou de backgammon et les spécialistes ont reconnu le "jeu du roi", pratiqué à l’époque des saturnales, le jeu du roi consistait à tirer au sort parmi les condamnés un roi de carnaval. A la fin de son règne éphémère, ce prisonnier était exécuté. La correspondance entre les dalles gravées et le récit de Saint Jean fait honorer ici la flagellation et la scène de dérision que rapporte l’évangéliste. Même si le dallage lui-même est plus récent, il est vrai que le rapprochement est troublant... J'ai essayé de prendre une photo mais l'éclairage ne permet pas de faire ressortir les contrastes, tant pis...
Sous le couvent, en revanche, la citerne du Strouthion (c'est-à-dire du Moineau) fait partie de cet ensemble de bassins qui servaient pour le Temple de Jérusalem.
Nous avons continué notre parcours vers la Quatrième Station du Chemin de Croix. Sous l'édifice des arméniens catholiques, il y avait des thermes romains. Belle installation de chauffage par le sol et des mosaïques bien conservées (ou trop restaurées...). Dans un coin, est représentée une paire de sandales ! C'est du 36 !
La visite s'est terminée par la terrasse de l'hospice autrichien d'où la vue sur la Ville est splendide.
Hier, mercredi des Cendres, nous avons célébré cela à la messe de midi : ici les messes sont souvent rapides... J'ai aussi bossé un bon moment mes cours d'araméen. J'ai aussi potassé un bouquin du Père Lagrange sur la Basilique de Saint-Étienne à Jérusalem. J'ai réalisé que le sous-sol du couvent et du jardin est un vrai gruyère : citernes, tombeaux... Il y a des restes de la Basilique construite par Eudoxie en 460 (sur laquelle est construite la Basilique actuelle) et de l'église des croisés qu'ils ont détruite afin qu'elle ne tombe pas aux mains des musulmans. Sur la photo, vous voyez la statue de saint Étienne qui se trouve dans l'atrium de la Basilique. Elle a été sculptée en 2005 par un frère de Beth-Semesh (la branche masculine de celles qui sont à Mougères) et a remplacé la statue de saint Étienne de 1900 qui fut décapitée en 1948, lors des affrontements israélo-arabes (le no man's land de l'époque se trouve à 50 mètres). Le dallage irrégulier est celui de l'atrium byzantin. Sous les arcades, on voit des plaques en métal, c'est l'entrée de tombeaux anciens. J'ai pris la photo depuis le toit du bâtiment de l’École. En regardant de l'autre côté... on voit deux coupoles. C'est le Saint-Sépulcre.
Ce matin, je me brossais les dents lorsque le téléphone a sonné. C'était le Père William Marie, de Nîmes, avec lequel j'ai enregistré le CD sur le Père Marie-Eugène à Noël. Il était à Jérusalem avec une douzaine de Nîmois. Rendez-vous fut pris. Je les ai retrouvés à Sainte-Anne. De là, nous sommes montés (en bus) au Mont des Oliviers. Nous avons visité le Carmel du Pater et on a prié dans la grotte. (Vous allez croire que je fais une fixation mais il y a les vestiges d'une basilique byzantine...) Puis descente au Dominus Flevit, avec son panorama splendide. Là, nous avons célébré la messe et William Marie m'a demandé de présider. Trop content ! Le seul problème de présider une messe au Dominus Flevit, c'est qu'on tourne le dos à la fenêtre et à la vue. Puis temps de prière dans un joli jardin œcuménique planté par le fils du Pasteur Boegner (observateur protestant à Vatican II) en souvenir de la rencontre en son père et Paul VI en janvier 64 pendant le voyage pontifical en Terre Sainte. C'est sympa, calme, on prie bien. Descente à Gethsémani, prière à la Basilique des Nations sur le lieu où Jésus a prié avant son arrestation. Ensuite, avec notre petit groupe, nous avons descendu le Cédron (passage devant les tombeaux anciens que Jésus a connus) jusqu'à la piscine de Siloé. Et pas n'importe quelle piscine de Siloé, la vraie ! Pas celle qu'on voyait jusqu'à l'année dernière qui date de l'époque byzantine (...) mais la piscine antique qui se trouve 30 mètres en contrebas. Cliquez sur le lien Cité de David (à droite sous ma photo) et cherchez la piscine de Siloé sur la photo de Jérusalem (le point jaune le plus à gauche). Sur la loupe qui apparaît, l'ancienne piscine est le petit bâtiment au dessus, on devine un minaret. La vraie piscine, du temps de Jésus, est a droite, sous le rocher. Nous sommes remontés et j'ai partagé le repas avec le groupe à l'hôtel Gloria (bien connu des parents).
