jeudi 16 novembre 2017

Savant en science et subtil en savoir (Dn 1,4)

וידע דעת ומבין מדע
weyodea‘ da‘at ûmebin mada‘ 

Chers amis,
Samedi, la matinée a été consacrée à l’étude. L’après-midi, j’ai refait le tour des bâtiments mamelouks déjà visités en novembre 2015. J’avais le souvenir d’une visite mouillée puisqu’il pleuvait un peu. Mais cette année, il n’a pratiquement pas plu. Depuis dix jours que je suis ici, pas une goutte. À Bethléem, depuis mai 2016, on manque d’eau (déjà qu’en temps normal c’est pas la joie !)
Madrasa Muzhiriyya
Belle visite tout de même. Ce qui est gênant, c’est que ces bâtiments mamelouks se situent dans le quartier musulman (on s’en serait douté), au nord et à l’ouest de l’esplanade des mosquées/Mont du Temple. Par piété, les mamelouks construisaient des gîtes pour pèlerins, des écoles coraniques ou des tombeaux, le plus près possible de l’enceinte sacrée, parfois les bâtiments passent par-dessus le voisin pour être en contact avec le mur d’enceinte. Ce qui fait que les quelques ruelles qui donnent accès à l’esplanade sont assez riches en jolis monuments. Mais plusieurs de ces rues sont bloquées par des soldats israéliens qui empêchent les non musulmans de passer. On a beau leur dire qu’on ne veut pas aller sur l’esplanade mais seulement voir les bâtiments, rien n’y fait. Même si le ton était un peu sec et ne souffrait aucune contradiction, le soldat a quand même dit qu’il était “sorry” ! Ça n’arrive pas tous les jours, profitons-en !
En fait, le seul accès autorisé aux “infidèles” consiste en la rampe à côté du Mur occidental. On peut sortir par toutes les portes mais on n’entre que par celle de la rampe. En fait, les seuls portes que l’on peut approcher sont celles du Marché des Cotonniers et Bab el-Hadid, à côté de laquelle on a le petit Mur occidental. J’étais heureux de voir que la madrasa Muzhiriyya, dans cette même rue, était en restauration.
Le problème de ces bâtiments mamelouks sont maintenant pour la plupart des résidences privées, et pas du tout entretenus. La maison de dame Tunshuq a trois portes : le guide indiquait que la porte orientale était la plus élaborée et en fait d’élaboration, la porte servait de local à poubelles… Ou encore, certaines des façades sont “ornées” de fils électriques. Dans le khan es-Sultan, les modillons de la corniche ont une jolie forme recourbée et les habitants de la cour les ont reconverties en gaine électrique. À croire que les mamelouks avaient pensé à tout.
Je m’étais dit que j’irais bien faire un tour au Mur occidental. Mais l’affluence était telle (il devait y avoir une bonne vingtaine de minutes de queue aux portiques de sécurité) que j’y ai renoncé. Il y avait un monde dans la Vieille Ville… Je n’aime vraiment pas la foule. Ce n’est pas de l’agoraphobie, plutôt une sorte de misanthropie.
Après cela, un jus de fruit sur la terrasse d’un café dans la Vieille Ville puis exploration de quelques boutiques à la recherche de cadeaux à faire… Puis retour au Collège.
Dimanche, messe à Abu Gosh, à l’issue de laquelle j’ai pu revoir les têtes connues et faire la connaissance des “nouveaux”, notamment ceux qui ont succédé à Cyrille et Marianne. Il faut dire que l’after de la messe d’Abu Gosh est très sympa !
Des amis m’ont déposé au pont de la harpe de David et je suis rentré à pied, en flânant un peu. J’ai déjeuné sur le pouce un peu tard (vers 15h) en pensant qu’il y aurait moins d’affluence. Perdu ! En fait, les gens font souvent la journée continue et sortent du bureau vers cette heure-là et les restaurants, gargotes, snacks sont pris d’assaut.
J’ai aussi eu l’occasion de regarder les סוּפֶּרמַרקֶט (super marchés) de la rue de Jaffa. Il s’agit en fait de supérettes, où l’espace est “optimisé”, comprendre qu’on a du mal à passer entre les rayons. Et en terme de produit, vous avez un rayon pour les chips, un autre pour les produits chocolatés (plaquettes, barres), une autre pour les céréales (les plus fades
, je pense que ce sont les Miel Pops® !) Pas de produits frais ! Quant aux surgelés, il n’y a que des crèmes glacées. Pas étonnant de constater ensuite que les gens sont souvent gros. En Israël 70 % des hommes entre 45 et 65 ans sont en surpoids (En France, à peine moins que la moitié). Statistiquement, c’est comparable aux USA et on estime à 700 000 le nombre de diabétiques en Israël (pour 8 millions d’habitants, soit 9 % de la population).
Fin d’après-midi calme : sieste, oraison et sport. Je retrouve le Frère Rafael qui rentre d’une quinzaine de jours en Jordanie où il a réglé des questions administratives pour le Collège d’Amman.

