dimanche 20 décembre 2015

Amen, viens Seigneur Jésus.

Ἀμήν, ἔρχου κύριε Ἰησοῦ
Amèn, erchou kurié Ièsou (Ap 22,20)

Chers amis
Noël approche à grands pas… et cela se sent dans la ville, surtout dans mon quartier de la Porte Neuve qui est une zone très majoritairement chrétienne.
Mercredi, j’étais à la Bibliothèque ; le soir, petite soirée sympa avec les étudiants pour célébrer Noël ensemble. Un certain nombre profitent des vacances pour rentrer chez eux ; d’autres préfèrent fêter Noël in situ… Jeudi matin, j’ai présenté mon petit exposé sur un livre en anglais : The Quest for Paul’s Gospel. Le livre était assez dur à lire : propos très dense, peu de connecteurs logiques, jamais de petit résumé (qui dispense de lire les 20 pages qui précèdent), un vocabulaire que même le gros Harrap’s de la bibliothèque ne connaît pas… Bref, ça a été du boulot. Mais finalement c’est intéressant. L’auteur propose de jeter aux oubliettes le modèle théologique de la justification par la foi, tel qu’il a été compris depuis la Réforme protestante. Il faut dire qu’en ce moment, il y a beaucoup d’études sur la compréhension de la foi chez saint Paul, notamment la fameuse expression : πίστις Χριστοῦ (pistis Christou, la foi du Christ). Le problème est double : premièrement, comprendre le complément du nom : s’agit-il de la foi en Jésus (génitif objectif) ou de la πίστις que Jésus a (génitif subjectif) ; deuxièmement comprendre le sens du mot πίστις, qui peut désigner la foi ou la fidélité, la fiabilité, le crédit, ce qui fait foi… 
Et après avoir liquidé le modèle JF, il propose un modèle PPME (Pneumatologically participatory, martyrological, eschatological = je vous laisse traduire et comprendre) qui n'a pas arrêté de me faire penser au PPNA (Pre-pottery Neolithic A) dont nous parlons souvent en cours d'archéologie.
Burbara
Heureusement, ce jour-là pour me remettre de mes émotions, Suzanne la cuisinière a apporté du burbara. Au début, je ne trouvais pas ça très engageant… Imaginez un cassoulet en boîte, froid, duquel on a enlevé toute la charcuterie et on vous amène ça pour le dessert… J’étais pas emballé. J’en ai pris par politesse. Et en fait, je me suis régalé. C’est du blé ou de l'avoine que l'on fait gonfler et auquel on ajoute des morceaux d’amande, de noix, de la cannelle et d’autres épices, des raisins secs. Réchauffé, c’est excellent. Ce dessert s’appelle burbara, en l’honneur de sainte Barbe (Barbara, par ici) dont c’était la fête la veille dans le calendrier julien, suivi par les orthodoxes. Suzanne est grecque-orthodoxe.
Une photo qui m'a coûté cher...
Vendredi, cours sur saint Marc et messe à midi à l’Ecce Homo. C’est bien paisible… c’est très agréable. En montant à la salle-à-manger après le repas, je suis monté sur la terrasse prendre quelques photos et en descendant, je me suis cogné sous une porte bien basse. Comme à l’habitude, je n’y suis pas allé avec le dos de la cuiller. Je n’ai pas trop saigné et quelques cheveux sont partis (c’est un luxe que je peux de moins en moins me payer…).
En fin d’après-midi, j’ai participé au Conseil d’École avec Kevin l’autre délégué et les profs. Ça s’est bien passé, calmement. Intérieurement, je râlais car cela me faisait rater l’inauguration du sapin de Noël de la Porte Neuve. En sortant du Conseil, j’ai entendu une détonation, mais il ne s’agissait que d’un feu d’artifice tiré depuis le toit du Collège pour fêter l’événement. Plus j’approchais et plus il y avait de monde… Les scouts catholiques étaient sortis avec leur fanfare (percussions et cornemuses, héritage du mandat britannique !). Les gens s’étaient garés sur la voix du tramway (vendredi soir, c’est déjà shabbat et le tram ne circule pas !). Une foule immense était rassemblée pour l’événement, deux patriarches participaient officiellement (le grec-orthodoxe et l’arménien), ainsi que les Franciscains de Saint-Sauveur. Une chanteuse interprétait en arabe des chants de Noël ; quelques papas Noël se promenaient, une machine à faire des bulles de savons… spots, éclairages… La fête était bien réussie. L’importance de cet arbre de Noël se comprend lorsqu’on sait qu’une infime minorité de la ville de Jérusalem est chrétienne (2% !) ; c’est une manière de dire aux musulmans et aux juifs : « Nous sommes ici, nous existons, nous avons nos traditions et nos fêtes ».
