dimanche 18 mars 2007

Saint-Sépulcre Qumrân et encore Saint-Sépulcre

Chers tous,
Comment allez-vous ? Autant la semaine a été calme mais la fin de semaine crevante... Mardi, comme prévu, nous avons eu la conférence sur le Saint-Sépulcre. Le Père Jerry Murphy O'Connor, op, nous a parlé pendant une heure à l'aide de diapositives. C'était passionnant. Il a évoqué l'histoire du lieu. D'abord, il y a là une carrière de pierre dont l'exploitation a débuté au 8° siècle avant J.-C. Dans cette carrière, on laisse un petit monticule rocheux inutilisable pour la pierre de taille. Au premier siècle avant J.-C., on utilise donc la falaise artificielle créée par la carrière pour creuser des tombeaux. Le reste de la carrière est un dépotoir. Le monticule sert ensuite de lieu d'exécution. En 135, Jérusalem est rasée à l'issue de la deuxième révolte juive et l'empereur Hadrien bâtit Aelia Capitolina. Sur le site, on trouve le temple dédié à la triade capitoline (Jupiter, Junon, Minerve). Le temple est finalement rasé dans les années 320 pour laisser la place au Saint-Sépulcre, c'est une grande basilique byzantine prolongé par une cour qui contient le monticule du Golgotha et par une immense coupole, l'Anastasis (Résurrection en grec). L'Anastasis est bâtie autour de la tombe ; pour l'y insérer, Constantin a fait découper la roche de la falaise : on a retrouvé à Narbonne un modèle réduit de l'édicule renfermant la Tombe de Jésus. Sur la photo, vous voyez la reconstitution de la basilique vue au début de mon séjour ici, on voit bien la structure du bâtiment : de gauche à droite, le Cardo, l'Atrium, la Basilique, la Cour et l'Anastasis. Malgré les invasions perses puis musulmanes, le bâtiment demeure sensiblement le même jusqu'en 1009. A cette date, le calife Hakim, fou, détruit le complexe. Immédiatement, on reconstruit mais à l'économie en délaissant le basilique pour privilégier l'essentiel : le Golgotha et le Sépulcre. C'est ce bâtiment que les Croisés trouvent en 1099, lorsqu'ils s'emparent de la ville. Ils édifient alors l'actuelle basilique. Celle-ci va passer successivement aux mains des franciscains, des grecs orthodoxes, des arméniens, qui y font divers aménagements, sans compter les tremblements de terre et les incendies. A l'heure actuelle, la basilique est partagée entre ces trois confessions, plus quelques endroits attribués à d'autres confessions (coptes, syriens et éthiopiens). La situation est assez tendue, les grecs ont tendance à considérer que la basilique est à eux et que certaines parties sont occupées par les Arméniens et les Latins. Leur but est donc de récupérer tout le bâtiment. En fait, l'organisation et l'utilisation des lieux est régie par le statu quo mais aussi par un droit coutumier assez subtil. Le statu quo prévoit qui régit les lieux, qui occupe les lieux en fonction de l'heure. Comme cet accord a été signé au 19° siècle, il n'est pas soumis au changement d'horaire, ni même aux aménagements liturgiques de Vatican II (la vigile pascale a toujours lieu le samedi saint au matin comme cela se faisait jusqu'en 1951). A l'entrée du Saint-Sépulcre, depuis le début du Carême et jusqu'à la Pentecôte, on voit une échelle. Cette échelle est censée permettre aux orthodoxes de remplir d'huile les lampes qui ornent le mur. Celà fait belle lurette que ces lampes sont électrifiées, mais l'échelle est toujours là (sa seule utilité est de gêner la circulation dans la basilique...) Pour éviter des occupations sauvages des divers lieux, il y a toujours un représentant de deux confessions qui assiste aux offices et célébrations de la troisième.