Puis j'ai vite filé puisque j'avais une rencontre pour préparer notre excursion dans le désert du Néguev (du Sud) la semaine prochaine. Dans l'après-midi, j'ai failli devenir parano... Mes clefs n'ouvraient plus aucune des portes d'accès à la maison... En fait, les serrures avaient été changées. Du coup, je suis resté dans la Bibliothèque pour ne pas rester enfermé dehors. Finalement le père économe est passé et a donné les nouvelles clés. Ouf !
A bientôt,
Bon Carême,
Étienne+

dimanche 18 février 2007

Excursion à Ein Gedi et Massada

Chers tous,
Comment allez-vous? Je m'étais promis de vous écrire ce matin mais finalement nous avons passé la journée à Abu Gosh, l'Emmaüs des croisés.
Je reviens à Jeudi dernier...
Le matin, un peu d'étude : ça ne fait de mal à personne. L'après-midi, je suis allé me balader dans la Vieille Ville. Je voulais assister aux Vêpres des Arméniens, mais j'ai trouvé porte close... En fait, l'horaire que l'on m'avait communiqué était faux. C'est souvent comme cela à Jérusalem, on n'est sûr d'un horaire que lorsque l'événement se produit. Du coup, le temps d'attendre, il était trop tard pour aller se promener sur les remparts de Soliman, d'où le panorama sur la Ville est, parait-il, fabuleux. D'autant que la lumière était magnifique. Depuis notre arrivée, le temps est assez pluvieux avec de grosses averses qui tombent sans crier gare. On a souvent des éclairages improbables : sous des nuages gris, les maisons ressortent dorées ou roses... Cela me rappelle le poster qui était dans le couloir de la maison : on y voyait la traditionnelle vue de Jérusalem depuis le Mont des Oliviers mais avec un ciel d'orage et la lumière rose du soleil levant.
Du coup, je suis allé faire des photos dans le souk. Et là, j'ai vu une victime du syndrome de Jérusalem... Cette maladie psychique est recensée ainsi par les spécialistes, il s'agit du délire mystique que provoque un pèlerinage qui fait que les gens se prennent pour Jésus, la Vierge Marie, un des Apôtres. Le plus difficile se produit lorsque deux prétendants Jésus se rencontrent... Là, la victime portait une tunique blanche avec un scapulaire de la même couleur sur lequel étaient brodés en lettres hébraïques les mots "la main sainte du Seigneur". En plus, elle portait une couronne de fleurs violettes. Évidemment, tout le monde dans la rue se retournait sur son passage, arabes, pèlerins, juifs pieux... Le marchand d'une des échoppes la hèle et lui dit : "I will pray for you !" Elle se retourne et dit :"No, YOU need my prayers. I'm God !" Et elle a repris son chemin.
J'ai continué et je suis allé à la Sixième Station de la Via Dolorosa, pour rencontrer les Petites Sœurs de Jésus. Elles sont quatre, elles connaissent bien Tante Zaza et aussi l'Oncle Hubert. La plus jeune de la fraternité est autrichienne, elle a fait ses vœux perpétuels l'été dernier et, arrivée il y a une semaine, elle apprend l'arabe ! Revenu en ville, j'ai trouvé le souk envahi par des prêtres polonais. On ne savait plus où les mettre !
Vendredi, j'ai travaillé toute la journée. Le matin, un peu d'araméen et des corrections de mon travail écrit de séminaire. L'après-midi, j'ai lu des articles et des livres pour préparer l'excursion du lendemain à Ein Gedi et Massada. Après le repas, nous nous familiarisons avec la méthodologie du pique-nique pour l'excursion. Puis coucher tôt, car le lendemain allait être chargé...
Lever à 5h du mat' pour prier et célébrer la messe à 6h00.
Départ à 7h00 précises. Le groupe d'une trentaine de personnes est monté dans le bus. Les collines du désert de Juda sont recouvertes d'une mince couche d'herbe vert vif grâce aux pluies de ces jours-ci. Nous avons descendu la route vers Jéricho, 1200 mètres de descente pour arriver 400 mètres au dessous du niveau de la mer, sur les rives de la Mer Morte. Nous sommes passés à proximité de Qumran que nous visiterons le 17 mars prochain. Plus au sud, nous pénétrons à nouveau dans le territoire d'Israël (entre Jérusalem et Ein Gedi, ce sont officiellement les territoires palestiniens). D'Ein Gedi, je ne connaissais que l'auberge de jeunesse où nous avions passé une nuit en juillet 95 pendant la route NDV. J'ai découvert donc beaucoup d'autres choses. Le nom veut dire "la source du chevreau". C'est une oasis au milieu du désert, c'est assez impressionnant de voir jaillir toute cette verdure parmi la sècheresse. Nous avons donc marché un bon moment en remontant le Nahal David (le torrent de David).
