samedi 31 mars 2007

Nazareth et le patriarcat grec orthodoxe







Chers tous,
Dimanche, nous sommes donc allés à Nazareth. Au début, c'était un projet pour cinq ou six étudiants. Finalement, nous avons loué un bus... Deux bonnes heures de bus en passant par Jéricho et la vallée du Jourdain. C'est fascinant de voir le désert grassement vert, avec des fleurs partout.
Avant d'arriver à Nazareth, nous voulions passer à l'oratoire du Précipice, construit par les Croisés pour rappeler le lieu où Jésus a failli être précipité après avoir parlé dans la synagogue de Nazareth (Lc 4, 4ss). En suivant les panneaux, nous ne sommes pas arrivés à où nous voulions mais sur un promontoire qui domine la plaine de Yitsréel, vers le Mont Thabor. La vue était splendide.
Ensuite, à Nazareth, nous avons couru à la Basilique et comme il n'y avait pas de messe à la grotte de l'Annonciation, nous avons pu prier avec les nombreux pèlerins qui étaient présents pour la journée du 25 mars. Dans les rues, on a vu tout Jérusalem : les Franciscaines Missionnaires de Marie, la communauté de l'Emmanuel... Notre groupe s'est retrouvé pour la messe à la chapelle du Bienheureux Charles de Foucauld, tenue par les Petits Frères de Jésus. C'est là qu'il y a la relique vénérée par le Pape au jour de la béatification. La chapelle est celle où frère Charles priait dans le couvent des sœurs clarisses.
Nous avons célébré la messe de l'Annonciation, c'était très émouvant et simple.
Pique-nique fraternel dans le jardin où se trouvait à l'époque la cabane où frère Charles logeait.
Nous avons voulu ensuite aller à l'église orthodoxe bâtie au dessus de l'unique source d'eau du village. Donc le seul endroit où Marie pouvait aller puiser. Évidement, les orthodoxes situent à cet endroit l'Annonciation, à un moment où Marie allait puiser. Malheureusement, l'église est fermée le dimanche (?). Nous sommes aussi passé à l'église paroissiale dédiée à saint Joseph. Au sous-sol, une grotte considérée par la tradition comme l'atelier de saint Joseph.
Près de la Basilique, nous avons vu le lieu où les musulmans voulaient construire une mosquée. C'est vraiment tout contre. Là où on voit la mauvaise foi, c'est que le lieu est petit et de forme triangulaire, pas du tout adapté pour une mosquée.
Nous avions encore une heure à perdre avant de reprendre le bus, j'ai donc prié dans la basilique mais il n'était pas possible d'accéder à la grotte à cause d'une messe qui y était célébrée. Je priais et à côté de moi, est arrivé un évêque. Sa tête me disait quelque chose mais je ne me rappelais pas où j'avais bien pu le voir... Ça m'a donné des distractions puis je me suis souvenu ! Bon sang, mais c'est bien sûr ! Le patriarche Michel Sabbah! Il venait poser la première pierre du Centre international Marie de Nazareth, dont s'occupe la Communauté du Chemin Neuf.
En plus le temps était de la partie !
Lundi, j'ai beaucoup chanté. Une répétition pour les offices des ténèbres de la semaine sainte. Je fais partie d'une petite schola avec quelques uns des dominicains. Le soir, répétition de chants charismatiques pour la procession des Rameaux. Mardi soir, ce fut la chorale des jours saints. Et jeudi, encore la schola...
Mardi, c'était le 27 mars, quarantième anniversaire du Dies Natalis du Père Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus. J'avais réussi à réserver une messe à célébrer à la Tombe. Sympa ! Regardez le lien Internet dans la colonne de droite...
L'après-midi, nous sommes allés visiter le patriarcat grec orthodoxe, guidés par Mgr Aristarchos. Il s'agit du secrétaire du Patriarche. Il vient souvent travailler à la bibliothèque où il trouve le calme et la concentration nécessaire. Au patriarcat, il est sans cesse dérangé. Le patriarcat se situe dans la vieille ville, tout contre la basilique du Saint-Sépulcre. C'est un monastère et une véritable ville dans la ville. Des rues, des porches, des escaliers. Nous avons vu un peu de la bibliothèque, mais la partie intéressante qui contient les manuscrits anciens (un palimpseste du 6° siècle) est en travaux, donc nous n'avons vu que les plastiques qui couvrent les armoires qui contiennent les manuscrits.