Le lundi fut toujours un peu talmudique. Le frère Louis m’a prêté un thermomètre pour que je puisse mesurer précisément la température de la bibliothèque. J’ai eu du mal à y croire… Il y fait 26,8°C ! Ce n’est pas une bibliothèque, c’est un four ! Je me demande si cela convient pour les livres…
Pendant mes trajets entre le Collège et l’École, je bouquine (selon ma technique d’OTM) un polar israélien, Meurtre au Philharmonique. Comme vous le voyez, pas de suspense dans le titre. C’est la même série que Meurtre au Kibboutz que je lisais en mai dernier. En fait, j’en lis un à chacun de mes séjours. Le rythme est assez lent, c’est un peu Maigret à Jérusalem. L’intrigue avance peu à peu, et on a envie d’avancer mais pas trop vite, pour découvrir avec le commissaire Michael Ohayon qui a assassiné Félix, le vieux libraire musical, puis son fils Gabriel, violoniste du philharmonique de Jérusalem (ce meurtre-là est particulièrement saignant…, le type a été décapité avec une corde de violoncelle, berk ! heureusement, l’auteur nous épargne les détails répugnants). En plus le commissaire a une histoire un peu compliquée avec la sœur du violoniste, qui est violoncelliste. Ces romans, même s’ils sont un peu anciens – la romancière est morte en 2005 –, donnent un visage vivant de la société israélienne, en dehors des considérations habituelles sur le conflit.
Mercredi, la bibliothèque est fermée… En fait, en ce 15 novembre, c’est fête à l’ÉBAF avec le dies academicus commun de l’École Biblique et du Studium des Franciscains (SBF), en l’honneur de saint Albert le Grand. Mais c’est aussi la fête nationale palestinienne et le Collège des Frères chôme. Lever un peu plus tardif…
À l’ÉBAF, il y a une séance officielle avec une conférence magistrale, donnée cette année par le frère Timothy Radcliffe, ancien maître général de l’ordre dominicain. Il a traité du sujet : Why do preachers need biblical scholars ? Il a été très drôle et profond : il a dit que les études bibliques étaient une voie de sainteté, voilà qui est rassurant mais il a ajouté que ce n'était pas automatique.
Il a aussi raconté une histoire à propos de la vérité et des dominicains. Veritas est la devise de l’ordre dominicain. C’est l’histoire d’un homme qui se retrouve à un endroit inconnu, il n’a aucune idée de l’endroit où il est. Pour mieux se rendre compte des environs, il grimpe dans un arbre. De loin, il voit arriver un homme qui s’approche et finit par passer sous l’arbre. Il lui demande :
« S’il vous plaît, pourriez-vous me dire où je suis ?
– Dans un arbre.
– Ah, vous devez être dominicain !
– Comment savez-vous cela ?
– Parce que ce que vous m’avez dit est absolument vrai, mais complètement inutile ! »
L’Aula Magna de l’École était remplie des étudiants de l’ÉBAF et de franciscains du SBF, il y avait aussi des “passagers clandestins” venus écouter le P. Radcliffe. Après la pause, la salle était tout de suite moins remplie (d’un tiers !) et c’est vrai que c’était beaucoup moins intéressant. Mais ça fait partie de l’exercice.


