vendredi 11 janvier 2019

Étudie ! (Jn 7,52)


ἐραύνησον
eraunèson

Chers amis,
Le petit mot qui donne son titre à ce billet suffira à vous dire à quoi ma semaine a été consacrée…
En fait, lundi, le matin, je suis passé à l’École biblique pour régler différentes questions administratives. J’ai aussi vu le bibliothécaire qui m’a assigné le poste 301.
Ensuite, j’ai couru au Consulat général de France pour m’enregistrer. Sur le site Internet, ils indiquaient qu’il suffit d’arriver avec une photo d’identité, son passeport et un justificatif de domicile. Rien sur un éventuel rendez-vous, ou sur des formalités plus poussées… C’était trop beau. Il aurait fallu prendre rendez-vous, il aurait fallu un acte de naissance complet (avec filiation…) Mais bon, la dame m’a quand même enregistré.
L’après-midi, j’ai travaillé à la maison mais je suis quand même passé à l’École biblique pour déposer mon passeport afin de faire valider mon visa pour un an (à partir de la date de dépôt du dossier). Le lendemain, tout a été régularisé et je peux donc rester en Israël jusqu’au 31 octobre prochain.
Mardi, j’ai commencé le travail à la bibliothèque. Je me retrouve pour la première fois sur la mezzanine (le niveau supérieur). Il y fait bien chaud ! Je suis du côté des fenêtres sud et je vois passer les chats nombreux qui hantent le jardin de l’École biblique. Parfois ils miaulent plaintivement. Mais ils ne donnent absolument pas envie de les prendre dans les bras pour les caresser… Poussiéreux, pleins de puces et de parasites… Mais ils assurent tout de même un service de propreté bien nécessaire dans ce pays. On voit parfois des rats dans les rues de la Vieille Ville.
J’ai reconstitué mon fond de bibliothèque. Mais le soir, en sortant, le frère Pavel, bibliothécaire, m’a demandé de me déplacer et d’aller au poste 316. Je reste dans la même zone de la bibliothèque mais à l’autre extrémité. En fait, la bibliothèque est divisée en différentes zones, selon les livres qui sont en rayons à cet endroit. Zone 1 : Antiquité classique ; Zone 2 Archéologie, Zone 3 collections diverses ; Zone 4 judaïsme et Ancien Testament ; Zone 5 Nouveau Testament ; Zone 6 Patristique et tradition de l’Église ; Zone 7 Histoire ; Zone 8 Littérature ; Zone 9 Théologie. Les postes de travail sont numérotés en fonction de la zone où ils sont installés. En 2007 et 2015-2016, j’étais au 705 près des livres d’Histoire. Maintenant, je suis au milieu de collections bibliques. Dans mon dos, il y a toute une série de fascicules de la Bible de Jérusalem.
Mercredi matin, un drame est survenu ! Une panne internet dans tout le quartier… Impossible de vérifier ses mails ou même de consulter le catalogue de la bibliothèque. Heureusement, ma bibliographie inclut la cote des documents que j’ai déjà consultés ou mis de côté et j’ai pu au moins me débrouiller avec cela. Mais on se demande alors comment on faisait “avant”…
Et puis la bibliothèque a connu quelques légers changements depuis mon dernier séjour : une étagère de plus ici ; un ordinateur de consultation a disparu là pour laisser la place à un poste de travail. Les livres sur l’Apocalypse ont même changé de côté de l’étagère… La photo ci-contre est prise juste à côté de mon poste de travail (2 mètres à droite)
Sinon cette semaine, le Collège était encore un peu en vacances de Noël. Avec la Noël orthodoxe le 7 janvier, les vacances vont toujours au-delà… Et encore, on ne tient pas compte de la Noël arménienne qui, à Jérusalem et Bethléem, se célèbre le 19 janvier, quand les autres Orientaux célèbrent l’Épiphanie. Cela vient du fait que pour Noël dans le calendrier julien (des Orientaux), ils mettent leurs autels à dispositions des Coptes et des Éthiopiens avec lesquels ils sont en communion. Par conséquent, ils retardent Noël de quelques jours…
Et nous avions la visite du P. Emilio, un prêtre du diocèse de Burgos (Espagne), ami de frère Rafael (qui est burgalais lui aussi). Ils ont donc fait quelques tours à Qumrân et Massada, en Galilée… Le P. Emilio connaît l’auberge d’Emaüs tenue par Marie-Noëlle à Burgos et dans laquelle j’avais passée quelques semaines lors de l’été 2004 : le monde est petit.
À la bibliothèque, mon voisin était assez discret et son visage me disait quelque chose… Mais comme c’est la bibliothèque, on ne parle pas… Mais ce soir, en sortant, nous avons pu échanger quelques mots. Bien sûr que nous nous connaissons, nous avions sympathisé lors du Congrès de l’ACFEB en août dernier. Il est maronite et étudie à l’Institut Catholique de Paris et passe cette année à l’EBAF.
Ce soir, c’était les vigiles (quasi-liturgiques) de l’anniversaire du frère Daoud. Après la messe, quelques grillades, un bon vin de la Rioja et un gâteau… Caramel, crème et chocolat… Le truc bien léger. Puis il y a eu un échange de photos sur WhatsApp…
Voilà, le rythme est pris… Au boulot !
Juste une petite mention des 90 ans, hier de Tintin. Tintin qui, vous l’ignorez peut-être, a lui aussi visité la Terre Sainte dans la première version de Tintin au pays de l’Or noir. Il s’arrête à Haïfa où des soldats britanniques l’arrêtent (oh les beaux kilts !) mais sur le chemin de la prison, Tintin est kidnappé… Dans la version “moderne” (1971), les policiers sont arabes… et on est à Khemkâh (inutile de chercher c’est un lieu fictif !) Regardez à la page 16 de vos albums.
À bientôt,
Étienne+

