mardi 13 mars 2018

Si quelqu’un ne me guide… (Ac 8,31)

ἐὰν μή τις ὁδηγήσει με
ean mè tis hodègèsei me

Chers amis,
Ce dernier message vous aura tenu en haleine un peu de temps… En effet, pendant le pèlerinage des chefs d’établissement, je n’ai pas vraiment eu la connexion Internet qui convenait et surtout pas le temps… Pendant ces huit jours de pélé, j’ai été sur le pont presque 24h/24 (en fait, non, j’ai dormi quand même)…
Le jeudi matin, j’ai achevé ma valise et je suis parti l’apporter à la Maison d’Abraham. J’ai pris le bus arabe à la gare routière de la Porte de Damas. C’est la moins fréquentée par les Occidentaux et cela se voit : aucune signalisation !
Déjeuner avec les Frères, sieste et départ sur les 15h30. Le sherout était à l’heure et m’a fait tournicoter dans des quartiers que je ne connaissais pas, près de la tour HolyLand.
J’arrive à l’heure à l’aéroport, mais l’avion des pèlerins a un peu de retard. Finalement, je retrouve le chauffeur de bus, un chrétien de Nazareth du nom de Shadi (super sympa !).
Nous montons dans le bus direction Arad, où nous arrivons avec un peu de retard sur l’horaire prévu. Dîner à l’hôtel, messe pour ceux qui veulent et dodo. Pendant la messe (j’ai célébré le matin pour les Frères), je machine la journée du lendemain avec le chauffeur.
L’hôtel est particulièrement miteux. Son seul avantage, sa situation hors de l’agglomération d’Arad (une des villes les plus moches d’Israël, sans aucun intérêt architectural ou esthétique). À deux pas de l’hôtel, nous accédons à Mitspe Mo’av, une mochissime statue moderne de laquelle on domine le désert qui s’est couvert d’un fin duvet vert. Nous y célébrons la messe. Puis nous partons.