Ensuite, la partie intéressante, c'était la terrasse. On passe au dessus de la rue du souk, elle s'appelle rue du quartier chrétien mais il y a une seule boutique chrétienne... La terrasse domine toute la zone du Saint-pulcre. On se trouve tout contre le clocher. Sur la photo, vous voyez ce dernier, avec les échafaudages ; le bâtiment blanc est la chapelle du monastère ; la grande coupole correspond à l'Anastasis et la petite au chœur des Grecs.
Là, Mgr Aristarchos nous a montré la chapelle des moines. Elle est tout contre la coupole de l'Anastasis, d'ailleurs, le plan est tout de guingois avec un mur rond. Dans un coin, une petit lucarne permet de regarder à l'intérieur de l'Anastasis. Puis sur le toit de la chapelle, nous avons pu pénétrer sur une sorte de balcon dans la Coupole. A ce moment-là, c'était la procession des franciscains dans l'après-midi. On a continué notre tour sur les toits de la Basilique, autour des deux coupoles, au-dessus du Golgotha. La vue sur les toits de la Vielle Ville était splendide.
La rencontre s'est achevé avec un "tire-café" et le café. Mgr Aristarchos nous a servi lui-même. Comme rencontre œcuménique, c'était vraiment sympa : souvent les orthodoxes nous semblent froids et bornés et nous considèrent d'une manière hautaine comme les derniers des hérétiques. Là, c'est un homme avec lequel on a plaisir à parler. La salle était décorée avec les portraits des patriarches et des moines qui ont marqué le lieu ; un peu comme à la Fac de Médecine à Montpellier...
Mercredi, jeudi et vendredi, j'ai bossé. Hier soir, j'ai donné un coup de main pour la confection des livrets de chants pour la semaine sainte. Ensuite, j'ai regardé un film avec quelques uns. C'était un docu-fiction sur le 11 septembre et l'avion qui s'est écrasé en Pennsylvanie. Pas franchement hilarant, mais prenant.
Ce matin, je suis allé célébrer la messe au Dominus Flevit avec deux étudiantes. Ensuite, guidé par l'Esprit-Saint, nous sommes allés au Cénacle puisque Jacinta, la sœur dominicaine indienne (c'est elle que Mgr Aristarchos sert sur la photo) n'y était jamais allée. Puis de là, la Dormition n'était plus très loin. Mais l'église était fermée puisqu'il y avait un concert. Nous avons donc fait nos dévotions à la cafeteria. Ensuite, en passant, nous avons vu que la porte de l'église Saint-Jean-Baptiste était ouverte. Nous en avons profité. C'est la plus ancienne église de la ville. Elle date de l'époque byzantine. L'intérieur est splendide. Elle est située juste à côté du Saint-Sépulcre, et trouver l'entrée relève de l'exploit surtout qu'ils ont repeint la porte qui a donc changé de couleur...
Voilà, une semaine assez calme mais la semaine prochaine va être bien chargée. Allez donc faire un tour sur le blog des étudiants. Vous verrez des photos sympa de notre sortie à Beer Shéva, il y a un mois ainsi que de l'Irish Coffee qui nous fut servi en l'honneur de saint Patrick, le jour de la saint Joseph !
A bientôt, je vous embrasse,
Étienne+

samedi 24 mars 2007

Calme

Chers tous,
Dimanche dernier, comme vous pouvez le deviner j'ai bien dormi.
Lundi, journée sans vagues : araméen, lettre aux hébreux... Mardi, nous n'avons pas eu comme prévu notre excursion. Une fois par mois, cela n'a pas lieu.
Le soir, je suis allé manger avec le Père Puech au César Hôtel, j'ai rencontré un groupe d'étudiants en assyriologie d'Aix en Provence. Ils faisaient un périple entre la Jordanie, Israël et l’Égypte autour de la thématique de l'alphabet. Le Père Puech est venu leur parler de son boulot, des manuscrits de la Mer Morte. Moi, en fait, j'ai mangé avec eux afin de faire leur connaissance puisqu'on m'avait demandé de leur célébrer la messe le lendemain matin au Saint-sépulcre. Le prof est catho et a donc proposé à son groupe de participer à la messe tôt le matin.