dimanche 6 janvier 2019

Je montai à nouveau à Jérusalem (Ga 2,1)


πάλιν ἀνέβην εἰς Ἱεροσόλυμα
palin anebèn eis Hierosoluma

Chers amis,
Cela faisait presque 10 mois que j’avais quitté la Ville sainte, après le pèlerinage des chefs d’établissements catholiques du diocèse d’Avignon. Parallèlement ma thèse avançait à (très) petits pas… L’École Biblique de Jérusalem exigeait une deuxième année de séjour à Jérusalem (perspective qui n’était pas pour me déplaire…). Côté Studium, la difficulté résidait dans l’année sabbatique prise par l’un des enseignants d’Écriture Sainte, ce qui ne laissait que le P. Jean-François et moi pour assurer les cours dans cette discipline… Le P. Jean-François étant directeur, vous comprenez le problème. Côté diocèse, l’archevêque d’Avignon ne savait pas à qui confier mes paroisses… Bref, chacun voyait midi à sa porte et j’étais au milieu, tiraillé entre diverses sollicitations contradictoires…
Par conséquent, me voici à Jérusalem pour l’année 2019…
Les fêtes de Noël en paroisse ont été joyeuses, chargées d’une certaine émotion. J’en ai aussi profité pour voir la famille à Montpellier, embrasser mes grands-mères.
Le début d’année a été bien rempli : messe du 1er janvier à Saint-Gens, messe en paroisse le 2, après-midi ménage et ultimes rangements, bouclage de la valise (ayant droit à 30 kg de bagages, j’avais surtout un problème de place malgré le volume de la valise). Jeudi matin, messe à Cheval-Blanc, près de Cavaillon pour les vœux de l’archevêque, c’était l’occasion de saluer un peu tout le monde… L’archevêque a officiellement annoncé la nomination du P. Paul Yorokpa comme administrateur jusqu’à fin août. Il a aussi dit que je serai à Jérusalem pour mon doctorat : j’ai été étonné de la réaction de certains prêtres africains en service dans le diocèse. Apéro et repas… Puis dans l’après-midi, messe à la résidence de l’Atrium, maison de retraite-EHPAD de Saint-Didier. Ensuite, j’ai accueilli le P. Paul à la maison paroissiale.
Vendredi matin, messe matinale à l’autel de la Vierge de Saint-Didier, absorption d’un café, et Gil, un paroissien, me dépose en voiture à la gare de l’Isle-sur-la-Sorgue. Train jusqu’à la gare de Vitrolles, navette, enregistrement du bagage (28,5 kg !). Dans les contrôles de sécurité, je reconnais un père de l’abbaye de Latrun, celui qui avait donné une conférence sur le cadran solaire de Qumrân.
Je patiente dans la zone en profitant du Wi-fi… Embarquement dans l’avion de Turkish Airlines, qui part avec quelques minutes de retard… trois heures d’avion vers Istanbul… On a suivi la Côte d’Azur (vu les Îles de Lérins), survolé le cap Corse et traversé la péninsule italienne. Après, c’était nuageux. L’avion a un peu tournicoté autour d’Istanbul… Rien pour me rassurer puisque ma correspondance était plutôt brève. Heureusement, l’écran indiquait que la porte d’embarquement pour Tel Aviv était la 230. Nous avons atterri, nous sommes passés devant la porte 230 pour nous rendre à un train de sénateur à l’autre bout de l’aéroport (près de la porte 110). Descente de l’avion (pourquoi les parents ne prennent-ils pas dans leurs bras les gamins de deux ans pour descendre l’escalier !). Bus qui nous dépose près de la porte 212. Je me dis : « Chouette ! on est un peu plus proche… » Un tout petit peu seulement. En fait, comme Israël a des exigences de sécurité maximales, la porte d’embarquement est souvent dans un coin reculé de l’aéroport, propice aux contrôles. J’ai donc parcouru la galerie commerciale de l'aéroport d'Istanbul au milieu d’une foule énorme. Et je voix « Gate 230, 12-15 min »… Je hâte le pas… Évidemment, la porte 230 était la dernière, celle tout au bout, dans le coin, bien loin, derrière les autres. Je franchis les contrôles et j’embarque… La demi-heure de retard du décollage me rassure, le temps a dû être suffisant pour que mon bagage suive.
Arrivée à Tel Aviv avec la même demi-heure de retard. Atterrissage en douceur. Je dois être le deuxième de l’avion à franchir les contrôles de passeport. Angoisse ! Je réalise à ce moment-là que j’ai laissé dans ma valise la lettre à présenter à l’aéroport… Ouf, ça passe. Je poireaute un moment pour récupérer mon bagage… qui a bien suivi…