Arrêt à Ein Gedi pour découvrir la beauté de l’oasis dans le désert. Puis à Qumrân pour les manuscrits de la Mer morte. Nous y déjeunons après l’enseignement donné par l’archevêque à partir de l’évangile selon saint Marc.
Nous passons au site baptismal. Nous arrivons quelques minutes avant la fermeture de l’accès. Nous sommes vendredi et les sites ferment une heure plus tôt que les autres jours et souvent l’accès au site est bloqué une heure avant la fermeture… Du coup, il faut arriver avant 14 h… Nous pouvons prier au bord du Jourdain et je fais un petit topo sur saint Jean-Baptiste (en fait, j’ai resservi celui préparé pour la halte spi du jeudi après les Cendres).
De là, nous redémarrons vers la Galilée… Nous arrivons assez tôt à Tibériade, et nous prenons nos quartiers à l’Oasis, la maison d’accueil tenue par un couple de la communauté de l’Emmanuel. Pierre-Yves et Marie-Claire sont très accueillants.
Ce soir-là, veillée pénitentielle. Belle et émouvante.
Le lendemain, journée autour du lac : enseignement de Mgr Cattenoz à la Primauté de Pierre, messe à Tabgha au bord du lac, puis nous montons au Mont des Béatitudes (complètement Disneylandisé !) d’où nous descendons à pied en déployant des ruses de Sioux pour éviter de payer l’inique droit d’entrée… Petit tour en bateau sur le lac (je n’aime vraiment pas les promène-couillons…) déjeuner. Dans l’après-midi, nous visitons Capharnaüm avant de monter à la Domus Galilaeae, centre du Chemin néo-catéchuménal en Terre Sainte. Là, nous visitons et le P. Francesco Voltaggio, recteur du séminaire, nous donne un très bel enseignement sur la pédagogie du Christ.
Retour à la maison. Soirée calme. Certains sont allés prendre un verre en ville mais je n’ai pas eu ce courage…
Dimanche, matinée à Nazareth, nous pouvons visiter l’église orthodoxe du puits de Marie (bel accueil de la communauté). Puis prière à la Basilique de l’Annonciation (ça fait toujours quelque chose aux mamans !) Messe dans une chapelle. L’archevêque qui a avalé un réveil doit ronger son frein puisque nous devons attendre 10 minutes que la messe précédente s’achève… C’était des + que tradis, qui avaient apporté tout le matériel (ornements, vases…). Les dames étaient en mantille… Ils ne perdraient rien pour attendre…
Enseignement de l’archevêque, déjeuner puis nous sommes repartis vers Tibériade. Nous n’avons pas pu faire la marche que nous espérions dans les falaises d’Arbel (toujours cette manie de fermer à 16 h…) Nous avons quand même profité de la vue et j’ai fait un petit topo. En repartant, Olivier, un des chefs d’établissement, a fait un cours d’histoire sur la bataille des Cornes de Hattin, au cours de laquelle les Sarrasins ont défait les Francs, signant ainsi la perte de Jérusalem (c’était le 4 juillet 1187).
Le soir, atelier de lectures évangéliques. J’étais dans le groupe sur la Samaritaine.
Lundi matin, départ tôt pour retourner en Galilée. Le bus s’arrête au-dessus du monastère Saint-Georges, là où j’avais topoté pour la halte spi. Mgr nous parle.
Nous arrivons à Bethléem. Nous n’avons pas le temps d’aller à la procession. Pour cela, nous commençons par “le principal”, le pieux shopping. Puis déjeuner à la Casa Nova des Franciscains, visite de la Basilique de la Nativité. Nous avons de la chance, il n’y a pas grand monde pour aller vénérer la grotte. Mais nous sommes particulièrement choqués par les gens qui se font prendre en photo devant l’étoile de la Nativité.
À 16 heures, nous célébrons la messe à la grotte de saint Jérôme. Je continue par un petit topo qui ouvre sur un temps de silence. Nous entrons finalement à Jérusalem et gagnons la maison d’Abraham qui sera notre QG hiérosolymitain. J’y retrouve les sœurs que je connais bien.
Mardi matin, le bus nous dépose à la Porte des Immondices, qui dessert l’esplanade du Mur occidental. Nous y passons un petit moment, avant de monter sur l’esplanade des Mosquées. L’ambiance est calme, le temps exceptionnellement clément (grand soleil et ciel bleu, température douce). Nous terminons la matinée par la visite du domaine national français de Sainte-Anne. En visitant l’église, j’ai eu du mal à réprimer un fou rire : un groupe d’Américains chantait un cantique à Marie (celui de Sister Act) avec beaucoup de chœur mais sans aucune justesse (c’en était même pénible à entendre). De retour à la Maison d’Abraham, Mgr enseigne.