Comme la bibliothèque n’était pas accessible l’après-midi, j’en ai profité pour aller à Bethléem. Bus vers 14h30, je tchatche avec un Français qui voyage. Le bus me dépose à côté de l’hôpital et de l’université. Je rejoins la Place de la Mangeoire, je fais un petit tour à la Basilique qui est blindée. Chouette ! ils commencent à enlever les échafaudages et on peut enfin voir les beaux anges et les mosaïques des murs latéraux. Ensuite, je fais quelques emplettes, je sympathise avec trois marchands de souvenirs, ils me donnent leur carte. Puis je prends une Taybeh au restaurant The Square. En fin d’après-midi, les échoppes se ferment mais quelques chariots proposent des choses à manger : pop corn, maïs, falafel…
Stand de barbe à papa sur la Place de la Mangeoire...
Je tombe en arrêt devant le stand de barbe à papa. Admirez vous-même. Le groupe électrogène est posé sur le toit de la bagnole et le bac à barbe à papa est dans le coffre ouvert. Le bonhomme suspend des sacs plastiques dans lesquels il a mis des barbes à papa. La couleur rose faisait un peu mal aux yeux. Pour vous donner une idée, la photo est prise vers 16h50...
Je rejoins l’Université de Bethléem où je dis la messe pour les Frères (en anglais s’il vous plaît). Puis le repas est partagé. Les Frères sont très sympas. L’un d’entre eux est américain et quand il parle on a l’impression qu’il fait des gargarismes après un brossage de dents ! Après le repas, le frère Neil m’a raccompagné au Collège.
Jeudi studieux. J’ai mis de côté le Talmud pour m’intéresser au Livre d’Énoch, un apocryphe juif dont le seul texte complet est en guèze, la langue liturgique des Éthiopiens. Voici comment on écrit Heureux l'homme :ብፁዕ ፡ ብእሲ ፡ Il m’a donc fallu regarder un dictionnaire et le fonctionnement de cette langue. En fait, les signes typographiques sont des syllabes : une consonne et une voyelle. Il y a donc autant de signes qu’il y a de combinaisons consonne-voyelle. S’il y a 26 consonnes et 8 voyelles, cela fait 208 signes (211 en fait !). Bon courage !
Heureusement, j’ai trouvé un bon site internet avec un interlinéaire du livre d’Énoch guèze-anglais. Cela a simplifié le travail.
Dans l’après-midi, j’ai regardé le livre des secrets d’Énoch, un autre apocryphe que l’on ne sait pas trop dater… mais qui subsiste lui en slavon, j’ai donc dû me tuer les yeux avec l’alphabet cyrillique (Heureux en slavon : Блаженъ)
Ce soir, calme et repos.

À bientôt,     
Étienne+

samedi 11 novembre 2017

Ecce Homo (Jn 19,5)

