dimanche 29 septembre 2019

Au commencement de l’année (Ez 40,1)

בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה
bərōʾš haššānāh

Chers amis,
Dans mon dernier billet, j’ai oublié de parler de la messe et du repas mardi soir à l’Ecce Homo. Les deux séminaristes étaient aussi là, c’était l’occasion pour eux de faire connaissance avec les membres du Ch’Neuf qui tiennent la maison. La messe a été dite (très !) partiellement en hébreu : introduction, kyriale, Notre Père et bénédiction. Puis nous avons fait le tour des terrasses de la maison avec leur vue à couper le souffle sur la Vieille Ville. J’aime beaucoup cette vue, presque plus que celle du Collège. Le repas a été pris dans la salle à manger Béthanie qui est celle du Chemin Neuf. Le repas a été très drôle et délicieux. Le cuisinier de l’Ecce Homo est un neveu du Frère Daoud, dont ils sont très contents : qualité, efficacité, ardeur au travail… Nous avons fait connaissance les uns avec les autres, partagé sur le judaïsme, l’Islam, les pèlerinages…
Passage latéral de la porte de Damas
à l'époque romaine
Après le repas, nous avons exploré le sous-sol, le fameux Lithostrotos et la citerne du Strouthion, plus quelques endroits non ouverts au public. Cela nous a permis de détecter une fuite d’eau !
Vendredi, j’y suis retourné pour la messe matinale.
Samedi matin, bibliothèque. J’ai terminé la partie sur B4 (il faudra certainement y revenir…) L’après-midi, avec Baptiste, nous sommes allés visiter l’esplanade romaine, un lieu que je ne connaissais pas puisqu’il était fermé au public depuis des années et il a dû rouvrir en août ! Il s’agit en fait de fouilles réalisées sous la porte de Damas, visant à retrouver les vestiges qui se trouvent dessous. Les vestiges actuels sont d’époque romaine mais on a des traces d’une porte d’époque hérodienne. Cela conforte les thèses du fr. Dominique Marie sur l’urbanisme de la ville à l’époque du Christ. En voulant payer, ce n’était pas possible : le type n’avait pas de quoi nous rendre la monnaie ! On est donc ressorti puis on a traversé la ville et Baptiste a acheté une kippa à un marchand de la rue David. Je regardais l’étal du marchand en tendant l’oreille à la négociation serrée, en arabe, qu’il a menée avec le marchand. Il s’est bien débrouillé.
Retour à la porte de Damas. Nous pouvons payer… Il faut un peu se baisser pour visiter tout cela puisque cela se trouve sous la rue actuelle. C’est aussi assez exigu mais on voit très bien les dalles antiques, et sur l’une d’entre elle une sorte de plateau de jeu (style morpion) comme ceux qui ont fait la renommée de l’Ecce Homo.
Puis sur le côté, il y a la salle des gardes de l’époque romaine : douze mètres sous voûte ! De belles pierres parfaitement taillées. C’est impressionnant.
En sortant nous admirons l’encadrement de la porte : c’est en fait, le passage latéral de la porte antique qui est sous la porte actuelle. Le reste de la maçonnerie a servi de soubassement à la porte de Damas actuelle, construite au xvie s. par Soliman le Magnifique.
Retour à la maison, au frais. À la messe, Rémi avait amené Waldemar, séminariste de Paris, qui fait une année de service dans une maison pour personnes handicapées, chez les Filles de la Charité à Ein Karem. Il est resté pour le repas et ensuite, nous sommes allés prendre une crêpe rue de Jaffa. Sur la place, il y avait la “fille au violon” et plein de monde qui baguenaudait. On a bien rigolé. Puis nous avons laissé Waldemar à son tram pour rentrer à Ein Karem.
Mur ottoman en haut,
romain en bas.
Dimanche, matinée calme, avec la messe à la paroisse. J’ai fait la connaissance du nouveau curé, le père Amjad (?) – ça devrait dire “glorieux”. Il est très sympa, il ne crie pas dans le micro et, fait exceptionnel dans le pays, il laisse du temps au silence ! On a eu deux minutes entre l’homélie et le Credo ! Le précédent n’était pas encore revenu à sa place qu’il était déjà “Dieu né de Dieu”.
Déjeuner simple avec les frères (Fr. Rafael avait sorti quelques bouteilles de bière de Taybeh). Rémi et Baptiste étaient partis à Emmaüs-Qubeibeh pour la fête liturgique de saint Cléophas.
En fin d’après-midi, avec les deux séminaristes, nous sommes partis dans le quartier juif pour les fêtes de Rosh haShana. C’est le nouvel an juif. On entre dans l’année 5780, depuis la création du monde selon le comput des rabbins. Pour nous, Nouvel an signifie souvent fête, réveillon, feux d’artifice… Chez les juifs, rien de tout ça… Rosh haShana est une fête austère (un jour redoutable, dit-on parfois) puisque c’est ce jour-là que Dieu juge les actes accomplis pendant l’année qui s’est écoulée et fixe ceux qui le seront dans l’année qui s’ouvre (cf. Dt 11,12). En même temps, Dieu est miséricordieux et on se drape de blanc. Eh oui, au nouvel an on prend des bonnes résolutions mais chez les Juifs, ce n’est pas « j’arrête de fumer, je commence un régime », on fait techouva, c’est-à-dire littéralement, un “retour”, en langage catho, on dira une conversion. Rosh haShana dure deux jours, le 1er et 2 Tishri. Au début, comme on observait la lune pour commencer le mois, on n’était jamais trop sûr, donc on faisait deux jours de célébration de peur de rater le bon jour. Tant mieux pour eux, cela fait deux jours de congé !
Finalement, Baptiste (avec la kippa acheté la veille) est rentré comme ça dans la synagogue de la Hourva (le grand dôme blanc). Évidemment, c’était la porte la plus proche du bèma (podium) au moment du prêche du rabbin ! Il est resté un petit moment, mais, habillé comme il était, il pouvait faire illusion.
Ensuite, on est allé au Mur occidental, il y avait pas mal de monde. Quand on est arrivé, les hommes poussaient tous une grande clameur, sur la même note, tenue sans faiblir. C’était très impressionnant. Nous nous sommes glissés sous l’arche de Wilson, et on a prié silencieusement au milieu de tous.
Retour à la maison et au dodo !
À bientôt,
Étienne+