Mercredi, je leur ai donc célébré la messe au Calvaire ; ça répondait assez bien même si certains n'étaient pas cathos mais par curiosité ils sont venus. Puis on a fait un petit tour dans le Saint-Sépulcre. C'était drôle de faire ça avec des étudiants de l'Université française laïque et républicaine. Le matin, j'ai traduit de l'araméen. En fin d'après-midi, il y avait une activité du CCF, le Centre Culturel Français de Jérusalem-Est (Palestinien ; il y en a un à deux pas de la Mairie pour Jérusalem-Ouest, plus Juif). A l'occasion du Printemps de Poètes, il y avait une soirée de poèmes arabes. Évidemment, je ne maîtrise pas toutes les nuances de cette langue ; mais ça chante. Quelques-uns des poèmes étaient lus en français, il y en avait un sur l'envie de pisser de la mariée : vous n'auriez jamais pensé qu'on pût écrire un poème sur ce sujet mais Najwan Darwish l'a fait ! Un groupe a interprété quelques chants traditionnels : une chanteuse (jolie comme un cœur) accompagnée par un oud (une sorte de luth) et des percussions; le percussionniste était épatant : il tirait une variété de sons d'un simple djembé ou d'un tambourin, fascinant. La jeune fille possédait une voix fantastique, tout dans le diaphragme.
Le soir, nous avons regardé la dernière partie de Lawrence d'Arabie.
Jeudi et vendredi, toujours plongé dans l'araméen et dans la lettre aux hébreux. En parlant entre la poire et le fromage (au petit déjeuner), j'ai peut-être une piste pour le mémoire. Il faut que je creuse.
Demain, nous allons à Nazareth tout un groupe de l’École. Ce sera sympa.
Ciao,désolé, cette fois-ci, il n'y a pas de photo mais on n'est pas sorti du tout...
Étienne+

dimanche 18 mars 2007

Saint-Sépulcre Qumrân et encore Saint-Sépulcre

Chers tous,
Comment allez-vous ? Autant la semaine a été calme mais la fin de semaine crevante... Mardi, comme prévu, nous avons eu la conférence sur le Saint-Sépulcre. Le Père Jerry Murphy O'Connor, op, nous a parlé pendant une heure à l'aide de diapositives. C'était passionnant. Il a évoqué l'histoire du lieu. D'abord, il y a là une carrière de pierre dont l'exploitation a débuté au 8° siècle avant J.-C. Dans cette carrière, on laisse un petit monticule rocheux inutilisable pour la pierre de taille. Au premier siècle avant J.-C., on utilise donc la falaise artificielle créée par la carrière pour creuser des tombeaux. Le reste de la carrière est un dépotoir. Le monticule sert ensuite de lieu d'exécution. En 135, Jérusalem est rasée à l'issue de la deuxième révolte juive et l'empereur Hadrien bâtit Aelia Capitolina. Sur le site, on trouve le temple dédié à la triade capitoline (Jupiter, Junon, Minerve). Le temple est finalement rasé dans les années 320 pour laisser la place au Saint-Sépulcre, c'est une grande basilique byzantine prolongé par une cour qui contient le monticule du Golgotha et par une immense coupole, l'Anastasis (Résurrection en grec). L'Anastasis est bâtie autour de la tombe ; pour l'y insérer, Constantin a fait découper la roche de la falaise : on a retrouvé à Narbonne un modèle réduit de l'édicule renfermant la Tombe de Jésus. Sur la photo, vous voyez la reconstitution de la basilique vue au début de mon séjour ici, on voit bien la structure du bâtiment : de gauche à droite, le Cardo, l'Atrium, la Basilique, la Cour et l'Anastasis. Malgré les invasions perses puis musulmanes, le bâtiment demeure sensiblement le même jusqu'en 1009. A cette date, le calife Hakim, fou, détruit le complexe. Immédiatement, on reconstruit mais à l'économie en délaissant le basilique pour privilégier l'essentiel : le Golgotha et le Sépulcre. C'est ce bâtiment que les Croisés trouvent en 1099, lorsqu'ils s'emparent de la ville. Ils édifient alors l'actuelle basilique. Celle-ci va passer successivement aux mains des franciscains, des grecs orthodoxes, des arméniens, qui y font divers aménagements, sans compter les tremblements de terre et les incendies. A l'heure actuelle, la basilique est partagée entre ces trois confessions, plus quelques endroits attribués à d'autres confessions (coptes, syriens et éthiopiens). La situation est assez tendue, les grecs ont tendance à considérer que la basilique est à eux et que certaines parties sont occupées par les Arméniens et les Latins. Leur but est donc de récupérer tout le bâtiment. En fait, l'organisation et l'utilisation des lieux est régie par le statu quo mais aussi par un droit coutumier assez subtil. Le statu quo prévoit qui régit les lieux, qui occupe les lieux en fonction de l'heure. Comme cet accord a été signé au 19° siècle, il n'est pas soumis au changement d'horaire, ni même aux aménagements liturgiques de Vatican II (la vigile pascale a toujours lieu le samedi saint au matin comme cela se faisait jusqu'en 1951). A l'entrée du Saint-Sépulcre, depuis le début du Carême et jusqu'à la Pentecôte, on voit une échelle. Cette échelle est censée permettre aux orthodoxes de remplir d'huile les lampes qui ornent le mur. Celà fait belle lurette que ces lampes sont électrifiées, mais l'échelle est toujours là (sa seule utilité est de gêner la circulation dans la basilique...) Pour éviter des occupations sauvages des divers lieux, il y a toujours un représentant de deux confessions qui assiste aux offices et célébrations de la troisième.