ἰδοὺ ὁ ἄνθρωπος
idou ho anthôpos 


Chers amis,
Depuis lundi, le rythme a repris. Et franchement, je me suis surpris à voir que la machine n’était pas enrayée. C’est un rythme un peu parisien : “métro-boulot-dodo”, sauf que je ne prends pas le métro (pas la peine). Arrivé à l’ouverture de la bibliothèque, la première personne que je croise dans le vestibule, c’est Anthony, mon directeur de recherche… S’il y a des signes, en voilà un…
Une fois entré dans la bibliothèque, ma première tâche, lundi, a consisté à trouver un poste de travail. Il faut à tout prix que je sois au sous-sol (la température en haut est irrespirable, même si je vois les autres utilisateurs de la bibliothèque qui sont couverts de châles, d’écharpes et de pulls épais : mais comment font-ils ?) Par bonheur, je trouve le poste 206 (comme ma bagnole, c’est facile !). Une heure après mon installation, je vois arriver un étudiant… C’est Yvon, un ancien du Studium qui fait un semestre à Jérusalem… Cette première matinée est aussi consacrée à la reconstitution du fond de livres dont je suis supposé avoir besoin pendant mon séjour, commentaires bibliques et monographies diverses… Une fois cette besogne accomplie, je retrouve le travail.
Rien de particulier dans mon boulot.
Les journées se suivent et se ressemblent… À part quelques têtes connues, les usagers de la bibliothèques sont tous des inconnus… Les étudiants ne passent souvent qu’une année à l’École.
Jeudi soir, un petit extra : le P. Dominique-Marie, celui qui faisait les visites archéologiques il y a deux ans nous a présenté quelques résultats de sa thèse en archéologie. Il s’intéresse à l’urbanisme du nord-est de Jérusalem, ce qui correspond en gros au quartier musulman de la Vieille Ville. Cette zone n’a pratiquement pas été fouillée depuis la création de l’État d’Israël (quartier sensible…) et pourtant, la pratique archéologique a beaucoup évolué depuis 70 ans… Le P. Dominique-Marie avait déjà fait une conférence passionnante il y a un an et demi.
L'arc de l'Ecce Homo
Jeudi, il s’est focalisé sur l’arc de l’Ecce Homo. Le consensus actuel y voit un arc triomphal construit par l’empereur Hadrien aux alentours de 135, lorsque ce dernier reconstruisit complètement la ville en lui donnant son nom Ælia Capitolina.
Il y a une quarantaine d’années, un article de la Revue Biblique remet en cause ce consensus. Le P. Dominique-Marie a repris à nouveau frais ce dossier en cherchant comment l’arc pouvait s’intégrer à l’urbanisme de ce quartier à l’époque où il fut construit. Bref, c’est très technique mais en gros, sur des critères stylistiques, l’arc pourrait ne pas dater de 135 ap. J.-C. mais de la fin du règne d’Hérode le Grand, soit 150 ans plus tôt !
Tout cela était passionnant jusqu’au moment où le vidéoprojecteur a rendu l’âme… Un peu dommage car les détails commençaient à devenir techniques…
Je ne m’en suis pas trop fait car je savais que le lendemain, conformément à mon habitude, j’irais célébrer la messe à l’Ecce Homo…
Bref, pour moi, qui ne suis pas archéologue, ça me semble tenir la route.
Après la conférence, je retrouve des amis qui habitent Bethléem et nous allons manger à la taverne arménienne. Le resto est situé au sous-sol dans une salle voûtée. Et nous avons bien ri. En nous rendant au restaurant nous avons assisté, Porte de Jaffa, à une scène improbable de “drague juive orthodoxe”. Le jeune homme était « tout habillé des sabbats » avec un splendide schtreimel à la fourrure bien lissée, les poils étaient tout dressés vers le haut ! Et la jeune femme, elle aussi, à la mise soignée, les cheveux pris dans un voile. On sentait qu’il tentait une approche en douceur mais ne savait pas comment s’y prendre. La jeune fille semblait hésiter sur l’attitude à adopter. La scène était drôle et touchante : drôle parce que la situation ne correspondait pas à ce qu’on imagine sur les juifs orthodoxes et touchante parce qu’il y avait beaucoup de délicatesse dans les gestes et les attitudes. Ça change des # à la mode…
Vendredi matin, bibliothèque… Je me suis plongé dans les béatitudes que l’on trouve dans le Talmud… Enfin, il faut déjà les trouver.
Le Talmud est sans doute le texte central du judaïsme rabbinique, presque même plus que la Bible hébraïque. Il s’agit d’une tentative de mise par écrit de la Tora (loi) orale (par opposition à la Tora écrite, que les chrétiens appellent souvent Pentateuque = Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome). Le Talmud interprète la Tora à travers des chaînes d’interprétation faites par des rabbins et compilées au fil du temps pour donner le texte actuel, fixé entre le ive et le viie siècle de notre ère. Le Talmud – dont le nom signifie “étude” – compte près de 6 000 pages, d’un mélange d’hébreu et d’araméen (évidemment sans voyelles !)… C’est un monde, un univers à l’organisation déroutante, d’une logique qui nous échappe, mais qui témoigne de ce que les sages juifs disaient (peut-être !) à l’époque de Jésus et qui parfois se rapproche de ce qu’il disait. Par exemple, un sage dit à un moment : « Heureux mes yeux car ils ont vu » et Jésus dit quelque chose de semblable en Lc 10,23 « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! » Pour compliquer le tout, la littérature en français est quasiment inexistante… Heureusement Google peut aider à y voir clair dans la traduction, mais pas toujours... Cet après-midi, une expression a été rendue par « dans le kangourou », je me suis dit que peut-être, je devais me méfier et ne pas prendre pour argent comptant tout ce qui sort de l’ordi… Enfin, j’ai passé la journée en compagnie de rabbi Aqiba, rabbi Yose, rabbi Yohanan, et les autres.
La basilique de l'Ecce Homo
À midi, donc, je suis allé à l’Ecce Homo. Je suis parti un peu en avance pour regarder les différents éléments que le P. Dominique-Marie avait mis en évidence la veille. Un bloc sculpté dans le vestibule de la basilique, une niche qui apparaît sous l’arc en lumière rasante, une niche derrière l’ascenseur, une corniche excentrée qui est en fait au centre…
Le soir, pizza chez AzZhara. Soirée sympa (encore une) avec les amis de Jérusalem. Le resto AzZahra est très fréquentée le vendredi soir, et surtout par les volontaires italiens de la Custodie. Évidemment, c’est censé être la meilleure pizza du Moyen-Orient.
À bientôt,     
Étienne+