L’après-midi, nous visitons Saint-Pierre en Gallicante et c’est là que nous nous “vengeons” de l’attente de dimanche… Le groupe qui nous avait fait attendre pour la messe est derrière nous pour descendre dans la fosse où l’on commémore la nuit de prison du Christ. J’ai un peu fait durer la prière du psaume 87 et le silence, je le confesse.
De là, visite du Cénacle et du tombeau de David, en dessous. Il y a toujours le même bonhomme qui vous accueille en vous demandant si nous sommes juifs, ou si nous avons de la famille ou des amis juifs. En fait, il est accueillant et chaleureux et c’est assez rare pour être noté. Suit la messe au couvent franciscain qui jouxte le lieu saint, pour commémorer la Cène du Seigneur. Après la messe, rapide coup d’œil à la Dormition avant de rentrer à la Maison où je donne mon enseignement.
Mercredi, le bus nous dépose au sommet du Mont des Oliviers. Nous visitons successivement le Carmel du Pater, Dominus Flevit et Gethsémani. Nous disposons de pas mal de temps, alors Mgr fait son enseignement dans le parc du Pater et moi dans le jardin Hyde (tenu par les Mormons). En fin de matinée, nous arrivons à l’Ecce Homo, que nous visitons. Au Lithostrotos, des évangéliques chinois célèbrent la Cène (avec de la matsa – pain azyme des Juifs – et du vin dans des petits gobelets en bois). Déjeuner à l’Ecce Homo. Puis nous faisons le chemin de Croix, nous utilisons le texte du bienheureux Marie-Eugène, paru dans Jésus, contemplation du mystère pascal.
Après le chemin de croix, j’introduis à la Basilique du Saint-Sépulcre qui est un lieu singulièrement déroutant. Puis nous faisons une bonne heure de queue pour pouvoir vénérer la tombe… Ouf, nous arrivons à passer avant la procession des Franciscains. Messe à l’autel de Sainte-Marie-Madeleine. Interdit de chanter mais nous pouvons crier (la voix de stentor de l’archevêque fait merveille !). Après la messe, un peu de temps pour des emplettes et nous regagnons le bus par la Porte de Damas.
Le soir, veillée partage-merci-cadeaux. Je reçois un joli encensoir (sans grelot toutefois).
Le lendemain matin, nous quittons Jérusalem pour Abu Gosh, où nous célébrons la messe. Après la messe, Mgr achève son enseignement et nous avons même le temps d’une brève rencontre avec Fr. Olivier. Puis il faut partir. Nous arrivons à l’heure prévue à l’aéroport. C’est le moment de se séparer : leur avion est à 14 h, le mien à 19 h seulement. Je trouve un siège à proximité d’une prise électrique et je travaille toute l’après-midi. Je change de terminal, enregistre mon bagage. J’ai un bref instant de fausse joie au moment des formalités de sécurité et finalement, un type m’attrape par la peau du cou et me fait passer par l’entrée VIP : scan complet du sac à dos, de l’ordi et autre matériel électronique, détection d’éventuels explosifs dans toutes les poches (27 !) de mon sac… Ils ont porté un intérêt tout particulier à la boîte en plastique qui me sert de sacristie portative… Regards interrogatifs…
J’arrive dans la zone duty free… Je suis finalement le premier à monter dans l’avion. Ma place est contre le hublot, j’ai prévu les bouchons d’oreille et je m’endors. Je n’ai même pas entendu le décollage. Je me suis réveillé pour acheter une bouteille d’eau gazeuse et admirer Athènes vue du ciel… L’atterrissage a été d’une douceur jamais vue. Mon taxi m’attendait et me dépose vers 1 h 10, chez ma sœur Clémence et son mari JB. Je m’endors vite. Le matin, j’avais à dessein pris un train pas trop tôt.
J’arrive à Saint-Didier vers 14 h 15, après près de 30 heures de voyage… Rangement, lessive, traitement des courriers… Après la semaine de pèlerinage qui était plus que printanière, je retrouve des températures hivernales… Encore quelques jours de frais… Les amandiers sont à peine en fleurs.
À bientôt,
Étienne+