En soirée, un verre au Jérusalem Hôtel (devant l’EBAF, pour dire au revoir à ceux qui rentraient en Europe pour Noël).
Hier samedi, matinée de travail à la bibliothèque. L’après-midi, je suis allé me balader. Je suis d’abord passé au YMCA où se tenait le marché de Noël… Il y a quelques jours, une manifestation de sionistes religieux voulait en empêcher la tenue. Ils avaient des panneaux « Dehors, impurs ! ». Tout en délicatesse…
En ce moment, je regarde sur Internet une série de reportages, intitulée 24h Jérusalem. Le concept, c’est de suivre des habitants de Jérusalem, juifs, palestiniens, expatriés, tout au long d’une journée, de 6 h du matin à 6 h du matin le lendemain. Chacun des 24 épisodes dure exactement une heure et fait passer le téléspectateur dans tous ces lieux quotidiens de Jérusalem. J’en suis aux derniers épisodes qui sont moins intéressants (c’est la nuit, donc on passe pas mal de temps en boîte de nuit et dans les centre d’appel du SAMU). Mais c’est vraiment intéressant pour voir ce que les gens sentent et vivent quand ils habitent ici.
Ces reportages m’ont aussi permis de faire évoluer mon trajet quotidien de course à pied… Au début, j’allais rue de Jaffa mais le soir, c’est trop animé. Du coup, j’ai suivi un conseil m’orientant vers le parc de l’Indépendance. De fait, le tour n’était ni trop long, ni trop facile (de toute façon, comme le Collège des Frères est sur un sommet, on doit toujours monter à la fin !). Seulement, je me posais une question… Pourquoi au parc de l’Indépendance, y a-t-il tant de monde assis sur les bancs, dans l’obscurité, à regarder son portable ? Veulent-ils dépouiller les honnêtes passants ? ou se livrer à des trafics de substances illicites ? Le reportage m’a fait comprendre que ce lieu était le seul de Jérusalem, pour rencontres discrètes “entre hommes”. Bon sang, quelle naïveté de ma part… Du coup, j’ai mieux compris les faits et j’ai changé de parcours.
La nuit dernière, j’ai accueilli le P. Pierre Coulange de NDV. Il vient passer Noël en Terre Sainte et loge chez les Frères. Aujourd’hui, nous sommes allés concélébrer à la paroisse Saint-Sauveur. J’ai oublié le nom du président, mais j’ai rarement vu quelqu’un d’aussi expressif avec ses gestes. À côté de lui, un Italien passerait pour un manchot… Rien qu’à le regarder gesticuler, on comprenait 25% de l’homélie ! En plus, il a parsemé son prêche de quelques mots et phrases en français. Je l’ai remercié à la fin car il y avait dans l’assistance deux familles françaises.
Les pierres du temple
(photo février 2007)
Cet après-midi, un grand tour dans Jérusalem. Avec Pierre, nous avons visité le centre Davidson, au sud du Mont du Temple. Je n’avais pas embarqué mon appareil photo mais je voulais surtout préparer la visite que je ferai pour un groupe de jeunes du diocèse de Lille, cornaqués par le P. Matthieu Aine, jeudi prochain au matin. Le site est passionnant, car il permet de retracer l’histoire de Jérusalem depuis l’époque de Jésus jusqu’à nos jours : les archéologues ont creusé autour du mur du temple (au sud du fameux Mur occidental, dit « des Lamentations ») pour atteindre le niveau du sol naturel. Ils ont atteint le niveau de la rue qui était cachée sous des monceaux de pierres (énormes !) tombées lors de la destruction du Temple par les Romains, en 70 après J.-C. Cela permet de réaliser l’ampleur de cette destruction.
Vue du site visité (en rouge, notre parcours)
Après la visite, nous sommes remontés le long de la muraille sud de la Vieille Ville, en suivant le canal qui acheminait l’eau depuis les vasques de Salomon, jusqu’au Temple (plus de 20 km d’aqueduc). On le repère le long du mur, puis il passe derrière l’église de Saint-Pierre-en-Gallicante et on a fini par le retrouver au-dessus de la piscine du Sultan, en contrebas du joli quartier de Yemin Moshé. Avec tout ça, on est rentré à 18h…
Soirée calme, le fr Rafael était content, car le Real Madrid a gagné son match (il n’en rate aucun !) et maintenant, il attend les résultats des élections espagnoles. Je crains qu’il ne soit moins enthousiaste.
Sinon en ce moment, nous n'échappons pas à la folie "מלחמת הכוכבים" (milamath hakokhavîm) qui s'est emparée de la ville. Je vous laisse deviner ce que c'est...
Rendez-vous mercredi, après l'excursion à Lakish, Tel Maresha et Beth Guvrin.
À bientôt,
Étienne+