jeudi 26 septembre 2019

Le président sera vêtu de deuil (Ez 7,27)

וְנָשִׂיא יִלְבַּשׁ שְׁמָמָה
wənāśîʾ yilbaš šəmāmāh

Chers amis,
Eh oui, le titre de ce billet veut évoquer la mort du Président Chirac. Pour le titre, je suis allé farfouiller chez Ézéchiel et j’ai utilisé la traduction moderne du mot נָשִׂיא (nāśîʾ) qui ordinairement signifie “prince” mais désigne aujourd’hui le président d’un État. Je n’ai pas grand-chose à dire parce qu’en fait, en 1995, je n’ai pas voté pour lui : j’avais 17 ans et 360 jours… et en 2002, je n’ai pas pu faire de procuration pour le second tour, à cause d’une gendarmette à la carrure de sumo qui a jugé que les raisons de mon absence ne justifiaient pas que je puisse établir une procuration...
Mais c’est étrange parce que je pensais justement à lui ces jours-ci (c’est toujours dangereux quand je pense à quelqu’un ; il meurt souvent pas longtemps après). Je lis un livre déniché dans une bibliothèque de rue, le mois dernier : Caméra subjective d’Anne Sinclair. C’est une sorte de journal qui va du 21 juin 2001 au 21 juin 2002 et qui raconte l’année de la campagne présidentielle de 2002. Ce qui est amusant, c'est de lire le livre, publié en septembre 2002, dix-sept ans plus tard, quand certains hommes politiques ont complètement quitté les écrans-radar, alors que d'autres ont eu un destin présidentiel...
En tout cas, ici, à Jérusalem, Chirac a laissé un sacré souvenir dans la Vieille Ville qui lui a assuré une popularité exceptionnelle dans les pays arabes, un peu moins chez les Israéliens. J’aime bien cette scène parce qu’elle montre comment Chirac, à défaut d’avoir été franchement gaulliste, eut en quelques occasions une posture gaullienne (il était de toute façon déjà très gaulois !).
Je vous laisse la vidéo des infos de France 2 de l’époque. Bruno Masure, ça nous rajeunit pas. En revanche, Bibi est toujours là, inoxydable !