Je me dirige vers le sherout. On embarque. Sur la banquette arrière, je fais la connaissance d’un étudiant de SciencesPo (campus de Menton). Il a dit au chauffeur qu’il allait ensuite à Bethléem. J’ai pensé à un volontaire, mais son bagage était un peu petit et le look trop soigné. Quand il m’a dit ScPo, j’ai compris.
J’évoque le cursus d’études de ma chère petite sœur, le mien… Ainsi que le fils d’amis qui, il y a trois ans, tenaient le grand hôtel Mövenpick de Ramallah, étudiant sur le même campus. Le sherout me dépose à 21 h 30 à la porte de Jaffa. Je remonte la rue vers le Collège des Frères. J’entre au Knight’s Palace, le portier ne connaît pas le numéro. Je trouve le numéro sur Internet mais ça n’est pas le bon. Finalement, je trouve dans mes vieux mails de 2015 le portable du Frère Rafael. Alleluia ! À 22 h, il m’ouvre la porte et vient m’accueillir. Nous nous retrouvons comme si nous nous étions quittés la veille. Il est en train de regarder Laurel et Hardy à la télé. Il est seul puisque les autres sont au Caire. Je retrouve ma « chambre de toujours » comme dit le Frère.
Je m’installe et passe une bonne nuit de repos. Grasse matinée. Petit tour en ville dans la matinée avec les étapes habituelles : Saint-Sépulcre, Mur occidental.
L’après-midi, je fais un tour un peu plus grand. J’en ai profité pour voir la Tombe de Jason. C’est une tombe de l’époque hasmonéenne (aux environs de 100 av. J.-C.) découverte en 1956 lors de travaux pour lotir ce coin de Jérusalem (le quartier de Rehavia). Une tranchée a été creusée dans le roc pour former à son extrémité une cavité dans laquelle s’ouvre la chambre funéraire. Le nefesh de la tombe a été reconstitué : il s’agit d’un motif architectural de forme pyramidale ou conique destiné rendre la tombe visible de loin. Celui de la tombe d’Absalom dans la vallée du Cédron est bien connu. Les descriptions de tombes antiques en parlent même si la plupart n’ont pas survécu aux outrages du temps.
Messe le soir avant le dîner. En soirée, le frère Rafael regarde les images de la cabalgata (défilé) des Rois mages à Madrid.
Ce matin, messe à la paroisse latine à 9 h 30. L’assemblée est clairsemée mais je pense que beaucoup sont allés fêter l’Épiphanie sur place à Bethléem. Je n’ai pas eu le courage d’autant que je dois faire quelques courses cet après-midi (notamment pour mon abonnement téléphonique).
Le frère Rafael doit partir à Jaffa pour les obsèques de la maman de la directrice du Collège des Frères. En Orient, les enterrements ne traînent pas : normalement le jour même. Dans les jours qui suivent, ce sont les visites de courtoisie et parfois les cérémonies religieuses. La dame est décédée cette nuit, et la messe d’obsèques cet après-midi…
J’ai donc préparé le déjeuner avec ce que frère Rafael avait sorti (la cuisinière est orthodoxe et fête donc Noël !). S’est joint à moi le P. Pedro, prêtre espagnol du diocèse de Kaohsiung (Taïwan). Il est doctorant chez les Franciscains. Il est lié au Chemin néo-catéchuménal (mais il ne semble pas fumer !)…
Ensuite, je suis allé à Talpiot pour acheter mon abonnement téléphonique. Ça y est ! J’ai un numéro israélien et un numéro virtuel français (vous pouvez m’appeler avec ce numéro en 01.83.80.XX.XX. Bien pratique pour garder le contact avec la famille et les amis. La procédure a été rapide puisque j’avais déjà eu un tel abonnement il y a trois ans.
Ensuite, j’ai flâné dans les magasins pour trouver un adaptateur électrique. J’en avais deux mais je n’en ai retrouvé qu’un… Comme ça, je pourrais en avoir un au Collège et un à l’École.
Trouver ce simple petit objet s’est révélé plus difficile que prévu… Dans les magasins d’électro-ménager, rien ; dans les magasins de téléphonie, rien ; dans les bazars, rien…
Enfin, j’ai fait un bon tour. Je suis repassé devant chez les Martineau. La maison a été complètement réaménagée, notamment la terrasse qui a été fermée par des vitres (dommage… ça dénature l’architecture typiquement ottomane)
En rentrant au Collège, j’ai retrouvé la cour regoudronnée (ils ont bossé tout l’après-midi : les ouvriers sont musulmans, quand je suis rentré de la messe, ils priaient). Et le frère Daoud venait juste de rentrer du Caire.
À bientôt,
Étienne+