A la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, des études ont révélé le triste état du bâtiment. On a même proposé de le détruire et de bâtir à la place une triple basilique. Le projet a finalement été abandonné mais il a fallu du temps pour mettre tout le monde d'accord sur la restauration du lieu. Le gros est fait (en ce moment, c'est le clocher des croisés qui est couvert d'échafaudages). Le problème reste l'édicule qui renferme la Tombe... On voit qu'il est prêt à s'écrouler, des poutres métalliques le maintiennent (alors qu'il n'a pas 200 ans). Cet édicule remplace celui du 16° siècle qui a remplacé celui des croisés qui a remplacé celui de Constantin. On ne sait pas trop ce qu'il reste de la Tombe elle-même, des archéologues anglais ont fait des sondages avec une caméra endoscopiques en passant dans les fentes du mur...
Mercredi matin, travaux pratiques... J'ai célébré la messe au Saint-Sépulcre, Terence et Agnès (volontaire de la bibliothèque). C'est très émouvant de prier maintenant dans ce lieu. Le soir, un des pères dominicains a projeté Lawrence d'Arabie (la première partie seulement). Quel plaisir de revoir ce grand classique !
Jeudi matin, Terence m'avait proposé de concélébrer avec lui au Calvaire. Ce matin-là, j'ai mis la dernière main à mon devoir écrit sur la confession de Pierre et le Père Aletti m'a dit : "C'est bon ! On dépose !" Ouf, pas fâché d'en avoir fini... Maintenant, je peux me pencher plus précisément sur l'épître aux Hébreux, sur laquelle je voudrais travailler pour mon mémoire de licence.
Vendredi, pendant le petit-déjeuner, petite surprise : il a neigé. Jusqu'à 11 heures, de bons gros flocons. Ensuite, la pluie a succédé. Jacinta, une religieuse indienne, était toute heureuse de découvrir la neige ! Le soir, le Père Puech a présenté une introduction à l'excursion du lendemain à Qumrân et Muraba'at.
Samedi, messe à 6h00, avec Benoît, Nathanaël et Terence. Terence a présidé en l'honneur de saint Patrick.
Départ ensuite vers Qumrân. A Jérusalem, il pleuvait et cela a duré jusqu'à Qumrân, sur les rives de la Mer Morte, où il ne pleut que un ou deux jours par an. Qumrân est donc le lieu où ont été découvert en 1947 les fameux manuscrits de la Mer Morte. Au début, ce sont des bédouins qui ont trouvé dans des anfractuosités des jarres avec des rouleaux de cuir. Ils ont essayé de les vendre à un cordonnier ! qui a vite vu qu'il n'en tirerait rien pour son commerce de chaussures mais que cela avait certainement de la valeur sur un plan archéologique. Des archéologues de l’École Biblique ont fait des fouilles. L'hypothèse majoritaire est que les ruines retrouvées sont celles d'un "monastère" d'esséniens, un courant juif "alternatif". Je dis hypothèse parce que de plus en plus, certains spécialistes y apportent des nuances. Nous avons donc visité le site, sous la pluie, avec le Père Puech tenant de l'hypothèse traditionnelle. Il est chercheur au CNRS et sans doute un des meilleurs spécialistes mondiaux dans le domaine.
Près du site, nous avons vu l'entrée des grottes à manuscrits creusées dans la roche alluviale sur laquelle est construit le monastère. Puis au dessus, nous avons suivi l'aqueduc qui amène l'eau depuis le Wadi Qumrân. Il nous a fallu nous accrocher au rocher puis ramper dans le tunnel creusé par les esséniens pour accéder au barrage qui retenait l'eau. En pull rouge, c'est le Père Puech, et sortant du tunnel, c'est Benoît. Près de là, nous avons vu une femmelle ibex morte. C'est une sorte de petit bouquetin des régions désertiques. Habituellement, cela grimpe presque partout mais elle a dû trébucher et tomber. Alors que le soleil avait fini par se lever, nous avons continué à marcher sur deux kilomètres vers le nord. Le Père Puech nous a montré les grottes à manuscrits 1 et 11 (elles sont numérotées selon leur ordre de découverte : vous avez là la grotte 1). C'est assez impressionnant même si ces cavités ne sont pas immenses.