La végétation est luxuriante, le ruisseau abondant mais il faut savoir que 90% du début de la source est pompé à l'origine pour l'usine d'embouteillage. Dans les rochers, quelques damans (petits rongeurs qui ressemblent à des marmottes). Nous sommes montés jusqu'à la cascade de David et à la grotte du Bien-Aimé. Cette grotte est le lieu où la tradition situe le texte de 1Sm 24. (Nous avons lu le parallèle - 1Sm 26 - ce matin à la messe). Nous l'avons lu "sur le terrain". Puis encore une belle bavante, en passant devant la source de la Sulamite (qui donne naissance au Nahal David), pour arriver au temple chalcolithique. La Source a reçu le nom de Sulamite pour rappeler qu'une tradition juive situe à Ein Gedi la rédaction du Cantique des Cantiques par le roi Salomon.
Le temple du chalcolithique date d'environ 4000 av. J.-C. Il est relativement bien conservé et manifestement consacré au culte de l'eau puisque situé entre deux sources (la Source de la Sulamite et la Source du Chevreau). L'intérêt de ce site est de montrer la perennité de la structure des temples dans la région, puisque le temple de Jérusalem est organisé de manière semblable. Nous avons vu la source du chevreau, le début est assez abondant. Un petit garçon se baignait-là. Le professeur nous a montré des cupules, des trous arrondis dans les rochers, qui servaient à moudre le grain à l'époque. Avec l'eau de la source, on faisait des pains que l'on offrait à la divinité vénérée dans le temple.
Enfin, descente dans la plaine pour visiter la synagogue byzantine (12x15m) orientée vers Jérusalem (nord, nord-ouest) comme les synagogues de cette période. On voit trois bas-côtés au sud, est et ouest. Le bas-côté sud présente des bancs, là où est assis le type en bleu. Dans le mur ouest, il y a trois ouvertures vers un narthex large de 4 mètres longeant tout le bâtiment (le type avec le chapeau bleu et le tee-shirt blanc). Vous voyez la maquette des fouilles. Le sol est décoré d'une splendide mosaïque, avec des oiseaux, des ménorahs (chandelier à sept branches) et une longue inscription en hébreu et araméen située au milieu du bas côté ouest (le type en rouge). Ce bâtiment prouve qu'à l'époque byzantine, Ein Gedi était un gros village juif comme le disaient Eusèbe de Césarée et St Jérôme, alors que jusqu'à présent on n'avait aucune preuve.
Pique-nique reconstituant !
Nous remontant dans le bus, direction Massada 25 km plus au sud. Cette forteresse (c'est le sens du mot en hébreu) vertigineuse domine la Mer Morte de plus de 400m. C'est un lieu hautement symbolique pour Israël, c'est le dernier nid de la résistance aux Romains en Judée. Pour les Romains, c'était un détail. Depuis la chute de Jérusalem en 70 ap. J.-C., la Judée était considérée comme territoire romain ; les triomphes avaient eu lieu à Césarée et Rome et les quelques poches de résistance ne représentaient qu'une formalité à leurs yeux. Flavius Josèphe a raconté l'histoire du siège. Un millier de Juifs avaient trouvé refuge dans la forteresse et furent assiégés par la Dixième légion romaine (9 000 hommes environ). Trois ans de résistance pendant lesquels les Romains ont édifiés une rampe pour pénétrer dans la forteresse. La veille de l'assaut, les Juifs ont organisé un suicide collectif pour ne pas tomber aux mains des Romains. Si cet événement est important, la plupart des vestiges visibles datent de l'époque hérodienne, soit 80 ans avant le siège.
Hérode a réutilisé un palais plus ancien et l'a aménagé : splendide palais suspendu au nord, magasins, rempart tout autour du plateau, des bains à la romaine et surtout des citernes totalisant près de 80 000 mètres cubes d'eau! A l'époque byzantine, il y a eu un monastère tout là haut (il y en avait 400 dans le désert de Judée).
Le site a sacrément changé en douze ans. La station de téléphérique est devenue immense ! Nous nous sommes arrêtés dans un des camps romains encore visibles (Huit camps de taille variable et un mur d'enceinte de 3500 m de long, un travail de Romains !). Puis nous sommes montés par le Sentier du Serpent comme l'appelle Flavius Josèphe, une demi-heure de bavante. En haut, la vue est splendide !