mardi 28 août 2018

Et le roi de Moab se souleva (2R 3,5)


מואב מלך ויפשע
wayyipša' meleḵ-mô’āḇ


Chers amis,
Non, je ne suis pas en Terre Sainte, mais je viens de vivre une jolie visite qui me semble appartenir à ce que je suis amené à vivre en Terre Sainte.
En effet, après un été particulièrement chargé, me voici à Paris pour quelques jours à l’occasion du Congrès de l’ACFEB (Association Catholique Française pour l’Étude de la Bible) dont je suis membre. Ce congrès 2018 se tient à l’Institut Catholique de Paris du mardi 28 au jeudi 30 août. J’ai décidé de profiter du lundi pour visiter ce qui peut m’intéresser bibliquement à Paris… En effet, notre capitale n’est pas sans intérêt de ce point de vue. Notre musée du Louvre possède quelques richesses, mais lorsqu’on y va lors d’un voyage touristique à Paris, on va plutôt voir les stars du Louvre : la Joconde, la Vénus de Milo et la Victoire de Samothrace (plus le Radeau de la Méduse, le Couronnement de Napoléon et les Noces de Cana de Véronèse, ou la Liberté guidant le Peuple…). Il y a quelques stars bibliques au Louvre.
Pour cette visite, j’étais accompagné de ma sœur Blandine qui a ouvert son canapé à son grand-frère et profitait d’une ultime journée de vacances. Nous sommes arrivés sans encombre quelques minutes avant l’ouverture, une petite demi-heure de queue, un contrôle de sécurité, achat des billets et nous voilà lancés. Ce qui m’a impressionné, c’est le nombre de touristes asiatiques, très majoritairement chinois. Le chinois est même la troisième langue du Louvre (après le français et l’anglais) et à l’accueil une femme chinoise est disponible pour accueillir et orienter les visiteurs.
Avant la visite des galeries d’archéologie du Proche Orient ancien, nous avons vu les vestiges du Louvre médiéval, tel que Philippe Auguste l’a construit en 1200. Cet été avec les adolescents du Jeune Amandier, j’ai visité le château deGuédelon, un château construit avec les techniques du xiiie siècle, sur un plan que les historiens de l’architecture appellent « château philippien » (rien à voir avec la lettre de saint Paul, mais tout avec Philippe Auguste). Je me suis rendu compte que le Louvre médiéval, pour avoir été construit par ce même Philippe Auguste, n’est pas un « château philippien ». En effet, il est conçu comme une enceinte rectangulaire (en carré long, selon l’expression médiévale) au centre de laquelle se dresse le donjon, grosse tour isolée. Or, dans les châteaux du xiiie siècle français, la grosse tour est intégrée à un des angles de l’enceinte !
Ensuite, direction les salles jaunes (salles 300 et plus). Je retrouve les périodes familières : âge du Bronze, du Fer, etc. Les vestiges présentés proviennent surtout de fouilles réalisées par des Français au Levant à l’époque de la présence française dans cette région (entre deux guerres). Vestiges de Tyr et Sidon, Byblos, Ugarit et autres lieux.
On trouve quelques tablettes d’Amarna, notamment une du roi de Meggido. Dans la salle 303, se trouve une des pièces que je désirais voir de mes yeux : la stèle de Mesha.