D’ailleurs, à propos de Bibi, bien que son parti ait obtenu seulement 32 sièges à la Knesset, le président Rivlin, après une dizaine de jours de consultations, négociations, discussions, transactions, lui a confié la charge de former un gouvernement. Il doit donc se rallier au moins 29 députés (pour former une majorité fragile de 61 députés sur 120). Le président Rivlin a sollicité Netanyahou parce que ses chances sont un peu supérieures de pouvoir faire des alliances. Le désir du président était que Benny Gantz (Bleu-et-Blanc, 33 sièges) soit associé à la formation du gouvernement mais il refuse de s’allier avec Netanyahou, à cause des casseroles judiciaires qu’il traîne (soupçons de corruption, fraude, abus de confiance, tentatives de collusion avec la presse). Netanyahou dispose de 28 jours (+ 14 autres si vraiment c’est nécessaire) pour former un gouvernement. Il n’est pas sorti de l’auberge : le Likoud est traditionnellement allié au parti Shas (juif ultra-orthodoxe, séfarade, 9 sièges) mais Avigdor Liberman, chef du parti Israel Beteinu (droite nationale laïc, 8 sièges), refuse absolument d’être dans une coalition avec eux, mais il refuse aussi d’être dans une coalition avec la liste unie arabe (13 sièges).
Et pour compliquer le tout, on arrive dans la période des fêtes de début d’année : lundi, c’est ʾš haššānāh (רֹאשׁ הַשָּׁנָה, la “tête de l’année”, c’est-à-dire le jour de l’an dans le calendrier hébraïque). Cela va donc faire un gros pont : vendredi, les administrations sont fermées ; samedi, c’est shabbat ; dimanche, on jeûne ; lundi, c’est le jour de l’an et mardi le deuxième jour de la fête… Du coup, ça fait une petite semaine de congé comme ça l’air de rien.
Ensuite, le 9 octobre, c’est Yom Kippour (le Grand Pardon) et du 13 au 20 octobre, Soukkot, période de vacances scolaires.
Au milieu de tout ça, Bibi doit faire son gouvernement… S’il n’y arrive pas, soit on dissoud à nouveau la Knesset, soit on demande à Benny Gantz de faire un gouvernement (avec pas beaucoup plus de chance d’y arriver lui aussi). La vie politique ! L’article du site Terresainte.net est pas mal fait et explique bien les choses.
Côté people, on a vu déambuler le roi Albert et la reine Paola, la semaine dernière dans la Vieille Ville, mais j’étais dans mon trou à bosser, pas de place pour les mondanités...
D’ailleurs, côté Patmos, ça bosse.
L’autre jour, à la bibliothèque, comme j’avais remarqué que ma voisine espagnole avait rassemblé plusieurs livres sur l’Apocalypse (commentaires, monographies…). Et je lui ai donc demandé : « Vous étudiez l’Apocalypse ?
– Et quel thème en particulier ?
– L’Arbre de vie, en lien avec le récit de la Genèse.
– Très bien. Et pour quelle université ?
– San Damaso à Madrid.
– Ah oui, je connais. Un prêtre de ma communauté a fait sa licence en théologie morale là-bas.
– Comment s’appelle-t-il ? »
Je lui donne son nom.
– Ah, bien sûr, je le connais bien. Il était vicaire à ma paroisse ! »
C’est là que j’ai pensé à quelque chose que m’avait dit une amie de Jérusalem il y a trois ans lorsque nous nous étions découverts des connaissances communes : « Cathosphère = microcosme »…
Bon, c’est pas tout mais il faut aller se coucher.
À bientôt,
Étienne+

dimanche 22 septembre 2019

Et je vous amasserai (Ez 22,21)