Nous nous sommes concentrés sur le palais hérodien du nord, qui s'étend sur trois étages et 30 mètres de dénivelée, les bains romains, les magasins, la synagogue (on n'est pas sûr qu'il s'agisse d'une synagogue mais on y a retrouvé des manuscrits bibliques), et les vestiges de l'église byzantine. Nous sommes redescendus par la rampe romaine encore en place. On voit bien la technique de construction : une couche de terre, une couche de bois, une couche de terre, une couche de bois dans l'autre sens, etc. 19 siècles plus tard, ça tient !
Ensuite, il a fallu attendre le bus qui avait eu des problèmes mécaniques... Ce qui nous a valu de contempler les couleurs du coucher de soleil sur la forteresse... Finalement, nous sommes arrivés à la maison avec deux heures de retard.
Ce matin, lever à 5h30 et je suis allé, sous la pluie, prier au Saint-Sépulcre. Je suis passé après un groupe de japonais ("le péril jaune"). J'ai eu la chanche de rester presque un quart d'heure dans le Sépulcre proprement dit, avant d'être délogé par un orthodoxe puisque la liturgie des grecs allait commencer et que le Sépulcre sert de sacristie au célébrant... En effet, cinq minutes après, une procession de prêtres orthodoxes est arrivée précédée par un arabe en costume, tarbouche sur la tête et martelant le sol avec un lourd bâton ferré. Le célébrant s'est engouffré dans le Sépulcre, il y est resté trois minutes puis il a revêtue une lourde chape violette, chargée de clochettes (effet sonore garanti !) Puis la liturgie a commencé et nous avons pu prier à nouveau dans le Sépulcre.
Après les laudes à l'école, nous sommes partis avec Guillaume, Benoît, Nathanaël, Luc et Élisabeth vers Abu Gosh. C'est le lieu où les croisés ont cru reconnaître Emmaüs. L'église romane est extrêmement bien conservée, c'est la mieux conservée de toutes les église croisées. La France l'a rachetée à la fin du 19ème et l'a confiée aux bénédictins du Bec-Hellouin. Nous avons concélébré. La messe était splendide ; j'étais au ciel. L'ordinaire était en grégorien, évangile chanté et accompagné à la kora sénégalaise, à l'offertoire flûte et orgue , à l'action de grâces, une jolie polyphonie par les frères et sœurs bénédictins (les bénédictines selon la tradition des Olivétains - bénédictins blancs - sont des oblates du monastère masculin et participent aux messes et à certains offices avec les frères.
Parmi les concélébrants, l'ancien aumônier de l'Hospitalité St-Roch de passage avec un groupe de pèlerins. A l'issue de la messe, le Fr Olivier nous a montré les fresques de l'église magnifiquement conservées puis la crypte qui est une citerne romaine. Il a aussi évoqué son apostolat auprès des jeunes soldats israéliens (il en reçoit jusqu'à 12000 par an) qui, au cours de leur formation, rencontrent un moine chrétien.
Ensuite, notre petit groupe est monté au sommet de la colline avec Sr Édith-Marie, une vierge consacrée de Paris. Elle passait la semaine chez les sœurs de St-Joseph de l'Apparition. Le lieu s'appelle Qiriat-Yéarim, 1SM 7,2 dit que c'est là que l'Arche d'Alliance des Juifs a passé une vingtaine d'années avant d'arriver à Jérusalem. Il y a donc une église (construite sur les vestiges d'une église byzantine, encore une !) bâtie dans les années 20 et dédiée à Marie, Arche d'Alliance. On a mangé avec Sr Édith-Marie, ce fut très sympa. Un bon temps de prière à l'oratoire de l'église et nous sommes repartis à Jérusalem. Le taxi nous a laissés à la gare centrale : les taxis juifs refusent d'aller dans le quartier arabe... La gare centrale porte mal son nom, elle n'est pas du tout centrale. On a pris le bus pour se rapprocher du centre. Là, surprise ! Le soldat israélien derrière moi téléphone en français avec un accent de Lyon à couper au couteau ! C'est un jeune juif qui a fait son "aliyah" (sa montée à Jérusalem, c'est ainsi que les Juifs évoquent l'émigration en Israël. Il fait son service militaire et apprend l'hébreu. La discussion fut sympa.
Retour à l’École et je vous écris...
Ce soir, "Escrocs mais pas trop" de Woody Allen... On a bien ri.
Etienne+

mercredi 14 février 2007

Cours et excursions...

Déjà quatre jours...
Cher tous,
Voici quelques nouvelles. Je reprends mon récit depuis lundi matin.