mercredi 16 décembre 2015

Et David s’empara de la forteresse de Sion, c’est la cité de David. (2S 5,7)

vayyilkod david ˀet metsudat siyyôn hîˀ ˁîr david
וילכד דוד את מצדת ציון היא עיר דוד

Chers amis
Deux journées bien remplies, hier par les études. Rien d’autre à signaler que la lectio coram de Richard, un salésien indien. La lectio coram est une première étape dans la rédaction d’un doctorat. L’étudiant parle pendant ¾ d’heure sur un thème et on peut aussi poser des questions. Hier, Richard a parlé des premiers versets du livre d’Habaquq. En lisant attentivement, on s’aperçoit que le texte hébraïque et le texte grec ne concordent pas complètement. Richard a proposé une hypothèse pour rendre compte de ces différences : est-ce dû à l’inadvertance d’un copiste ou bien au désir de “corriger” le texte ?
(Ha 1,5 selon l’hébreu) Regardez parmi les peuples, voyez, soyez stupides et stupéfaits !
(Ha 1,5 selon le grec) Regardez, vous les traîtres, voyez, soyez stupides et stupéfaits !
Il est allé chercher dans les textes de Qumrân, dans les Actes des Apôtres, où ce texte est cité (Ac 13,41 selon la version grecque !). Ce qui était intéressant, c’est qu’à partir de quelques versets un peu ardus, il a très bien expliqué sa méthode et son point de vue et il a pu ouvrir aussi théologiquement. Dans quelques mois, c’est moi qui devrait m’y coller… priez pour moi.
Ce matin, 4 heures de cours, Rosemary a terminé son cours d’histoire du Levant ancien (enfin plutôt la préhistoire puisque nous avons couvert le néolithique avec quelques sites emblématiques de cette période dans la zone du Croissant fertile.
La dernière heure a été consacrée à la préparation de notre visite de l’après-midi. Nous sommes allés visiter la cité de David. Il y avait plein de choses à voir, j’ai donc mangé rapidement avant de retrouver le reste du groupe à l’entrée du site.
La cité de David est un site très intéressant mais difficile à aborder : on y retrouve des vestiges qui vont de l’époque chalcolithique (IVe millénaire avant J.C.) jusqu’à l’époque byzantine (vie siècle de notre ère). En plus, le lieu est chargé de signification pour les juifs et cela influence parfois leur interprétation des vestiges : on doit absolument retrouver les vestiges de la Jérusalem davidique…
Pour couronner le tout, nous sommes dans la partie orientale de la ville, annexée de facto par Israël mais cette annexion n’a jamais été reconnue par l’ONU. Le droit international empêche la puissance occupante de procéder à des fouilles ou de publier des résultats de recherche consécutifs à des fouilles ; mais Israël ne se considère pas tenu à ces dispositions puisqu’il considère que ce lieu fait partie du territoire de la « capitale éternelle et indivisible » d’Israël.
Ceci étant dit, partons à la découverte du site.
Curieusement, la cité de David ne fait pas partie de la Vieille Ville de Jérusalem ! Les vicissitudes de l’histoire ont fait que la Vieille Ville s’est concentrée autour des lieux saints chrétiens (le Saint-Sépulcre) et musulmans (les Mosquées) et la cité de David qui avait été progressivement oubliée s’est trouvé exclue des murailles.
La ville de Jérusalem est très ancienne, mais pas autant que d’autres cités de la région. La première trace qu’on en ait date du xixe siècle avant J.-C. : dans des textes magiques égyptiens, on évoque Uru-Shalim, la “fondation du dieu Shalim”. On connaît aussi des lettres dans lesquelles le roitelet local Abdi-Heba qui demande de l’aide au pharaon Akhénaton (1330 av. J.-C.) parce qu’il lui arrive toute sorte de malheur : les Apirou pillent la région, le roi de Gézer me fait des misères… À l’époque, Jérusalem est une petite cité bâti sur un étroit éperon rocheux entouré de collines plus hautes. Comme dit le Psaume, « Jérusalem, des montagnes l'entourent ; ainsi le Seigneur : il entoure son peuple maintenant et toujours. » (Ps 124,2)