mercredi 28 février 2018

Celui qui ouvre et nul ne fermera. (Ap 3,7)

ὁ ἀνοίγων καὶ οὐδεὶς κλείσει
ho anoigôn kai oudeis kleisei

Chers amis,
Peut-être avez-vous donc suivi les développements de la crise du Saint-Sépulcre. Mardi après-midi, le bureau du Premier Ministre a publié une déclaration informant de la suspension des procédures législatives en cours à la Knesseth, ainsi que du gel par la municipalité des comptes de certaines entités chrétiennes de Jérusalem. Le soir, les responsables des Églises du Saint-Sépulcre ont informé de la réouverture de la Basilique le lendemain matin (ce mercredi). Israël a essayé de passer en force, les Églises sont montées au créneau.
Un des ressorts secrets de cette affaire, c’est la tension entre le gouvernement israélien et la municipalité de Jérusalem. Ici, comme en France, les dotations de l’État baissent et les municipalités râlent. Jérusalem a tenté de forcer la main du Premier ministre en se servant des Églises comme levier. Le Premier ministre dont la situation judiciaire est un peu délicate en ce moment (le chef de la police, nommé pourtant par Netanyahu, a demandé sa mise en examen pour une affaire de corruption) a dû céder…
À propos de corruption, le monde politique israélien est assez corrompu. Quand je dis “assez”, il l’est certainement autant qu’en France mais au moins ici, quand ils se font prendre la main dans le sac, ils sont souvent condamnés et ils ne s’en tirent pas avec un petit sursis. Un ancien Premier ministre a même fait de la prison ferme pour une histoire de corruption dans une affaire immobilière. Ceci dit, une fois libéré, la vie continue, pas vraiment de retraite anticipée. L’autre jour, j’ai vu une affiche invitant à une conférence qu’il allait donner sur le leadership et la gouvernance. Bon… Pourquoi pas.
 
Dans l'alignement de la coupole dorée et de la petite coupole du Saint-Sépulcre, ma fenêtre

Pour ma part, j’ai vécu cette crise à distance, depuis la bibliothèque de l’École. Si vous voulez savoir ce qui s’est passé à l’intérieur, cliquez sur ce lien. Il y a le témoignage des Franciscains qui étaient enfermés à l’intérieur. Ils ont, au côté des Grecs orthodoxes et des Arméniens vécu la liturgie (messes, offices, processions…) tout simplement. Finalement, ils ont vécu ce que vivaient les Franciscains jusqu’au milieu du xixe siècle : une réclusion plus ou moins volontaire, pour un temps indéterminé. Enfin, le positif de cette affaire, c’est que les Églises ont travaillé main dans la main. Lundi et mardi même l’église du Rédempteur, l’église luthérienne voisine du Saint-Sépulcre, avait fermé ses portes par solidarité. Il faut dire que toutes les communautés chrétiennes sont dans le collimateur. On peut regretter que l’unité se soit faite autour d’une question d’argent mais il faut bien commencer par un bout. Ceci dit, les procédures sont suspendues mais Israël ne renonce pas à faire cracher les Églises au bassinet. Il faudra négocier…