Dès 8 heures, premier cours. Il s'agit du cours d'araméen biblique donné par le Père Émile Puech. C'est un prêtre du diocèse de Rodez (il est né à Estaing) et un grand spécialiste des manuscrits de la Mer Morte. Le cours était assez simple puisqu'il nous a dressé un arbre généalogique des langues sémites auxquelles appartiennent l'hébreu, l'arabe, l'araméen mais aussi le punique, le phénicien, l'akkadien, le babylonien, l'éthiopien... La liste est longue.
La fin de matinée a été consacrée aux formalités administratives de l’École : inscription aux cours, visa, carte d'étudiant. L'après-midi, découverte du sanctuaire de l’École : la Bibliothèque!!! Elle occupe tout le sous-sol du couvent sur deux niveaux. C'est labyrinthique. J'ai glissé à Terence : "It's like in 'The Name of the Rose', isn't it?" Et il m'a répondu : "Yes, but if you throw yourself out of the window, you won't die." Ensuite, nous nous sommes vu attribuer une table de travail. Dispersées dans les méandres des couloirs et des salles, il y a ça et là des tables pour travailler avec lampes, prises électriques européennes, câblage Internet... Je suis au 704. Juste au dessous de la salle consacrée au Nouveau Testament, ce qui est pas mal puisque je vais travailler dans ce domaine. Je ne suis pas loin du rayon littérature, non plus.
Ensuite, l'envie m'a pris, et je suis allé prier au Saint-Sépulcre. Ceux qui demandent aux autres le silence sont souvent beaucoup moins exigeant pour eux-mêmes : exemple, le jeune pope et la religieuse orthodoxe qui n'ont pas cessé de tchatcher pendant que je priais, régulièrement le pope allait demander le silence aux pèlerins. Enfin...
Hier mardi, j'ai eu la matinée libre puisque le cours que j'ai ce jour-là était annulé pour cause de maladie du professeur : une mauvaise grippe m'a-t-on dit. Depuis quand les grippes sont-elles bonnes ?
L'après-midi, nous avions notre première excursion du cours "Topographie de Jérusalem". Le thème était la Jérusalem byzantine. Après la destruction du Temple par Titus (en 70 ap. J.-C.) et celle de toute la ville par les légions romaines d'Hadrien (135), Jérusalem devint Aelia Capitolina, une ville romaine païenne avec temples, forums, hippodrome... Sur le site du St Sépulcre, il y avait un temple de Venus. "Dis-moi, Vénus, quel plaisir trouves-tu à faire ainsi cascader la vertu ?"
Au quatrième siècle, l'empereur Constantin autorise le culte chrétien et Ste Hélène, sa mère, vient fouiller à Jérusalem. C'est là que l'on a commencé à construire le St-Sépulcre. Jérusalem est donc devenue une ville chrétienne parsemée d'églises. Mais en 614, les Perses pillent la ville et en 638 (six ans après la mort de Mahomet) le calife Omar s'en empare. La période byzantine a donc duré 3 siècles, ce qui est court au vu des 33 ou 34 siècles de la ville. Les vestiges sont peu nombreux mais fort intéressants. D'autant qu'une mosaïque trouvée en Jordanie en 1884 nous donne une représentation assez fidèle de la cité chrétienne (voir la photo ci-jointe). On voit donc le Cardo (axe nord-sud des villes romaines) bordés de colonnes. Au nord (à gauche), la porte de Damas avec la colonne édifiée par Hadrien. Les arabes appellent d'ailleurs cette porte Bab al'Amoud (porte de la colonne).
Au milieu du Cardo, à l'ouest (en bas) on voit une représentation du Saint-Sépulcre, fidèle à ce que l'on en savait par les récits antiques (le Pèlerin de Bordeaux, Antonin de Plaisance et surtout Égérie, une femme chrétienne qui a accomplie le pèlerinage en 381 et livre un carnet du pèlerin très précis). J'aurais l'occasion de vous en parler plus précisément lorsque nous aurons visité le Saint-Sépulcre. Plus au sud (à droite) s'ouvrant à l'est du Cardo (en haut) l'église de la Nea. A l'extrême sud-ouest (en bas à droite) l'église de Hagia Sion qui jouxte le Cénacle, la petite maison au toit en pente à droite. On voit aussi très bien les murailles de la Ville.
Nous avons donc traversé la ville jusqu'au quartier juif (qui fait face au fameux Mur des Lamentations). Au milieu des maisons construites là depuis 1967, on voit les vestiges du Cardo, une large rue pavée bordées de colonnes.Plus loin, en se penchant par dessus les murailles de Soliman le Magnifique (1540) on peut voir les fondations de l'église de la Néa (Sainte-Marie la Neuve) construite par l'empereur byzantin Justinien en 543. C'était la plus grande église de Palestine (115mx57m). Puis en passant dans les rues du quartier juif, un enchevêtrement de ruelles, d'escaliers, de passages voûtés, on peut apercevoir à travers une grille rouillée ce qui reste de l'abside latérale nord. Le mur fait cinq mètres d'épaisseur, ce qui laisse imaginer le gigantisme de l'édifice. En revenant vers les murailles, nous voyons quelques ruines de différentes époques médiévales (croisés, ayyoubides...).