וְכִנַּסְתִּי אֶתְכֶם
wəḵinnastî ʿeṯḵem

Chers amis,
Jai mis ce titre, car en hébreu on distingue la racine כנס que lon trouve dans le mot כְּנֶסֶת, Knesset.
Je vous avais laissé l’autre jour avant le résultat des élections. Finalement, les deux gros partis ont perdu quelques sièges, ils sont toujours à moins de 1% de différence mais le rapport de force s’est inversé : le Likoud de Netanyahou est derrière le Bleu-et-Blanc de Benny Gantz. Donc en fait, ça ne change pas : comme a titré le quotidien palestinien de Jérusalem : « Netanyahou a perdu, Gantz n’a pas gagné et Liberman joue les faiseurs de roi ». Liberman est un ancien allié de Netanyahou, président du parti Israel Beteinu (Israël, notre maison), un parti nationaliste laïc, qui au début rassemblait les Juifs d’origine russe.
Donc depuis une semaine, ça chauffe dans les états-majors politiques et devant la résidence du Nasiʾ (נָשִׂיא le président, en hébreu, c’est le mot pour dire “prince”). On n’en sait toujours rien. J’ai trouvé sur Twitter ce court résumé d’un ancien correspondant du Monde à Jérusalem. Il constate le l’atomisation de la société israélienne… Le mot est faible.
Bon sinon, j’ai bien bossé en bibliothèque. Messe, vendredi matin à l’Ecce Homo… J’étais pas frais. La veille au soir, vers 22 h, j’entends un marteau-piqueur dans la rue… Finalement, un peu avant 23 h, ils ont arrêté. Je pensais que les ouvriers profitaient de la soirée pour ne pas travailler au milieu du trafic de la journée. Je m’endors donc normalement pour être réveillé un peu avant 2 h du matin par le même marteau-piqueur ! Une bonne heure de bruit et quand ils ont (enfin !) arrêté c’est un groupe qui s’est mis à refaire la danse de rabbi Jacob sur Kikkar Tsahal (en contrebas de la deuxième fenêtre de ma chambre !). Heureusement que je n’étais pas armé…
Samedi matin, je voulais envoyer quelque chose à mon directeur mais je n’y suis pas arrivé, j’ai donc continué au Collège l’après-midi et j’ai finalement envoyé un état des lieux de mon travail. La fin est encore à fignoler : j’y travaillerai pendant qu’il lira le début.
Samedi après-midi, je n’ai donc pas trop bougé…
Dimanche, j’ai emmené Baptiste à Abu Gosh pour la messe, Laurent-Pierre et Laurence nous ont accompagnés. Belle messe, repas avec les moines. J’ai retrouvé Denis qui travaille à Bethléem et il nous a ramenés ensuite.
Après le déjeuner avec les moines d'Abu Gosh, nous avons pris le café. Quelqu'un avait offert aux frères un gros carton de nougats de Montélimar... Ils n'étaient pas mauvais, simplement insipides. Honnêtement, les nougats Silvain n'ont pas trop de souci à se faire. 
Ce soir, soupe bio et crêpe avec Marie des Neiges qui a une grosse semaine avec son Comité scientifique du Musée…
Moi, grosse semaine qui s’ouvre avec le traitement de mes deux dernières béatitudes : Ap 19,9 et 20,6… Je réalise aussi que cela fait sept semaines que je suis revenu ici et que cela fait donc un tiers des cinq mois que je dois passer en Terre Sainte. Au boulot!
À bientôt,
Étienne+