J'ai aussi eu la tristesse d'apprendre le décès de Laurie, animatrice d'aumônerie du diocèse d'Avignon. Une fille super qui avait participé au pélé de la Pastorale des Jeunes en janvier 2015 : elle en était revenue transfigurée de joie. Je lui ai aussi donné quelques cours au Studium aux alentours de 2011-2012.L'autre jour, je pensais à elle en regardant les photos du pélé, sans savoir qu'elle livrait son dernier combat... Une nouvelle amie au ciel.
A la bibliothèque, j’ai travaillé simplement, sans stress. J'ai pris le temps aussi de bouquiner sur ma liseuse une thèse d'histoire sur l'eau à Jérusalem, de 1840 à 1940. Pendant ces 100 ans, Jérusalem est passée d'un peu plus de 10 000 à 150 000 habitants. Politiquement, c'est la fin de l'empire ottoman et le mandat britannique, avec la poussée du mouvement sioniste pour la fondation d'un état hébreu en Palestine. L'alimentation en eau de la ville est un enjeu fondamental pour cette ville située au sommet de la dorsale palestinienne, à 800 m d'altitude, avec un climat relativement aride (640 mm d'eau par an mais 6 mois de saison sèche). L'histoire des systèmes d'adduction d'eau permet aussi de voir comment on passe d'une administration impériale dans laquelle les puissances européennes tentent d'asseoir leur influence à travers la diplomatie et la philanthropie, à une administration municipale dans laquelle les "citadins" de Jérusalem prennent leur destin en main indépendamment des appartenances communautaires et religieuses, avant que la situation n'empire pendant le mandat britannique, qui est géré non pas comme un vrai mandat mais avec un état d'esprit colonial. Dit comme ça, vous vous demandez peut-être "mais en quoi est-ce intéressant ?" Vous pouvez lire ce livre sur internet, laissez-vous passionner. L'auteur est un historien qui enseigne à Paris - Marne-la-Vallée. Il connaît Jérusalem comme sa poche. Il a écrit un livre sur Jérusalem en 1900, une histoire de Jérusalem et il pilote un projet ayant pour ambition d’identifier, de localiser et d’organiser, l’ensemble des archives disponibles, dans toutes les langues, sur l’histoire de Jérusalem : Open Jerusalem. En effet, cette ville intéresse beaucoup de pays et il y a des archives sur l'histoire de Jérusalem au xixe et xxe siècles, à Jérusalem bien sûr, mais aussi à Istanbul, au Caire, en Angleterre, en Allemagne, en France, en Éthiopie, dans les institutions religieuses, les ambassades... C'est énorme mais c'est une mine d'informations pour permettre une histoire désidéologisée de la ville.
J'ai consacré un peu de temps à mettre la dernière main à notre pélé des chefs d’établissements catholiques du diocèse d’Avignon. Nous serons accompagnés de l’archevêque, Mgr Cattenoz, du Délégué diocésain à l’enseignement catholique, M. Aillet, du prêtre référent de l’Enseignement Catholique d’Avignon, le P. Cesareo et d’un bon groupe de dirlos. Nous serons 30 en tout.
Vous comprendrez qu’il me sera difficile de rédiger un billet lors du pélé, où je serai sur le pont à chaque instant. Mais il vous sera possible de suivre la page Facebook du diocèse d
Avignon qui sera alimentée par quelqu’un du groupe. La page est publique et ne nécessite pas de se connecter à Facebook.
Ce soir en sortant de la bibliothèque, j’ai fait quelques emplettes… Notamment une carte topographique pour la balade de dimanche au mont Arbel.
Messe, repas, oraison…
À bientôt,
Étienne+