Nous sortons de la ville et nous dirigeons vers l'église de Saint-Pierre-en-Gallicante. Elle fut construire en 1930 par les Pères Assomptionnistes sur l'emplacement supposé de la maison du grand-prêtre Caïphe. Là, le Père Alain Marchadour nous a présenté la maquette de la Jérusalem byzantine (1/200) réalisée en 2003. On voit très bien les diverses églises dont on connaît l'existence par l'archéologie et les textes. Voyez la photo vue depuis la porte de Damas : à droite, le St-Sépulcre et à gauche, la Néa.
Là, nous avons aussi vu les vestiges datant du premier siècle et notamment l'escalier vraisemblablement emprunté par Jésus. Depuis le belvédère, on voit au loin les monts de Moab éclairés par le soleil de la fin d'après-midi. Sous les nuages gris de Jérusalem, c'est splendide, mais la photo ne rend pas grand chose...
Nous sommes vite rentrés à l'Ecole pour une conférence sur Meggido donné par Israël Finkelstein, un grand archéologue israélien. Il remue pas mal les idées préconçues. Ce qu'il a dit était intéressant mais ne connaissant pas le site de Meggido et les datations techniques (Premier Age du Bronze 1 B = ?), j'ai pas tout compris. En bref, il semble qu'il faille redater ce que l'on croyait remonter à Salomon et lui attribuer une période plus récente (200-300 ans de différence).
Ce matin, un peu d'étude. Après la messe de midi et le repas (pris en self : on est libre à 13h, avec toute l'après-midi devant soi), j'ai fait un brin de sieste puis je suis allé prier au St-Sépulcre. Au retour, j'avais un peu de temps libre et je suis passé à Gordon's Tomb, qui jouxte l'école. C'est un jardin qui appartient aux protestants qui y voient le lieu du Golgotha et de la tombe de Jésus. Même si l'évidence archéologique manque, il est vrai que ce lieu est beaucoup plus suggestif que le Saint-Sépulcre. Du coup, j'ai rejoint un groupe d'évangéliques américains venant de l'état de Washington (près de Seattle). Le pasteur (Tony en jean et baskets!) m'a filé sa carte. J'ai vite filé pour la réunion des nouveaux étudiants, suivie d'un apéro sympa. Sincèrement l'ambiance est chaleureuse et sympa, beaucoup plus qu'au Biblique qui souffre d'une certaine impersonnalité. Je retrouve un peu ce que je connaissais au Studium de NDV, une ambiance familiale et fraternelle.
Pourvu que ça dure !
Samedi prochain, excursion à Massada et Ein Gedi.
UdP !
Etienne+

lundi 12 février 2007

Premières impressions

Quelle joie quand on m'a dit:
«Nous irons à la maison du Seigneur!»
Maintenant notre marche prend fin
devant tes portes, Jérusalem!

Chers tous,
Premier jour à Jérusalem, premières impressions...
Le trajet en avion s'est déroulé dans les meilleurs conditions possibles.
Françoise, une vieille dame très sympa et au caractère bien trempé, nous avait proposé de nous conduire à l'aéroport de Fiumicino. Sous une pluie battante, Benoît, Guillaume et moi avons rejoint le lieu de rendez-vous, nous avons entassé nos affaires dans sa petite voiture et en avant...
A cinq heures nous étions à l'aéroport.
(j'interromps mon récit, pour vous dire qu'on entend en ce moment l'appel à la prière... Il est 15h ici, 14 h chez vous mais le soleil semble plutôt dans les 16h30... On entend d'abord le minaret le plus proche puis peu à peu les voix se répondent venant de tous côtés. Le côté décevant, c'est qu'il ne s'agit que d'une bande enregistrée...)
Formalités d'enregistrement, puis nous rencontrons Terence qui prend un autre avion. Au revoir à Françoise, oraison dans la chapelle de l'aéroport, contrôles de sécurité, patience... Nous embarquons à l'heure et direction Athènes, où nous arrivons vers 21h00 mais il faut avancer nos montres d'une heure. Là, nous commettons un crime culturel : nous avons testé le McDo grec !!! Mais l'un de nous a fait remarquer que finalement, s'il n'y avait pas eu la culture grecque, il n'y aurait sans doute jamais eu le McDo...