A la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, des études ont révélé le triste état du bâtiment. On a même proposé de le détruire et de bâtir à la place une triple basilique. Le projet a finalement été abandonné mais il a fallu du temps pour mettre tout le monde d'accord sur la restauration du lieu. Le gros est fait (en ce moment, c'est le clocher des croisés qui est couvert d'échafaudages). Le problème reste l'édicule qui renferme la Tombe... On voit qu'il est prêt à s'écrouler, des poutres métalliques le maintiennent (alors qu'il n'a pas 200 ans). Cet édicule remplace celui du 16° siècle qui a remplacé celui des croisés qui a remplacé celui de Constantin. On ne sait pas trop ce qu'il reste de la Tombe elle-même, des archéologues anglais ont fait des sondages avec une caméra endoscopiques en passant dans les fentes du mur...
Mercredi matin, travaux pratiques... J'ai célébré la messe au Saint-Sépulcre, Terence et Agnès (volontaire de la bibliothèque). C'est très émouvant de prier maintenant dans ce lieu. Le soir, un des pères dominicains a projeté Lawrence d'Arabie (la première partie seulement). Quel plaisir de revoir ce grand classique !
Jeudi matin, Terence m'avait proposé de concélébrer avec lui au Calvaire. Ce matin-là, j'ai mis la dernière main à mon devoir écrit sur la confession de Pierre et le Père Aletti m'a dit : "C'est bon ! On dépose !" Ouf, pas fâché d'en avoir fini... Maintenant, je peux me pencher plus précisément sur l'épître aux Hébreux, sur laquelle je voudrais travailler pour mon mémoire de licence.
Vendredi, pendant le petit-déjeuner, petite surprise : il a neigé. Jusqu'à 11 heures, de bons gros flocons. Ensuite, la pluie a succédé. Jacinta, une religieuse indienne, était toute heureuse de découvrir la neige ! Le soir, le Père Puech a présenté une introduction à l'excursion du lendemain à Qumrân et Muraba'at.
Samedi, messe à 6h00, avec Benoît, Nathanaël et Terence. Terence a présidé en l'honneur de saint Patrick.
Départ ensuite vers Qumrân. A Jérusalem, il pleuvait et cela a duré jusqu'à Qumrân, sur les rives de la Mer Morte, où il ne pleut que un ou deux jours par an. Qumrân est donc le lieu où ont été découvert en 1947 les fameux manuscrits de la Mer Morte. Au début, ce sont des bédouins qui ont trouvé dans des anfractuosités des jarres avec des rouleaux de cuir. Ils ont essayé de les vendre à un cordonnier ! qui a vite vu qu'il n'en tirerait rien pour son commerce de chaussures mais que cela avait certainement de la valeur sur un plan archéologique. Des archéologues de l’École Biblique ont fait des fouilles. L'hypothèse majoritaire est que les ruines retrouvées sont celles d'un "monastère" d'esséniens, un courant juif "alternatif". Je dis hypothèse parce que de plus en plus, certains spécialistes y apportent des nuances. Nous avons donc visité le site, sous la pluie, avec le Père Puech tenant de l'hypothèse traditionnelle. Il est chercheur au CNRS et sans doute un des meilleurs spécialistes mondiaux dans le domaine.
Près du site, nous avons vu l'entrée des grottes à manuscrits creusées dans la roche alluviale sur laquelle est construit le monastère. Puis au dessus, nous avons suivi l'aqueduc qui amène l'eau depuis le Wadi Qumrân. Il nous a fallu nous accrocher au rocher puis ramper dans le tunnel creusé par les esséniens pour accéder au barrage qui retenait l'eau. En pull rouge, c'est le Père Puech, et sortant du tunnel, c'est Benoît. Près de là, nous avons vu une femmelle ibex morte. C'est une sorte de petit bouquetin des régions désertiques. Habituellement, cela grimpe presque partout mais elle a dû trébucher et tomber. Alors que le soleil avait fini par se lever, nous avons continué à marcher sur deux kilomètres vers le nord. Le Père Puech nous a montré les grottes à manuscrits 1 et 11 (elles sont numérotées selon leur ordre de découverte : vous avez là la grotte 1). C'est assez impressionnant même si ces cavités ne sont pas immenses.