lundi 26 février 2018

S’il ferme, nul n’ouvrira. (Ap 3,7)

καὶ κλείων καὶ οὐδεὶς ἀνοίγει
kai kleiôn kai oudeis anoigei

Chers amis,
Vendredi matin, un peu d’étude et, comme à l’accoutumée, je me suis rendu à l’Ecce Homo. Beaucoup de monde ce jour-là pour aller à la salat-ul-joumou’a ; je passe donc par la petite rue cachée qui est bien moins encombrée.
Jolie messe, simple… Ce lieu est assurément beau et priant. Même si l’événement évangélique dont on y fait mémoire ne s’est pas passé là, il y a une vraie force. L’après-midi, je retourne travailler.
Samedi matin, étude. Je suis parti un peu plus tôt que la fermeture pour aller à la maison d’Abraham. En effet, les sœurs dominicaines de la Présentation m’avaient invité à célébrer la messe à l’intention de mon grand-oncle, Hubert de Veye qui travailla pendant 30 ans à la maison d’Abraham et dont il fut même le directeur.

À la messe dans la petite chapelle, il y avait les trois sœurs colombiennes et une petite dizaine de volontaires de la maison. Ce fut simple mais j’ai cherché à montrer comment l’invitation à aimer son prochain était un itinéraire de Carême qui nous menait à la communion avec Jésus. Ce fut l’occasion aussi de mettre en valeur un trait de la vie de mon grand-oncle, résumée par ce qu’il écrivait il y a quelques années : « Ma vie est un itinéraire en dents de scie, mais elle peut être considérée comme féconde, si on ne perd pas de vue le but : la Rencontre avec le Seigneur Ressuscité ». Puis nous avons mangé ensemble, ce qui fut aussi l’occasion d’évoquer la figure de l’Oncle Hubert. L’aumônier de la maison nous a annoncé que les États-Unis venaient de déclarer que leur ambassade serait inaugurée le 14 mai prochain, jour des 70 ans de la fondation de l’État d’Israël… Un peu surpris par la rapidité de la décision. En décembre dernier, les échéances annoncées étaient plus lointaines. Trump affirme qu’en prenant cette décision il extrait Jérusalem de l’équation du conflit israélo-palestinien et permet d’avancer vers sa résolution : « Nous faisons en fait de gros progrès. Jérusalem, c'était ce qu'il fallait faire. On a réglé la question ». Honnêtement, sans être un grand diplomate, je ne suis pas aussi optimiste que Donald… Il est vrai que les accords d’Oslo en 1993 ne traitaient pas de la question de Jérusalem alors que c’est le point fondamental. Une fois qu’un accord sera acquis sur Jérusalem, dans quelque sens que ce soit, on pourra régler la question. Par sa déclaration unilatérale et externe, Trump court-circuite une partie du problème et la considère comme résolue. Ça ne marche pas en maths. Et la diplomatie est un art, pas une science exacte.
Par ailleurs, la date choisie pour l’inauguration est susceptible de froisser la susceptibilité palestinienne et, là non plus, je n’ai pas de diplôme en psychologie…
En partant de la maison d’Abraham, sœur Amanda m’a indiqué quelques albums photos et en fouillant bien, nous avons retrouvé une photo de l’Oncle Hubert. La voici avec deux des religieuses qui tenaient la maison à l’époque (début des années 1990).

 
Oncle Hubert à la Maison d'Abraham (début des années 90)