Notre parcours en rouge (à l'air libre) et jaune (souterrain). Le carré vert montre les LSS et SSS ;
les zones bleues sont les lieux d'eau
Pourquoi s’installer sur un point plus bas ? Parce que c’est là qu’il y a de l’eau ! La source du Gihôn (le “jaillissant” = le point bleu en bas à droite du plan) y coule de manière pérenne tout au long de l’année… Cet avantage n’est pas à négliger.
Aux alentours de l’an 1000 av. J.-C., David s’empare, par la ruse, de la ville et en fait sa capitale.
Les vestiges que l’on voit au sommet de l’éperon rocheux ont été diversement interprétés. L’archéologue israélienne chargée des fouilles est persuadée que la large stone structure (LSS) qu’elle a dégagée date de l’époque de David et pourrait être un vestige du palais du roi biblique. Mais d’autres archéologues à partir des mêmes relevés ne voient pas de large mur mais une série de petits murs beaucoup plus récents…
La SSS et la maison d'Ahiel
Un peu en contrebas de tout cela, une stepped stone structure (SSS, structure en pierres à degrés) est appelée quartier royal. Il y a en fait tout une série de vestiges assez difficilement lisibles. Mais la “maison d’Ahiel” semble bien avoir été détruite par Nabuchodonosor et la SSS doit donc être plus ancienne… Certains y voient un mur de soutènement du palais de David.
Un peu en contrebas, nous voyons deux murailles presque parallèles. Ce sont deux remparts successifs de Jérusalem, celui de l’âge du Bronze (l’époque de Abdi-Heba) et celui de l’âge du Fer (époque des rois de Juda).
Puis nous entrons dans le “plat de résistance”… Le système d’eau de la cité est magnifique…
La Tour de la Source (cliquer pour agrandir
et voir la reconstitution au fond)
Il rappelle ceux que nous avons vus en Galilée, à Megiddo ou Ḥaçor. La source est là, régulière mais… elle est tout en contrebas de la ville, dans la vallée du Cédron. Il fallait donc s’assurer de conserver l’accès à l’eau même en cas de siège. Le premier moyen utilisé (à l’âge du Bronze) est un tunnel creusé dans le rocher et qui descend jusqu’au niveau de la source. Puis autour de la source, on a construit un bassin et d’énormes fortifications pour la protéger. Les blocs de pierre sont impressionnants. Puis nous avons vu la source qui coule abondamment. Le livre des Rois (1R 1,33.38.45) y situe le sacre de Salomon. Depuis la source, l’eau s’écoule aujourd’hui dans le tunnel d’Ézéchias, mais les températures hivernales ne nous invitaient pas à nous diriger par là (ce que nous avions fait en 2007 avec l’École).
Le tunnel cananéen
Nous avons pris le tunnel cananéen (ou plus exactement le canal puisqu’il est couvert de grosses dalles de pierre). Ce tunnel cananéen est sec et débouche un peu en contrebas.
Murailles cananéenne (1er plan)
et israélite (2ème plan)
À la sortie, on voit quelques vestiges des murailles cananéennes (âge du Bronze) et israélites (âge du Fer). Puis une carrière où les archéologues du xixe siècle avaient cru découvrir les tombes des rois de Juda (dans le livre des Rois, à la mort de chacun des rois, il est écrit : « on l’enterra dans la cité de David, son père »).
Puis nous arrivons à la piscine de Siloé (la grosse tache bleue à gauche du plan). La situation générale était connue mais le lieu n’a été redécouvert qu’en 2004. Il s’agit de cette piscine de Siloé où Jésus a envoyé l’aveugle-né se nettoyer les yeux de la boue qu’il y avait déposée (Jn 9,7.11). Selon Luc, il y avait une tour qui s’est effondrée en ensevelissant 18 personnes (Lc 13,4). Mais rien n’en a été découvert. La piscine a disparu en 70, lors de la destruction de la ville par les armées romaines de Titus (Flavius Josèphe, Guerre, VI, 363).
A l'époque de Jésus
Piscine de Siloé, aujourd’hui
Nous avons vu le petit bassin, situé à l’autre extrémité du tunnel d’Ézéchias, où l’empereur Hadrien avait fait construire un monument ; à côté de ce monument, l’impératrice Eudocie (celle-là même qui est à l’origine de la Basilique Saint-Étienne de l’École Biblique) fit construire une basilique dont il ne reste plus rien.
À l’époque de Jésus, en plus de l’alimentation en eau, la piscine de Siloé était associée au rituel de la fête des Tentes, avec des processions qui apportaient l’eau jusqu’au temple… Les restes d’une large rue à degrés qui, depuis la piscine, remonte vers le temple ont été dégagés. Mais pour remonter, nous empruntons les égouts !!! un tunnel de drainage (le long trait jaune qui traverse le haut du plan).
Le "tunnel de drainage" = les égouts !
Au début, nous étions rassurés car les égouts ne sont plus en service (Dieu merci !) mais, à mi-distance, l’eau tombait à verse et franchement, elle ne sentait pas la rose…
Nous navions aucun doute sur l'endroit où nous étions !
Heureusement, j’avais prévu mon parapluie (la météo n’était pas engageante et je ne tenais pas à me prendre la saucée de dimanche), ce qui m’a permis de passer à travers les gouttes. Nous avons quitté le tunnel avant la fin pour retrouver l’air libre au niveau des fouilles du parking Givati. Lors de mon séjour de 2007, elles commençaient à peine, et maintenant quatre couches avec des vestiges byzantins, romains et séleucides ont été dégagées.
Notre professeur nous a présenté les vestiges et a surtout parlé des méthodes archéologiques : stratigraphies, datation, erreurs de fouilles, documentation. Quel boulot ! Ça n’a rien à voir avec Indiana Jones !
Petit verre sur le toit d’un café du Muristan, dans la Vieille Ville. Soirée calme.
À bientôt,
Étienne+