Après le repas, pris à Qumrân, nous avons fait route vers le Wadi Muraba'at, c'est un canyon vertigineux dans lequel on a retrouvé des manuscrits au cours des campagnes de fouilles qui ont suivi la découverte de Qumrân. Ces manuscrits ne sont pas directement liés aux esséniens mais à la deuxième révolte juive de 132-135. Le meneur de la révolte est un certain Simon Bar Kokhba (Simon fils de l'étoile) que certains à l'époque ont considéré comme le messie. Jusqu'à la découverte des lettres de Muraba'at, des historiens pensaient que c'était pure légende mais on a retrouvé des lettres signés de sa main. La révolte a été matée dans le sang. Pour accéder aux grottes, il a fallu descendre dans la gorge, c'est vertigineux et d'une rare beauté. Là, les deux grottes sont assez profondes (près de 80 mètres). La difficulté, c'est que le moindre pas soulève une poussière qui rend vite l'atmosphère irrespirable.
Ensuite, retour à la maison assez tôt.
Le soir, avec quelques-uns, nous sommes allés aux vigiles au Saint-Sépulcre. Ce sont les franciscains qui animent. Pour acclamer l'évangile, il y a une belle procession aux flambeaux autour de la Tombe. C'est très émouvant. Ensuite, avec certains, nous avons passé la nuit. Après les vigiles latines, liturgie grecque. A partir de 3h30 du matin, la basilique est calme. Il n'y a presque personne, seulement quelques franciscains. J'ai pu rester prier dans la Tombe pendant une bonne demi-heure sans être dérangé. C'était très émouvant. C'est aussi le moment de voir des scènes improbables : le prêtre orthodoxe qui fait les vitres du Golgotha, un chat qui passe au milieu des moines en prière... A 5h, tout se met en branle : Arméniens, Coptes, Grecs... Pour les Arméniens, le quatrième dimanche de carême est très solennel, j'ignore pourquoi. Il y avait donc plein de prêtres, tous les séminaristes en soutane bicolore bleue. Vers 7h30, ils faisaient les zouaves dans les galeries supérieures.
A 8h30, j'ai concélébré la messe latine. C'est assez spécial. Les prêtres sont rassemblés dans la chapelle du Saint Sacrement et comme nous sommes le quatrième dimanche de Carême dit Laetare, nous sommes tous vêtus de rose. Le patriarche latin arrive solennellement accompagné par les kawas, coiffés d'un tarbouche et un bâton ferré à la main. Il s'assied sur le siège de présidence et là, il est habillé. En fait, il préside la cérémonie sans célébrer la messe. La messe est en latin et arabe ; les chants sont surtout en grégorien. J'ai eu de la chance, je me suis trouvé avec la madame Michu locale : vous la connaissez tous, la mémé qui chante faux mais de tout son coeur. Saoulante... L'office des Laudes est intrégré à (ou désintégré dans) la messe. L'autel se trouve entre la coupole et la chapelle du Saint Sacrement. Toute la foule est coincée dans un espace très réduit. L'homélie est faite par un diacre qui vient recevoir l'étole des mains du patriarche.
Tout irait bien, si nous étions seuls. Or, les Arméniens ont leur office en même temps et ils chantent de toute leur voix (à côté, les franciscains chantent un grégorien plutôt laborieux heureusement soutenu par un orgue à toute pompe). Derrière, les Coptes (j'ai un peu de mal avec leur chant : les oreilles occidentales ne sont pas faites pour). En revanche, le chant arménien est splendide : un des chantres avait une voix exceptionnelle, j'avoue avoir eu des distractions pendant l'homélie (en arabe tout de même).
Après la messe, je suis vite retourné à l'Ecole et un bon dodo...
Sinon, je suis en train de lire en ce moment, un bouquin très drôle. Il s'agit de Papa est au Panthéon d'Alix de Saint-André. C'est l'histoire de Berger, un clône à peine déguisé d'André Malraux, que l'on veut faire entrer au Panthéon. Or, le Berger en question est mort dans une explosion au Guatémala, il y a plus de quarante ans et ses cendres ont été, selon son biographe, répandue dans le Gange. Jusqu'à ce que l'on se rende compte que... Je n'en dis pas plus mais c'est très amusant. Trouvez ci-joint un lien vers une citation du livre à propos du jargon technocratique.
Je vous embrasse.
Etienne+