Ensuite, nous sommes allés expier (!) dans la chapelle de l'aéroport où nous avons célébré les complies. Elle est joliment décorée avec des peintures rappelant la tradition des icônes. Encore les contrôles de sécurité, encore un peu de patience. Embarquement à 1h00 du matin. Arrivée à Ben Gourion à 3h15.
Les contrôles douaniers ont été très rapides. Au début, nous pensions piquer un roupillon dans le grand hall de l'aéroport. Au bout de quelques instants, nous nous sommes mis tous trois à rire à gorge déployée, constatant que la lumière, le bruit des fontaines et des gens rendaient toute tentative d'assoupissement impossible. Nous décidons donc d'aller à Jérusalem, nous rencontrons Jorge, chilien étudiant de la Grégorienne. Et Benoît, qui parle trois mots d'arabe, parlemente avec un chauffeur de taxi. C'est OK. Nous partons donc vers 4h15. Arrivée à 5h00 dans la Ville, au son des muezzins (le premier appel de la journée est à cette heure-là !). Là, nous parlementons avec le réceptionniste de l'Hôtel American Colony.
Il s'agit d'une splendide demeure du XVIII° siècle qui abritait le harem d'un sultan. Dans la cour, une fontaine, des oliviers et des orangers. On prend une consommation et on s'endort rapidement. Dans le hall, il y a une liste des célébrités qui ont fréquenté l'établissement : Winston Churchill, Jimmy Carter, T. E. Lawrence, Selma Lagerlöf, Jane Fonda, Sting...
Au réveil, nous levons le camp et arrivons à l'Ecole Biblique qui se situe 200 mètres plus loin. Vite accueillis par le Père hôtelier, nous prenons le petit déjeuner et nous visitons la maison.
L'Ecole Biblique est sise au 6, Route de Naplouse, la rue qui part vers le nord depuis la Porte de Damas. En entrant, on voit d'abord la Basilique St Etienne construite en 1900 sur l'emplacement exact de la basilique du 5° siècle dédiée au premier martyr.Le couvent des Dominicains se trouve à gauche sur la hauteur. A l'étage, les chambres des Pères ; au rez-de-chaussée, le réfectoire et les cuisines ; au sous-sol, le trésor : la Bibliothèque... Dans le petit bâtiment qui relie le couvent à la basilique, l'administration de l'Ecole et du couvent (secrétariat, direction...) et au sous-sol, la sacristie et la chapelle d'hiver (la basilique est glaciale en hiver).
Devant la basilique, l'atrium est encore orné du pavage byzantin des années 460 ! Sur la droite, un petit bâtiment appelé l’École. Au rez-de-chaussée, se trouvent les salles de cours et à l'étage, il y a une sorte de grande salle lumineuse autour de laquelle s'ouvrent quatorze portes. Ce sont les chambres des étudiants : j'occupe la chambre numéro 6. Une armoire, une bibliothèque, un bureau, un lit (ouf !) un meuble de lavabo. Et c'est tout ! La fenêtre donne sur le sud, vers la vieille ville.
J'ai installé mes affaires, pris une douche et dormi jusqu'à la messe communautaire de 11h30... L'ambiance entre les étudiants est sympathique et chaleureuse.
Après le repas, j'ai fait une sieste courte puis je suis sorti à la recherche d'un adaptateur pour les prises de courant. L’École se trouve en plein milieu du quartier arabe de Jérusalem et le dimanche après-midi est un jour comme les autres. Chaussures, fringues, sous-vêtements affriolants, mais aussi épices, légumes, œufs en chocolat. En ce mois de février, il fait frais, un peu comme nos belles journées d'hiver. Je finis par trouver le magasin dont j'ai besoin ; par mesure de précaution, je me suis muni du câble de mon ordinateur et je trouve vite ce dont j'ai besoin.
Rentré à la maison (c'est déjà un peu ma maison), je commence à rédiger mon compte-rendu et Terence m'appelle pour me proposer une balade. Comment donc ! Bien sûr !
Nous avons fait le tour de la vieille ville : le Saint-Sépulcre (prière prolongée au Golgotha et au Tombeau), le souk, la Porte de Jaffa (je revois l'Imperial Hotel, où j'avais logé il y a douze ans avec la Route des Jeunes de NDV!), le quartier arménien, la Dormition, le Cénacle. Là, je me suis fait avoir : je ne me souvenais plus par où il fallait passer pour monter à la chambre haute et j'ai été piégé par un arabe qui nous a montré le Tombeau de David, le Cénacle et la vue depuis la terrasse. A ce moment, il nous a demandé 50 shekels (environ 10 euros) mais je n'avais que 15 et Terence 10... Tant pis pour lui, tant mieux pour nous. Depuis la terrasse, on aperçoit au sud de la ville, le fameux mur construit par Israël pour se protéger des terroristes palestiniens. Nous sommes passés au Mur des Lamentations. Le site a changé depuis douze ans : il faut maintenant passer un contrôle policier avec rayons sur les sacs et portique magnétique, en cas de sonnerie, on vous palpe).