dimanche 5 novembre 2017

Le Seigneur te garde au départ et au retour (Ps 112,8)

יהוה ישמר־צאתך ובואך
YHWH yishmor-tse’tekha ûbô’ekha (Ps 112,8)

 
Chers amis,
Eh oui, l’attrait de Jérusalem et la nécessité d’y étudier m’ont fait revenir… Ces cinq mois d’absence n’ont pas été ennuyeux, au contraire… Fin d’année au Studium, examens, solitude, célébrations de mariages, de baptêmes, obsèques familiales et paroissiales, kermesse paroissiale, joies et peines, pélé VTT, lancement de l’année paroissiale, du catéchisme, des cours au Studium, célébrations de la Toussaint. Et au milieu de cela, j’ai pu malgré tout prendre un peu de temps pour l’étude : lecture, recherche, rédaction…
Oui,
“le Seigneur m’a gardé au départ et au retour”… Me voici sain et sauf dans la Ville sainte.
Jeudi, j’ai célébré deux messes pour les défunts de la paroisse. Après celle de Venasque, je suis allé bénir les tombes au cimetière (les trois autres cimetières du secteur paroissial avaient été bénis la veille), cela m’a permis d’évoquer les chers disparus.
Dans l’après-midi, je suis passé à l’Atrium pour la messe mensuelle qui a permis de prier pour les défunts de la paroisse et ceux de la résidence. J’étais content de voir que plusieurs paroissiens étaient présents.
Après la messe, un paroissien m’a laissé à la gare de l’Isle-sur-la-Sorgue et me voilà parti pour Marseille. Ma grande sœur Guilhemette m’y a hébergé pour la nuit dans son nouvel appartement. Sympa et bien aménagé.
Le lendemain matin, retour à la gare Saint-Charles et navette jusqu’à l’aéroport. Formalités d’embarquement, sécurité, et l’avion décolle avec un quart d’heure de retard. Dans l’avion je parle avec mes deux voisines, deux vieilles dames qui font un voyage à Dubaï et Abu Dhabi. Elles me parlent aussi de leur vie paroissiale à la Ciotat. Pour le déjeuner, comme nous sommes placés en plein centre de l’avion, nous n’avons le choix qu’entre pasta et pasta… Bon bien alors, pasta… Pas de chicken. Même pour le vin rouge, on ne me demande pas si je veux du vin rouge français ou du turc… Donc du turc.
Nous arrivons à l’heure à Istanbul, débarquement assez rapide et me voilà la recherche de la porte 208. Quelques formalités de sécurité, les agents tiquent sur mon vieux visa d’il y a deux ans. Comme ce sont des turcs, il me faut leur expliquer que je peux rentrer en Israël sans visa préalable et y rester trois mois. Ils s’assurent tout de même de mon billet retour. La porte 208, à cause des exigences de sécurité liés au vol vers Israël, est située dans un coin perdu du terminal aéroportuaire, sans aucune commodité : pas de toilette, pas de distributeur de café, et même pas de WiFi !
Nous embarquons dans un gros Boeing 777 qui se trouve être au quart vide. Je sympathise avec ma voisine, une allemande qui bosse à Ramallah, au bureau de représentation allemand. Puis, je regarde un film, The Circle, sur une jeune femme (l’Hermione de Harry Potter) qui est embauché pour travailler dans une société qui est une sorte de mixe entre Google, Facebook, Amazon… La société est dirigée par Tom Hanks, qui joue au clône de Steve Jobs (jean et tee-shirt, barbe de trois jours grisonnante, mug de café américain pendant qu’il fait son one-man-show devant les employés de The Circle). Malgré la distribution prestigieuse, le film aurait pu être un peu plus nerveux… Enfin, il était assez court pour être vu dans les 105 minutes du trajet.
À l’aéroport, les formalités d’entrée sont relativement rapides, j’attends mon bagage un petit moment (mais c’eût été plus facile de le chercher sur le tapis roulant n° 3 que sur le 4…)