dimanche 13 décembre 2015

Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portes éternelles: qu'il entre, le roi de gloire! (Ps 24,7)

seˀû sheˁarîm raˀshekhem wehinnasˀû pithê ˁôlam weyabôˀ melekh hakkabôd
שאו שערים ראשיכם ואשאו פתחי עולם ויבוא מלך הכבוד

Chers amis
C’est encore anoukkah, ça se termine ce dimanche soir. Mais vendredi soir quand j’ai voulu aller prendre en photo la muraille illuminée, j’ai vu que la fête avait laissé la place à shabbat… J'y suis retourné ce soir pour voir les neuf bougies allumées… avant les résultats des élections.
Lors de la fête de anoukkah, on mange des spécialités, souvent frites ou cuisinées à l’huile d’olive qui est source de lumière et rappelle le miracle de anoukkah. Le beignet de pomme de terre s’appelle leviva, chez les Ashkénazes.
Toupies de anoukkah projetées sur le rempart
On a aussi l’habitude de donner de l’argent aux enfants lors de la fête. Et ils jouent avec des toupies particulières qui rappellent le jeu des enfants qui faisaient le guet à l’époque d’Antiochus lorsque l’étude de la Loi était interdite.
Avi hidlik nérot li,                               Mon père a allumé pour moi les bougies,
ve-chamach lo avouka.                      
le shamash est pour lui une torche.
Yodˁîm atem likhvod ma, (x 3)            Savez-vous en quel honneur ?
likhvod ha-Hanoukkah !                      En l’honneur de anoukkah !