Sur l'esplanade devant le Mur, l'ambiance est assez calme mais il y a des soldats partout. Terence et moi nous amusons (on s'amuse comme on peut...) à lire en hébreu les panneaux et à faire des liens avec nos cours d'hébreu biblique.
Puis nous avons filé pour rejoindre la Porte de Damas, où j'avais rendez-vous avec Guillaume et Benoît. Traversée du souk avec ses couleurs, ses odeurs, sa musique... Fascinant. Dans une boutique d'épices, il y a une pyramide verte, rouge et blanche faite avec je ne sais quelles épices, c'est impressionnant.
A la Porte de Damas, nous rejoignons mes deux compères et qui voilà ? Benedict ! Quelle surprise ! Du coup, nous partons à cinq en expédition vers le Mont des Oliviers, alors que le soleil se couche et que la Ville prend une teinte feu. Montée, descente, prière à Gethsémani... et retour à l’École.
Pendant le Salve chanté à la fin des Vêpres, je me suis endormi et ai failli m'écrouler ! Je me suis agrippé au banc pour garder contenance...
Repas, prière et maintenant dodo... A bientôt,
Étienne+

samedi 10 février 2007

A quelques heures du grand départ...

Chers tous,
Aujourd'hui, c'est le grand départ !!!
Je dois vous présenter ceux qui partent avec moi :
* Guillaume, 28 ans, ordonné un jour avant moi, prêtre de la Fraternité Marie-Reine Immaculée, étudiant à l'Université Grégorienne en théologie biblique. Il était jusqu'à présent au séminaire français.
* Benoît, 34 ans, du diocèse de Toulon, prêtre depuis 2001,lui aussi étudiant en théologie biblique. Au séminaire, il occupe la chambre voisine de la mienne.
* Terence, 35 ans, dominicain irlandais, compagnon d'études depuis deux ans et demi. Nous avons fait l'année de langues ensemble il y a deux ans et c'est comme si nous avions fait Verdun...
* Benedict, 27 ans, bénédictin canadien, arrivé à Rome il y a un an et demi.
Il y en a quatre autres qui viennent et qui étudient au Biblique mais je dois avouer à ma grande honte que je ne connais même pas leurs prénoms ! Au Biblique, quand on a le nez dans le guidon, on ne voit pas toujours qui est à côté. Mais pendant ces trois mois et demi, nous aurons tout le temps de faire connaissance.
Je prends l'avion avec deux jeunes prêtres du séminaire français étudiants à la Grégorienne en théologie biblique. Ils font eux aussi le programme avec l'Ecole Biblique. Nous partons à 19h25 de Fiumicino et arrivons dans la nuit à 3h30 !!! Nous faisons escale à Athènes, mais nous n'aurons pas le temps de visiter...
Terence et Benedict, eux, partent à la même heure et arrivent à la même heure mais avec Swissair, et font escale à Zurich.
Hier soir, au séminaire, nous avons fait la fête. Nous sommes donc trois à partir à Jérusalem, deux Burundais ont terminé leur licence et sont sur le point de repartir chez eux. Un petit groupe de séminaristes déguisés en rabbins (kippa, pehot, phylactères et tout le tralala) a fait une danse juive (style rabbi jacob...) puis nous avons dû faire pareil... Puis un chant sur la joie de Jérusalem (le couplet me concernant "Finis les cours d'hébreu, ah que je suis heureux, la Bible sur le terrain, on ferme les bouquins") un chant africain pour nos deux Burundais : toute la communauté a dansé. Au milieu de cela, le séminaire de Nantes est arrivé pour passer la semaine dans la Ville éternelle. Ils ont dû faire une drôle de tête : il y avait des rabbins et des gars en chemises africaines partout !
Cette dernière quinzaine a été bien occupée avec 5 examens. Deux d'entre eux ont bien marché, les autres, je ne sais pas encore... Jeudi, j'étais bien heureux d'avoir terminé.
"Ils viennent de la grande épreuve" (Ap 7,14) Voilà ce que j'ai pensé en sortant de ce fichu examen sur l'Exode...
Les parents m'ont rapporté quelques violences à Jérusalem, mais le Père Jean-Baptiste Edart nous a rassuré : il revient juste d'une semaine là-bas.
Je vous embrasse tous !
A bientôt,
Etienne+