Et me voilà sorti, à retrouver mes deux amies, Michelle et Marie des Neiges qui me font la gentillesse de venir me chercher. Trois quarts d’heure plus tard, nous voici à Jérusalem. Michelle a préparé un bon repas indien, cambodgien et quand même un peu d’ici…
Que c’est bon de retrouver les amis, de discuter, de refaire le monde, de ne pas être toujours d’accord mais de s’écouter… Du coup, je ne suis arrivé chez les Frères que sur le coup d’1h30 du matin. Heureusement, le Fr Daoud avait laissé mon trousseau de clés à la réception de Notre-Dame. Le frère Luis était debout pour saluer deux jeunes colombiens, neveux du frère Miguel (présent à Jérusalem il y a deux ans) qui étaient sur le départ.
Je suis allé ranger mes affaires et me coucher… Réveil à 10 h 30 ! Quelle honte ! Je devais être bien crevé car faire ainsi la grasse matinée ne me ressemble pas.
Du coup, je ne suis pas passé à l’EBAF comme je voulais le faire. À midi, je fais la connaissance du frère Henri, un nazaréen qui a passé de nombreuses années en Turquie. Il est assez malade et âgé. L’après-midi, sieste, promenade (passage par les lieux importants, quelle foule !) et messe.
Je suis allé me coucher bien vite.
Ce matin, lever tôt… Mais ici le soleil se lève et se couche une heure plus tôt qu’en France. Il est 16h52 et le soleil est déjà couché.
Après la prière du matin, nous avions rendez-vous avec les deux frères de la communauté de Jaffa pour nous rendre ensuite à Bethléem. Le dimanche qui suit la Toussaint, les frères des environs se retrouvent à Bethléem où se trouve le caveau communautaire. Près d’une centaine de frères y reposent depuis la fondation du district d’Orient dans les années 1870. Avant la messe dans la chapelle de l’Université, je fais la connaissance du P. Peter deBrul, un jésuite américain enseignant à l’Université et aumônier de la communauté de Bethléem. Il connaît bien l’Apocalypse. Je trouve qu’il ressemble à un prêtre de NDV du diocèse de Nîmes. C’est lui qui doit présider la messe.
Prière pour les défunts en 2015
Nous commençons par la prière à la crypte où reposent les frères défunts. En 2007, j’ai connu l’avant-dernier à avoir été inhumé à cet endroit. Il s’agit de frère Eugène, un slovaque, qui est mort en 2008. Les noms de tous les frères sont prononcés : certains ont des noms assez originaux : Évagre, Polamien, Avertin, Irlide, Agolin, Plutarque, Philigone, Illuminat, Pambon… Il y a même un Sagittaire ! Ça c'était au début, ensuite, les prénoms sont plus communs, car les frères ont tendance désormais à conserver leur prénom de baptême comme nom de religion.

Retour à la chapelle où la messe commence. La messe est un peu polyglotte avec surtout de l’anglais, un peu de français et le Notre Père en arabe. Je proclame l’évangile en anglais. Au moment de la préface, le P. Peter me fait signe de continuer la prière eucharistique. Il a fait un petit malaise (hypoglycémie ? ou autre ?) et j’ai dû continuer la messe…
À la fin, il allait mieux mais était un peu “dévarié”. L’apéritif et le déjeuner ont suivi la messe. Les frères sont touchants de simplicité dans leurs rapports : nous étions presque vingt, représentant sept ou huit nationalités et les contacts sont directs et pleins de charité fraternelle.



Après les fruits, le dessert et le café ont été servis au salon. Le cuisinier avait préparé un gâteau original sur le thème d’Halloween… Puisque la plupart des frères de l’Université sont australiens ou néo-zélandais, cela correspond un peu à leur culture anglo-saxonne.
Puis retour à Jérusalem, passage sans problème du check-point et finalement, je fais une bonne sieste et rédige ce message.
Demain, les choses sérieuses commencent.
À bientôt,     
Étienne+