Mori hév’i sevivon li                             Mon maître m’a apporté une toupie,
ben ôférèt yetsouka.                           faite en plomb fondu.
Yodˁîm atem…                                    Savez-vous…

Imi natna leviva li                               Ma mère m’a donné une levivah,
leviva hama ou-metouka.                    Une levivah chaude et sucrée.
Yodˁîm atem…                                    Savez-vous…

Dodi natan techoura li                         Mon oncle m’a donné un cadeau,
perouta ahat chehouka.                       Une seule peroutah (un sou) frappée.
Yodˁîm atem…                                     Savez-vous…

 
Depuis mercredi, je suis à la bibliothèque. Je travaille entre autre un exposé sur la théologie paulinienne. Sinon au Collège, depuis lundi, c’est très animé… En temps normal, sur le toit à côté du Collège, près de la Porte Neuve, il y a une énorme structure métallique de forme conique, peinte en vert…
C’est un peu moche… Mais depuis lundi, tout a changé ; la structure métallique est devenue sapin de Noël. Mais comme les gens sont pas mal occupés, ils font ça en fin d’après-midi et dans la soirée. Un soir, ils ont mis aussi les guirlandes électriques (il y a deux circuits, un pour le bas, un pour le haut…). La nuit de jeudi à vendredi a été longue, très longue… Ils ont mis les boules… À cet effet, un camion a obstrué la rue pour que l’on puisse décorer le sapin depuis une nacelle au bout d’un bras télescopique… Les gars ont passé toute la soirée à accrocher les boules, quand je me suis couché ils y étaient encore…
Dans la nuit, ils continuaient à écouter de la musique et à blaguer à très haute voix. Dans mon sommeil, j’entendais vaguement cela. À un moment, j’entends un bruit sourd, comme un coup de marteau. Comme c’était inhabituel, ça m’a réveillé et je me suis dit : « Il y a quelqu’un dans ma chambre ! » Et puis, j’ai réalisé que les ouvriers y étaient encore… Il était 2h12… Je les ai laissé continuer. J’ai bravé le froid hivernal pour aller chercher les bouchons d’oreille dans l’armoire de la salle-de-bains…
Vendredi matin, après mon footing, j’ai compris que, la nuit précédente, le gars n’était pas dans ma chambre mais juste au dehors… Après avoir mis les boules, ils ont décoré la façade du Collège avec des guirlandes électriques et des étoiles… Les fils passent sous le rebord de ma fenêtre… Le vendredi matin, pleins de zèle, ils ont même passé une couche de peinture blanche selon l’adage « peinture sur crasse = propreté ». Le zèle n’a duré qu’une demi-journée…
Dans l’après-midi, évidemment, à cause de la nuit agitée, la sieste m’a manqué. Ce jour-là, je suis allé à la messe à l’École Biblique, puisque je n’avais pas été demandé ici ou là. Dans l’assemblée, il y avait les Petites Sœur de Jésus et Jean Vanier (je ne l’ai pas repéré au début puisqu’il est resté assis tout au long de la messe). On le sent vraiment vieux mais tout plein du Bon Dieu.
Samedi matin, travail à la bibliothèque. Bidouillage sur la dernière béatitude. Dans la bibliothèque, Kevin le premier délégué des étudiants m’avertit que sa province dominicaine le rappelle aux États-Unis… Du coup, le second délégué (votre serviteur) monte d’un cran… Je rayonne de bonheur :-( [Me voici presque calife à la place du calife, mon ambition est accomplie…] Non, sans rire, être deuxième délégué, ça ne me branchait pas particulièrement… Alors premier, vous imaginez…
L’après-midi, petite balade de santé dans la ville, je parcours les magasins de céramique arménienne. Je passe chez celui à côté du patriarcat arménien. Et nous avons parlé en français puisque c’est un ancien des Frères… Il a une drôle de petite voix flûtée.
Le soir, je suis allé chez Henri pour la préparation à la Confirmation. Nous avons lu ensemble le récit de la Pentecôte, dans une perspective cattenozienne (Ac 2,11).
Après la rencontre, les enfants ont mangé (et nous avons préparé du pop-corn : à travers le couvercle en verre de la casserole, c’était fascinant !)
Puis repas pour l’anniversaire de Cyrille (la famille chez qui j’étais déjà allé il y a trois semaines). Soirée très sympa avec un peu le même groupe plus d’autres membres du consulat. Et surtout, surtout, nous avons mangé de la raclette… Fromage, charcuterie (garantie taref ou halouf), chablis… Et comme la maîtresse de maison est clermontoise, la raclette était accompagnée de saint-nectaire…
Merci Seigneur…
Aujourd’hui, 13 décembre, nous sommes officiellement entrés dans l’année de la miséricorde. Dans l’après-midi, le patriarche a ouvert la porte de la miséricorde à la Basilique des Nations de Gethsémani. Du coup, le matin étant libre, j’en ai profité pour aller visiter l’esplanade des Mosquées. L’idée n’était pas forcément très bonne… Quand je suis parti, il pleuvait comme un crachin breton et arrivé à l’entrée du site, c’était plutôt mousson tropicale ou épisode cévenol.
Pour accéder à l’esplanade des Mosquées, il faut passer un check-point costaud. J’ai été surpris de voir beaucoup de juifs qui attendaient (plutôt de ceux qui ont des kippas comme des bonnets… = sionistes religieux). L’accès leur est normalement interdit par précepte religieux : l’esplanade est le lieu où s’élevait le Temple de Jérusalem, détruit par les Romains au premier siècle de notre ère, en conséquence les Juifs ne doivent pas courir le risque de fouler le lieu du Saint des Saints, où résidait la Présence divine.