L’après-midi, je n’ai pas été me balader comme j’en ai l’habitude… En effet, j’avais plein de petits trucs à faire pour la paroisse et le Studium, ainsi que pour le pélé des directeurs d’établissements catholiques du Vaucluse. En travaillant dans ma chambre, j’ai entendu un grand cri provenant du salon et je me suis dit : « Il doit y avoir un match du Real de Madrid ». Le soir, après le dîner, je suis allé me balader. J’ai fait un grand tour, par la rue de Jaffa et Maḥane Yehuda. Ce qui m’a surpris, c’est qu’en Israël, le jour de repos c’est le samedi, le shabbat. Mais comme ce shabbat commence le vendredi au coucher du soleil, le vendredi soir n’est pas analogue à notre samedi soir où les gens profitent du repos dominical pour sortir au resto, en boîte, retrouver les amis au bar… Le vendredi soir, pour entrer en shabbat, les gens se retrouvent en famille. Cette soirée de détente entre amis se fait donc quand le shabbat est fini : le samedi soir !
Dimanche matin, messe à Abu Gosh. Il y avait un groupe d’Américains et le chœur était plein de prêtres (11 !). Après l’apéritif, retour à Jérusalem. Ce ne fut pas une mince affaire !
C’était les funérailles de Shmuel Auerbach, un rabbin ultra-orthodoxe, chef d’une faction qui s’oppose radicalement à la conscription des haredîm (juifs ultra-orthodoxes). Souvenez-vous d’un de mes billets de novembre dernier où j’évoquais une manifestation s’opposant à la suspension d’une loi d’exemption.
À cause de l’énorme affluence pour ces obsèques, nous avons dû contourner la ville et jouir des embouteillages pour regagner Talbiyeh où je devais déjeuner chez des amis. Encore un peu d’attente que tout le monde arrive et nous voilà attablés à presque 15 h ! ! ! J’étais affamé ! Nous avons dégusté un excellent poulet à l’arak et aux clémentines. C’était délicieux ! Je m’étais entraîné en décembre dernier et je vais en préparer un le mois prochain lorsque je recevrai les prêtres du doyenné. Mais là, il va falloir que je me surpasse.
Ce fut un bon repas entre amis avec quelques éclats de rire, échanges…
Quand je suis rentré au Collège, j’ai croisé le frère José, il m’a appris que les communautés chrétiennes du Saint-Sépulcre avaient annoncé en milieu de journée que la Basilique resterait fermée jusqu’à nouvel ordre pour protester contre un projet de loi actuellement en discussion à la Knesseth (parlement unicaméral israélien).
Depuis quelque temps la municipalité de Jérusalem entend prélever des taxes foncières sur les propriétés des communautés chrétiennes (couvents, hôtelleries, écoles…) exemptées de ces mêmes taxes du fait de l’exemption dont elles bénéficiaient à l’époque ottomane et qu’Israël a reconnu lors de sa fondation et lors de l’annexion de Jérusalem. La municipalité trouve que cette exemption est un manque à gagner qui l’empêche de financer son fonctionnement. Au début du Carême, les responsables des différentes confessions chrétiennes ont publié un communiqué pour protester. En réponse, le maire de Jérusalem a fait geler les comptes de certaines d’entre elles. Merci, monsieur le maire ! :-(
Ce week-end était discuté à la Knesseth un projet de loi « sur les propriétés des Églises » qui pourrait, s’il était adopté, permettre l’expropriation des biens des Églises. Pour protester contre ce qu’ils estiment être un projet raciste et discriminatoire (le projet vise précisément les communautés chrétiennes), les responsables du Saint-Sépulcre – le patriarche grec orthodoxe, le patriarche arménien et le custode de Terre Sainte – ont pris la décision inédite de fermer le Saint-Sépulcre. Hier, à midi, les pèlerins ont été conduits à l’extérieur de la Basilique et les portes ont été fermées. Une conférence de presse s’est tenue sur place. Aucune date n
a été annoncée pour une réouverture...
Toute l’après-midi, les pèlerins se sont “cassé les dents” sur les portes fermées. Parmi eux, Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon, en pèlerinage avec quelques membres de sa famille.
À 19 h, je l’ai retrouvé devant son hôtel à 5 minutes à pied de chez moi. Avec ses amis, nous sommes allés dîner dans un resto, près de la rue Hillel. Première surprise, due au caractère casher du restaurant, il n’y a pas de viande (בשרי) mais des laitages (
חלבי = crème, fromage, beurre…). Heureusement, nous nous rabattons sur le poisson (non considéré comme viande, on peut en manger au cours d’un repas où l’on mange des laitages). Pour comprendre pourquoi les juifs ne mélangent pas viande (בשרי) et laitage (חלבי) au cours d'un même repas : Ex 23,19; 34,26; Dt 14,21...
L’archevêque est détendu et plaisante volontiers. Ses amis ont plein de questions sur le pays, la situation, les chrétiens… Vers 10 h, je les ramène vers leur hôtel (pour aller au resto, nous avons fait un joli détour, pas déplaisant mais pas direct non plus !)
Ce lundi, étude. Je rencontre mon directeur qui m’encourage. J’ai été un peu désabusé par mon séjour ici. Au début, j’ai eu du mal à étudier dans la direction que je voulais… La semaine dernière, j’ai changé de direction pour faire quelque chose de plus concret, plus exégétique, plus à ma portée et j’ai trouvé plein de choses intéressantes sur une béatitude que j’avais, jusqu’à présent, soigneusement contournée…
Ce soir, la basilique est toujours fermée... Au début, je me demandais pourquoi fermer le Saint-Sépulcre alors que les églises (en tant que bâtiments) ne sont pas visées par le projet de loi. Mais les responsables veulent faire comprendre qu'activités des
Églises et lieux saints sont intrinsèquement liés. J'espère que ce sera rouvert la semaine prochaine... En fait, hier, le parlement a reporté la discussion du projet de loi à la semaine prochaine... Prions.
À bientôt,
Étienne+

PS : interview du custode sur le Figaro