Une stèle de basalte d’un bon mètre de haut, découverte en 1868 dans ce qui est aujourd’hui la Jordanie. Elle raconte le soulèvement et la victoire du roi de Moab, Mesha, sur le roi d’Israël Omri. Ce qui est intéressant, c’est que l’histoire dont parle la stèle était déjà connue… dans le deuxième livre des Rois, au chapitre 3 ! Avec la Bible et la stèle de Mésha, on a la même histoire racontée du point de vue de chacun des deux combattants. Dans la Bible Israël et Juda entrent en Moab pour mater la révolte de Mésha, ils remportent quelques victoires puis se retirent sans prendre la ville de Mésha. On sent que le récit biblique atténue la déconfiture finale de l’expédition.

Évidemment, comme on est en Orient et que le roi ne peut jamais perdre une bataille, les deux rois prétendent avoir remporté la victoire sur l’ennemi. Allez donc savoir qui a gagné !
Lorsque la stèle a été trouvée, les ouvriers bédouins, qui travaillaient sous les ordres de Charles Clermont-Ganneau, l’ont brisée pensant y trouver de l’or (ils croyaient que les archéologues étaient motivées par l’appât du gain et non par l’amour de la science !). Quelle déception de n’y rien trouver… Mais surtout en brisant la stèle, ils en ont perdu d’importants fragments. Heureusement, M. Clermont-Ganneau avait réalisé un estampage de l’inscription (une sorte de moulage en papier pour déchiffrer une inscription). Cet estampage a permis de reconstituer les parties manquantes de la stèle. Ouf !
Une interrogation demeure : où se trouve l’autre pièce que je voulais voir annoncée dans la même salle 303 sur le site du Louvre ? En fait, elle a été installée dans une autre salle, dans une autre aile du musée, dans un autre ensemble des collections, sans doute plus conforme à la période qu’elle représente… Mais la fiche de l’objet sur le site du Louvre n’a pas été mise à jour depuis 2012… Nous avons donc continué par les antiquités iraniennes : splendides archers perses de Darius, ou chapiteau de l'Apadana du palais de Darius à Suse. Le chapiteau mesure à lui seul 5,5 m ! Imaginez la colonne ! En demandant notre route à un agent du musée, nous avons traversé à toute vitesse les galeries dédiées à la chronologie de l’Égypte ancienne. Cela mérite une visite particulière. Nous nous sommes surtout arrêtés pour regarder les boiseries anciennes. Une galerie présentait une affluence asiatique toute particulière, nous avons fait les curieux : il s’agissait des joyaux de la couronne de France, notamment le Régent et le Sancy. Honnêtement, de loin et à travers la vitre, cela pourrait être du zirconium que je n’y verrais pas la différence.
Un coup d’œil à la Victoire de Samothrace, récemment restaurée, quelques sculptures anciennes, descente d’un petit escalier et nous voilà dans la galerie « L’Orient méditerranéen dans l’Empire romain ». Là se trouvent les vestiges du Tombeau des Rois découverts lors des fouilles réalisées au xixe siècle par des Français. À l’époque, l’archéologue était persuadé d’avoir mis à jour les tombeaux de David et Salomon (rien que ça !) mais très vite on a convenu que le monument était plus récent, ier siècle de notre ère. Ce site est une des quatre possessions françaises à Jérusalem (avec Sainte-Anne, le Carmel du Pater et Abu Gosh). J’ai eu la chance de le visiter en 2007 lors de mon premier séjour à Jérusalem, en ayant oublié mon appareil photo à cette occasion (du coup, je n’en ai pas de photos). Depuis le site a été refouillé, mais n’est plus accessible, même pour les privilégiés.