J’ai donc fait le tour de l’esplanade sous une pluie battante, passant d’une allée couverte, à un parasol ou un auvent… Pas rigolo du tout… Ne pas s’approcher trop de la mosquée Al-Aqsa, ça les rend nerveux. À la fin, j’avise une splendide porte mamelouke avec les désormais célèbres Mukarnas, Ablak et Klebo… Le type à l’entrée m’adresse la parole en anglais, je lui réponds et il me dit dans un beau français : « Bienvenue ». Lui aussi est un ancien des Frères. On a discuté un bon moment, il m’a parlé de son neveu, qui a fait ses études de médecine à Amiens et exerce désormais à Jérusalem. On a évoqué aussi la situation politique. Pour lui, il n’y a à vue humaine aucune solution. Selon lui, du point de vue divin, il y a une solution, mais je ne partage pas forcément sa position… « Allah les éliminera ! » Bon… J’ai pas poussé plus loin la discussion sur le mode d’élimination…
À un moment on a vu arriver un groupe de juifs (comme ceux du check-point) escortés par autant de policiers surarmés. Les musulmans qui étaient sous le porche de la mosquée Al-Aqsa se sont levés et ont commencé à crier « Allahu akbar ! » Les femmes n’étaient pas les dernières… Ça en est resté là.

À dix heures, un type m’a fait sortir, avec la rugueuse courtoisie orientale… Heureusement, la porte qu’il m’a indiquée est celle par laquelle je voulais sortir, Bab as-Silsila, porte de la chaîne. Car lors de mon exploration de la Jérusalem mamelouke, en novembre, je n’avais pu voir les monuments qui se trouvent juste devant à cause du soldat israélien doté, comme de coutume, de l’âpre politesse locale.
Sinon, repas dans un boui-boui près de la Porte Neuve (les Frères étaient en récollection d’Avent).
Vers 15h20, je suis parti vers Gethsémani pour la messe d’ouverture de la Porte Sainte. Fr. Daoud et Fr. Rafael partaient en voiture et je suis monté avec pour descendre au Jardin des Oliviers. Une chance extraordinaire nous a donné une place de parking pile devant la grille de la Basilique. Il y avait beaucoup de monde et j’ai cru qu’on avait fait un lâcher de bonnes sœurs… Elles étaient partout.
Ouverture de la Porte Sainte
J’ai concélébré. La messe a commencé par une procession autour du carré des oliviers centenaires qui évoquent le jardin de Gethsémani. Nous avons chanté la litanie des saints en arabe. Puis la foule s’est massée devant la porte principale de la Basilique et notre Patriarche Fouad a ouvert la Porte de la Miséricorde. Derrière la porte, dans le tambour de la Basilique, une tenture rouge devant laquelle une croix se dressait. En entrant dans la Basilique, tous les pèlerins, prêtres, laïcs, religieux… ont embrassé la croix.
Sinon, la messe a été simple. Le patriarche a d’abord prêché en arabe puis en italien. Il a évoqué la pertinence de ce lieu comme église jubilaire : l’agonie de Jésus qui a porté ici le péché, la souffrance du monde est une force pour ceux qui souffrent de la maladie, de la culture de mort, de l’exil, de la guerre.
Retour rapide après la messe, footing, oraison, vêpres avec Fr. Daniel, repas avec les Frères et je rédige ce billet en regardant les résultats des élections régionales.
Bonne et sainte année, pleine de miséricorde.
Étienne+