Après le repas, pris à Qumrân, nous avons fait route vers le Wadi Muraba'at, c'est un canyon vertigineux dans lequel on a retrouvé des manuscrits au cours des campagnes de fouilles qui ont suivi la découverte de Qumrân. Ces manuscrits ne sont pas directement liés aux esséniens mais à la deuxième révolte juive de 132-135. Le meneur de la révolte est un certain Simon Bar Kokhba (Simon fils de l'étoile) que certains à l'époque ont considéré comme le messie. Jusqu'à la découverte des lettres de Muraba'at, des historiens pensaient que c'était pure légende mais on a retrouvé des lettres signés de sa main. La révolte a été matée dans le sang. Pour accéder aux grottes, il a fallu descendre dans la gorge, c'est vertigineux et d'une rare beauté. Là, les deux grottes sont assez profondes (près de 80 mètres). La difficulté, c'est que le moindre pas soulève une poussière qui rend vite l'atmosphère irrespirable.
Ensuite, retour à la maison assez tôt.
Le soir, avec quelques-uns, nous sommes allés aux vigiles au Saint-Sépulcre. Ce sont les franciscains qui animent. Pour acclamer l'évangile, il y a une belle procession aux flambeaux autour de la Tombe. C'est très émouvant. Ensuite, avec certains, nous avons passé la nuit. Après les vigiles latines, liturgie grecque. A partir de 3h30 du matin, la basilique est calme. Il n'y a presque personne, seulement quelques franciscains. J'ai pu rester prier dans la Tombe pendant une bonne demi-heure sans être dérangé. C'était très émouvant. C'est aussi le moment de voir des scènes improbables : le prêtre orthodoxe qui fait les vitres du Golgotha, un chat qui passe au milieu des moines en prière... A 5h, tout se met en branle : Arméniens, Coptes, Grecs... Pour les Arméniens, le quatrième dimanche de carême est très solennel, j'ignore pourquoi. Il y avait donc plein de prêtres, tous les séminaristes en soutane bicolore bleue. Vers 7h30, ils faisaient les zouaves dans les galeries supérieures.
A 8h30, j'ai concélébré la messe latine. C'est assez spécial. Les prêtres sont rassemblés dans la chapelle du Saint Sacrement et comme nous sommes le quatrième dimanche de Carême dit Laetare, nous sommes tous vêtus de rose. Le patriarche latin arrive solennellement accompagné par les kawas, coiffés d'un tarbouche et un bâton ferré à la main. Il s'assied sur le siège de présidence et là, il est habillé. En fait, il préside la cérémonie sans célébrer la messe. La messe est en latin et arabe ; les chants sont surtout en grégorien. J'ai eu de la chance, je me suis trouvé avec la madame Michu locale : vous la connaissez tous, la mémé qui chante faux mais de tout son coeur. Saoulante... L'office des Laudes est intrégré à (ou désintégré dans) la messe. L'autel se trouve entre la coupole et la chapelle du Saint Sacrement. Toute la foule est coincée dans un espace très réduit. L'homélie est faite par un diacre qui vient recevoir l'étole des mains du patriarche.
Tout irait bien, si nous étions seuls. Or, les Arméniens ont leur office en même temps et ils chantent de toute leur voix (à côté, les franciscains chantent un grégorien plutôt laborieux heureusement soutenu par un orgue à toute pompe). Derrière, les Coptes (j'ai un peu de mal avec leur chant : les oreilles occidentales ne sont pas faites pour). En revanche, le chant arménien est splendide : un des chantres avait une voix exceptionnelle, j'avoue avoir eu des distractions pendant l'homélie (en arabe tout de même).
Après la messe, je suis vite retourné à l'Ecole et un bon dodo...
Sinon, je suis en train de lire en ce moment, un bouquin très drôle. Il s'agit de Papa est au Panthéon d'Alix de Saint-André. C'est l'histoire de Berger, un clône à peine déguisé d'André Malraux, que l'on veut faire entrer au Panthéon. Or, le Berger en question est mort dans une explosion au Guatémala, il y a plus de quarante ans et ses cendres ont été, selon son biographe, répandue dans le Gange. Jusqu'à ce que l'on se rende compte que... Je n'en dis pas plus mais c'est très amusant. Trouvez ci-joint un lien vers une citation du livre à propos du jargon technocratique.
Je vous embrasse.
Etienne+

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