Ce tombeau semble donc être celui de la reine Hélène d’Adiabène, un petit royaume au nord de l’actuel Irak, convertie au judaïsme et inhumée à Jérusalem au ier siècle de notre ère. C’est évidemment Flavius Josèphe qui nous parle de cette reine et de sa tombe. Le P. Humbert, qui a réalisé la dernière campagne de fouilles, a quelques hypothèses un peu hétérodoxes sur la question…
Au Louvre, on peut donc admirer le sarcophage de la reine, retrouvé intact dans une des salles du tombeau. Une inscription grossière en araméen et hébreu (Tzada Malchata (צדה מלכתה, reine Saddah) affirme qu’il renferme la dépouille de la reine Saddan. En plus du sarcophage, il y a quelques menus objets découverts sur places, ainsi que des moulages de la frise du tombeau des rois. On voit aussi une jarre de Qumrân et un fac-similé du fameux et mystérieux rouleau de cuivre de Qumrân.
Nous avons ensuite continué par un rapide coup d’œil aux mosaïques d’une basilique byzantine découverte par Ernest Renan dans l’actuel Liban, au département des arts islamiques et à quelques statues antiques. Au détour d’un escalier, je me trouve nez à nez avec mon vieil ami Hadrien… Souvenez-vous de l’exposition Hadrian, an emperor cast in bronze que j’avais visitée au Musée d’Israël, il y a deux ans.
Elle rassemblait les trois bustes en bronze connus de l’empereur Hadrien : celui de Londres, celui de Paris et celui de Jérusalem. Eh bien, les trois bustes sont en ce moment présentés au Louvre. Cela m’a touché de les revoir. Mais si l’expo de Jérusalem bien que modeste était fascinante, celle du Louvre a relégué les trois bustes derrière un paravent, dans un recoin sombre, sans grande visibilité et sans les objets qui entouraient les bustes à Jérusalem (témoins de la deuxième révolte juive).
Pour finir, nous avons fait les touristes : nous avons jeté un coup d’œil à la Joconde et nous sommes arrêtés un peu plus longtemps devant les Noces de Cana de Véronèse.
Après un petit tour à la boutique et un déjeuner sur le pouce, nous avons parcouru les rues et places du 1er arrondissement grâce à un petitlivre d’énigmes et de jeu de piste sur les arrondissements parisiens. Nous avons donc vu la Cour des comptes, et le Conseil d’État, l’église Saint-Eustache et la paroisse polonaise, la Comédie française et le Théâtre du Palais-Royal, la maison où Diderot est mort faisant face à celle où Molière est passé à trépas, la Place Vendôme et le Pont Neuf, le lieu où Henri IV a été assassiné, celui où Jeanne d’Arc a été blessée, le square du Vert-Galant et le Louvre. Trois heures de marche et de découvertes : nous avons appris et vu des tas de choses, devisant et parlant de choses et d’autres.
De retour dans le xve, petite tisane reconstituante. Puis je suis allé faire oraison à Saint-Lambert de Vaugirard, la paroisse voisine. Enfin, j’ai pu voir l’église où Jeanne Moreau se marie dans La mariée était en noir de Truffaut. Le film montre à plusieurs reprises et sous tous les angles la sortie du cortège nuptial et la mort du jeune marié, accompagné de la musique de Bernard Hermann (compositeur attitré de Hitchcock) qui reprend le thème de la Marche nuptiale de Mendelssohn. J’ai concélébré la messe. Pour les amateurs de littérature, c'était aussi la paroisse de Léon Bloy : il y assistait à la messe et s'y est marié. À la sortie, je retrouve Clémence, ma petite sœur et son petit Alexandre (3 mois et demi) et nous allons manger chez Blandine. Soirée sympa à refaire le monde…
Ce mardi, place aux réflexions des biblistes sur « Exodes et migrations dans les traditions bibliques ».
À bientôt,
Étienne+